Jane Campion a retrouvé la Croisette, 16 ans après la Palme d’Or reçue pour "La leçon de Piano". "J’étais aussi excitée et effrayée que la première fois lors des essais techniques", a avoué la cinéaste australienne, lors de sa conférence de presse au Palais des festivals. Son nouveau film, "Bright Star", nous embarque dans l’Angleterre du début du XIXe siècle pour relater la brève romance entre le poète John Keats (Ben Whishaw) et sa voisine Fanny Brawne (Abbie Cornish). Le premier vit au crochet de son ami Brown (Paul Schneider), qui tente d’éloigner la jeune femme, fort en caractère, persuadé qu’elle va distraire le génie en devenir...

Sobre et élégante, la mise en scène de Jane Campion ne dévie jamais de ses personnages pour faire de "Bright Star" une sorte d’anti "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola. "Je voulais raconter une histoire intime et pour cela conserver une forme assez simple, ne pas me focaliser sur les grandes maisons et les beaux costumes", a expliqué la réalisatrice, qui s’est intéressée à Keats en découvrant la biographie d’Andrew Motion, basée sur la correspondance entre le poète et sa muse. Des textes omniprésents à travers tous le film, lus ou récités par les comédiens à des instants clés du récit.

Si Ben Whishaw manque un peu de charisme, Abbie Cornish s’impose comme une vraie révélation, campant une jeune femme en avance sur son temps, dans son apparence et sa capacité et assumer ses sentiments. Le genre de personnage dont se régale la cinéaste, la seule femme à avoir remporté la Palme dans l’histoire de Cannes. "J’aimerais qu’il y ait davantage de réalisatrices", reconnaît-elle. "Après tout elles représentent la moitié de la population mondiale et donnent naissance à son intégralité ! (rires) Je crois aussi que pour réussir sur la durée, il faut être capable de développer une certaine épaisseur, une armure face aux critiques que les femmes ont peut-être moins que les hommes en grandissant". Mesdames les cinéastes, prenez-en de la graine.