Philippe Meirieu, spécialiste de la pédagogie, professeur des universités en Sciences de l'éducation, est tête de liste d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.
Philippe Meirieu : Bonjour à tous les internautes et bienvenue pour ce dialogue que j'espère fécond.
Nouavi : Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager en politique ?
La conviction que nous sommes à un moment décisif pour l'avenir de la démocratie dans notre pays. J'ai toujours milité pour la formation à la citoyenneté et je découvre aujourd'hui que 71% des jeunes envisagent de s'abstenir aux élections régionales. Il faut les réconcilier avec la politique. Je voudrais leur montrer que l'écologie renouvelle complètement la manière de penser le monde.
Moustache : Sans langue de bois, vous le voyez comment votre score aux élections ?
Europe Ecologie a toujours considéré qu'il n'était pas propriétaire de ses électeurs. Nous nous battons pour convaincre le plus grand nombre de citoyens possible que c'est nous qui incarnons le véritable renouvellement. J'espère de tout coeur que nous serons en tête de l'opposition à la droite sarkozienne : contre Sarkozy, il n'y a qu'Europe Ecologie !
May : Quels moyens allez-vous mettre en oeuvre pour développer la prévention santé tant sur le plan de la santé environnement que sur l'accès aux soins ? Quelles sont, selon vous, les professions à soutenir et/ou à développer pour parvenir à la réussite de votre projet ?
Les écologistes depuis longtemps luttent contre toutes les formes de pollution et d'atteinte à la qualité de l'environnement. Nous continuerons ce combat plus que jamais par tous les moyens possibles. Nous développerons une information systématique des citoyens sur tous les risques encourus, nous aiderons les associations qui se battent dans ce domaine, nous conditionnerons les aides aux entreprises à la mise en oeuvre d'un plan santé pour leurs salariés, nous promouvrons l'éducation à la santé dans les lycées ... et bien sûr, nous nous battrons pour améliorer la qualité du service public de santé : un service de proximité sur tous les territoires et nous soutiendrons le combat des infirmiers, des aides-soignants, etc. Enfin, comme la région a la tutelle des formations sanitaires et sociales, nous entendons les développer et les diversifier afin de répondre à la diversité des besoins.
Bouchon : Que ferez-vous si vous êtes élus pour empêcher la construction de l'A45 et du COL?
Nous refuserons toute subvention de la région à des constructions autoroutières. Nous basculerons systématiquement ces sommes sur le développement des transports en commun.
Loustic : Que vous inspire le ralliement d'écologistes à Jean-Jack Queyranne notamment celui d'Hélène Blanchard ?
Toute personne est libre de choisir ses engagements politiques et les ralliements sont une habitude des campagnes électorales. Les choix individuels sont secondaires et souvent liés à des problèmes de carrière personnelle ; l'essentiel c'est le projet politique. Nous croyons qu'Europe Ecologie est porteur d'une véritable alternative, aussi bien dans son projet que dans la manière de concevoir la politique.
Pedro : Vous avez reconnu positivement le bilan de Jean-Jack Queyranne. Pourquoi faites vous campagne séparément alors que vous allez vous allier au 2e tour de toute façon ?
Comme le Parti Socialiste, nous refusons la réforme des collectivités territoriales qui impose un scrutin uninominal à un tour. Ce n'est pas aux appareils politiques ou aux élus sortants de décider qui devra affronter la droite au second tour. Ce sont les électeurs qui doivent dire qui ils veulent mettre en tête et quel est le projet qui incarne le mieux pour eux l'avenir de Rhône-Alpes.
K-mel : Le parti socialiste a organisé une campagne Internet relativement dure pour vous décrédibiliser, pourquoi ne réagissez-vous pas ?
Je ne veux pas rentrer dans ce jeu politicien. Je travaille et je fais campagne au quotidien en rencontrant les acteurs, en écoutant ceux et celles qui incarnent une véritable alternative sociale et écologique à la politique actuelle. Ainsi aujourd'hui, je travaille sur la question du logement avec des experts, mais aussi des associations et des citoyens engagés.
Houba 69 : Le NPA, le Front de gauche propose les TER gratuit. Le PS les TER à 2 euros et vous ?
Il n'est pas possible aujourd'hui d'envisager sérieusement la gratuité complète des TER. D'autant plus que cela serait injuste puisque certains peuvent évidemment payer leur billet. Il faut, en revanche, revoir les tarifs afin de proposer aux jeunes, aux chômeurs, aux personnes en difficulté financière, des tarifs très avantageux. Il faut aussi prévoir des tarifs pour les familles, en particulier sur les heures creuses et le week-end afin de rendre à nouveau le train attractif et de faire en sorte que les gens n'aient pas le réflexe systématique de prendre leur voiture. En ce qui concerne l'offre à deux euros, elle n'apporte pratiquement rien par rapport à la situation actuelle : l'employeur payant la même somme, cela fait quatre euros par jour, et, sur vingt jours de travail par mois, quatre-vingt euros, ce qui correspond à un abonnement actuel pour un trajet d'environ vingt-cinq kilomètres. Il reste encore le prix du déplacement jusqu'à la gare et jusqu'au domicile ... Par ailleurs, nous proposons un véritable plan de redéploiement des transports sur tout le territoire en associant le train, les bus, les taxis collectifs, le covoiturage, le vélo, etc.
TER en colère : Depuis plusieurs semaines, sur la ligne TER Lyon-Ambérieu, il y a des trains supprimés, des retards qui s'accumulent et l'information voyageurs est défaillante. Que proposez-vous pour que la SNCF respecte ses engagements ?
Il faut que la région soit très exigeante à l'égard de la SNCF. Cela se fera dans le cadre de la renégociation de la convention qui nous lie. Par ailleurs, il faut que l'ensemble des régions se regroupe pour faire pression sur la politique nationale de la SNCF : aujourd'hui, cette dernière est étranglée par le prix que Réseaux Ferrés de France fait payer comme péages à la SNCF. Cela absorbe la quasi-totalité des bénéfices générés par le TGV et qui permettraient, de développer le réseau local dans de bonnes conditions. C'est la politique du gouvernement Sarkozy qui est ici responsable
Loustic : En quoi votre programme se distingue-t-il de celui de la décroissance ?
Nous sommes pour la décroissance des gaz à effet de serre, du gaspillage systématique, de l'inflation publicitaire qui pousse chacun à consommer toujours plus ... Mais nous sommes, en revanche, pour la croissance d'une économie solidaire fondée sur des rapports de proximité entre les producteurs et les consommateurs, pour la croissance d'un habitat de haute qualité environnementale accessible à tous, pour la croissance de nouveaux emplois dévolus à la préservation de l'environnement et aux services aux personnes, pour la croissance du tissu associatif aujourd'hui étranglé et à qui il faut donner les moyens de jouer son rôle citoyen. Notre adversaire, c'est l'individualisme et la concurrence acharnée qui engendrent le pillage de la planète et l'accroissement des inégalités. Notre valeur centrale, c'est la solidarité, et c'est elle que nous voulons mettre au coeur de toutes les décisions politiques de la région.
Vaurien : Pensez-vous que l'Etat va tenir ses engagements vis-à-vis des finances de la région. Et si non quelles ressources imaginez-vous pour financer vos projets ?
L'Etat s'est engagé à maintenir les ressources de la région en 2010. Pour l'avenir nous n'en savons rien. La région risque, effectivement, d'avoir des moyens en diminution. Ce qui imposera une gestion extrêmement rigoureuse de son budget. Je propose, pour ma part, que chaque gros investissement soit conditionné à une étude de divers scénarios possibles et à une consultation citoyenne réelle qui permette de juger du bien-fondé et des effets de cette dépense.
JP Lacaze : Un arc républicain avec le Modem, le NPA, le PS et le Front de gauche est ce envisageable ou bien contre nature ?
L'essentiel n'est pas l'alliance entre des partis, mais la possibilité de se mettre d'accord sur des projets essentiels. Pour notre part, nous ferons alliance avec celles et ceux qui se prononceront fermement pour la conditionnalité des aides aux entreprises (aucune aide aux entreprises qui détruisent l'environnement, sacrifient le dialogue social, n'accueillent pas correctement les stagiaires et n'ont pas de formation continue), pour un développement volontariste de la formation tout au long de la vie, pour un plan climat énergie ambitieux et pour le développement d'une démocratie citoyenne en relation avec toutes les forces vives et militantes de la région.
Rasper : Vous pensez à quoi en vous rasant le matin ? A la planète ou aux bulletins de votes ?
Je ne souhaite pas répondre à cette question. Le marketing politique n'est pas mon affaire.
Pedro : Vous découvrez la politique et la logique d'une campagne électorale, pas trop dégoûté ?
Je reconnais que ce n'est pas facile tous les jours, et que les mauvais coups arrivent parfois de là où on ne les attend pas. Mais je rencontre des gens fantastiques, militants et engagés, dont l'action préfigure ce que nous voudrions mettre en place de manière plus systématique. C'est particulièrement réconfortant dans un monde où l'on ne montre jamais que les déviances et les catastrophes. Par ailleurs, je travaille au quotidien avec une équipe, et la solidarité qui nous unit nous permet d'avancer ensemble sereinement.
K-mel : Que pensez-vous de l'appel pour plus de diversité sociale et ethnique en politique du magazine Respect-Mag ? Est-ce que votre liste est bonne élève à cet égard ?
Nous sommes pour toutes les formes de bio-diversité. Le rassemblement Europe Ecologie a permis d'associer, dans une même liste, des personnes issues d'horizons différents, ayant des histoires et des compétences différentes, mais qui se retrouvent autour de deux convictions fondamentales : 1- Le monde n'est pas un jouet, 2- La solidarité est le seul logiciel politique qui nous permettra de faire face à l'avenir.
Buzzz : Votre avis sur la position française sur la pêche au thon rouge?
Je suis évidemment favorable à cette interdiction qui aurait, d'ailleurs, dû être prise plus tôt. Mais il y a beaucoup d'autres espèces menacées, et j'attends du gouvernement qu'il fasse un bilan précis sur cette question, et prenne un ensemble de mesures cohérentes.
Bouchon : Vous êtes tête de liste régionale mais pourtant que quatrième sur la liste du Rhône. Si vous faites un mauvais score vous ne serez pas élus. C'est paradoxal !
J'espère bien que nous aurons beaucoup plus de quatre élus dans le Rhône. Et je suis très fier de n'être que quatrième. C'est un signe fort de notre conception de l'équipe, contre une personnalisation excessive qui gangrène la vie politique. Je veux témoigner aussi de l'importance que chacune et chacun peut avoir dans l'aventure collective. Véronique Moreira est une militante exemplaire, Etienne Tête, un homme à qui nous devons beaucoup, et Marie-Noëlle Fréry, une personnalité de tout premier plan sur la défense des Droits de l'Homme. Je suis très heureux qu'ils soient devant moi dans le Rhône.
Fanzy17 : Allez-vous augmenter les impôts ?
Je ne suis pas certain que nous ayons la possibilité de le faire, même si nous le voudrions, mais je m'engage fermement à ce qu'aucune augmentation ne soit effectuée sans une consultation approfondie des Rhonalpins, qui devront dire s'ils la souhaitent, et ce qu'ils veulent faire de l'argent ainsi récolté.
Capilliculteur : Vous avez rasé votre moustache. Est-il vrai qu'il y a eu une consultation des militants pour ce relookage ?
Non, voilà la vérité : ce sont mes deux filles qui m'ont demandé de le faire le jour de mes soixante ans. C'est très sympa de s'intéresser à ma moustache, mais c'est quand même moins important que le projet que nous portons pour les élections régionales : la reconversion écologique de l'économique, la création de nouveaux emplois durables, la préservation de notre montagne... et la victoire d'Europe Ecologie aux élections régionales de 2010. Je compte sur vous !
Newbie : C'est quoi votre journée type ces jours-ci ?
Le matin, rencontres avec des citoyens, agriculteurs, cheminots, membres d'associations diverses. Discussions sur leurs problèmes, et surtout sur les solutions qu'ils peuvent nous aider à construire. Ensuite, visites de sites stratégiques (centrales nucléaires, usines SEVESO, rivières polluées, coopératives, logements en rénovation, plateformes ferroviaires, etc.), nouvelles discussions, préparation du meeting du soir. Un meeting avec toujours beaucoup d'enthousiasme mais aussi beaucoup de stress (c'est toujours un défi de parler en public et d'être à la hauteur des attentes des militants ...) ... Entre temps, 450 mails, la lecture de quelques fiches, et quand même le soir, avant de me coucher, je reprends un bouquin de poésie pour me changer les idées.
Traboul : Allez-vous arrêter d'enseigner à Lyon 2 si vous êtes élu ?
Tout dépendra de ma situation après l'élection, si je suis simple conseiller régional, je pourrais parfaitement continuer mon enseignement, au moins à mi-temps. Si j'exerce des responsabilités plus importantes, je prendrai les moyens pour les assumer correctement. Je crois qu'il faut à la région Rhône-Alpes un président à plein-temps.
Merci à vous tous, et rendez-vous sur notre site pour suivre notre actualité : http:rhone-alpes.regions-europe-ecologie.fr



































