« Un Prophète » a ouvert hier le bal des quatre films français en lice cette année pour la Palme d’or. Pour son retour derrière la caméra, quatre ans après le succès de « De battre mon cœur s’est arrêté », récompensé par un César du meilleur film, Jacques Audiard plonge dans l’enfer carcéral français – un thème bien dans l’actualité – pour dresser le portrait de Malik (la révélation Tahar Rahim), un SDF de 19 ans condamné à cinq ans de réclusion en Centrale.

Orphelin, sans attache, peu lettré, il tombe sous la coupe du terrifiant César (Niels Arestrup), un mafieux corse qui l’engage pour effectuer ses basses besognes. Bien vite, Malik apprend les codes essentiels pour survivre à l’ombre et amorce un rapprochement avec les prisonniers musulmans, le début d’une lente et brutale prise de pouvoir. « Je voulais opposer un milieu vieillissant, celui de la mafia corse, à une nouvelle culture, de nouvelles manières représentées par les prisonniers musulmans », a expliqué hier Jacques Audiard en conférence de presse. "Entre les deux, Malik représente ce que j’appelle non sans humour le Prophète, un nouveau type de criminel, un peu angélique, loin des clichés."

Pas un film à thèse
Sur une idée originale d’Abdel Raouf Dafri, le scénariste de « Mesrine », Audiard conserve sa patte sombre et réaliste, ponctuant le récit de séquences oniriques révélant les questionnements intimes du héros. Il se défend toutefois d’avoir voulu réaliser un film à thèse sur le crime ou la prison.

"Ce n’est pas un film de dénonciation. Disons que j’utilise la prison comme une métaphore de la société, avec cette idée que dehors et dedans, c’est un peu la même chose." Le film est long, 2h30, et n’a peut-être pas l’impact émotionnel de « Sur mes lèvres » ou « De battre mon cœur s’est arrêté ». Il confirme toutefois le talent singulier d’un des meilleurs cinéastes français du moment, sans cesse en quête de renouvellement.

"Je ne sais pas à quel courant j’appartiens, mais je sais que je suis issu d’une génération de cinéphiles qui adore la période allant entre 1967 et 1980, qu’il s’agisse du cinéma allemand, italien ou brésilien. Depuis dix ans on appelle cinéma quelque chose qui ne l’est plus, quelque part entre la disparition de l’argentique et l’avènement du numérique. Je trouve ça très excitant. »