Le séisme qui a touché Port-au-Prince est un des pires événements que j’ai pu voir au cours de ma vie. J’ai déjà été tenu en joue, j’ai déjà été poursuivi par une foule armée de machettes, mais j’ai toujours réussi à m’en tirer. Le séisme qui a touché Haïti est quelque chose de bien plus grave, puisque je ne suis pas le seul concerné : des milliers de personnes ont été affectées. Les victimes sont mortes en partie à cause du courroux de mère nature, mais la plus grande partie a péri à cause d’un manque d’humanité, qui laisse en 2010 des gens vivre dans des bidonvilles avec moins de confort que la plupart des animaux de compagnie des pays occidentaux.

Le séisme n’est pas un événement que j’ai vécu de loin. Ma grand-mère, âgée de 94 ans, la matriarche de la famille, est toujours en Haïti. Mes oncles et mes tantes, dont celui qui m’a appris à écrire mon nom, habitent à Port-au-Prince. Mon jeune cousin, future star internationale de football de 15 ans, est toujours en Haïti, et il m’a fallu plus de trente heures pour apprendre qu’il avait réussi à survivre à la catastrophe. L’idée de perdre sa famille en un instant n’est, pour le moins, pas très réjouissante.

Un jour l’archevêque Desmond Tutu m’a dit que la raison pour laquelle la pauvreté existe est que nous avons oublié que nous étions tous frères et sœurs. Avec cette idée à l’esprit, nous venons tous de perdre entre cent et cinq cent mille proches le temps d’un battement de cils, en partie parce que nous n’avons pas pris soin de “ces gens”. C’est pour cela que j’ai créé Global Syndicate, une association qui veut apporter des changements dans les pays en voie de développement par l’éducation, le développement économique et la santé.

Maintenant que le séisme a frappé, nous allons renforcer notre action dans le pays. Et participer à sa reconstruction. Car, comme l’a dit l’ex-président Bill Clinton hier, il faut se servir de cette calamité pour reconstruire Haïti en une nation encore plus forte.