L’intervention du pape dans le dernier round du “choc des civilisations” a été suivie avec fébrilité aux quatre coins du monde, sauf au sein des antichambres de la finance internationale. Depuis le 11-Septembre, les banques occidentales et les institutions financières ont courtisé des pontes de l’islam, en leur octroyant généreusement des salaires à six chiffres pour qu’ils produisent des fatwas, des édits religieux, afin de légitimer des produits conformes à la charia. Ces efforts portent leurs fruits. En juin 2006, Lloyds TSD a annoncé qu’elle offrirait des services financiers islamiques dans toutes ses agences britanniques. “Désormais, les deux millions de musulmans de Grande-Bretagne auront accès à des comptes et à des prêts compatibles avec la loi islamique (charia), dans chacune de nos 2 000 agences”, a fait savoir la banque. En 2006, la Deutsche Bank a ouvert une “fenêtre islamique”, c’est-à-dire un fonds dédié au business islamique, basé à Londres.

Alors que l’attention générale reste focalisée sur le match entre l’Est et l’Ouest, les acteurs de la finance mondiale tissent de profitables alliances. La finance islamique est aujourd’hui le secteur le plus efficace et le plus dynamique de la sphère monétaire ; n’importe quel produit financier de type occidental peut être transformé en un outil compatible avec la charia — microfinance, prêt au logement, exploitation de gisements de pétrole et de gaz, construction de ponts, et même sponsoring d’événements sportifs. La finance islamique est innovante, souple et potentiellement ultrarentable. Avec entre 500 et 700 milliards de dollars d’actifs gérés dans plus de soixante-dix pays, elle est amenée à croître de façon exponentielle. Avec plus d’un milliard de musulmans décidés à y prendre part, les analystes prévoient que ce type de finance pèsera d’ici à 2008 jusqu’à 1 000 milliards de dollars, soit  4% de l’économie mondiale. Et contrairement à ce que beaucoup pensent, ce sont les banques occidentales qui sont le moteur de cette croissance.

Le pape ne sait peut-être pas que plusieurs des banques avec lesquelles le Vatican fait affaire sont en train de reformater leurs offres en accord avec la loi islamique. Peut-être devrait-il méditer sur le fait qu’au regard de la finance internationale, nous sommes tous des agneaux.