Bonjour, merci pour vos questions
Ralou0507 : De toutes les activités que vous pratiquez, écrivain, scénariste, critique, comédien, laquelle a votre préférence ?
Celle à laquelle j'accorde le plus d'importance, c'est évidemment l'écriture de romans et d'essais. Mais tout le reste me nourrit et m'amuse
Didier : C'est quoi cette enquête sur la jeunesse ? C'est humoristique ou sérieux ?
D'abord, ce n'est pas vraiment une enquête, ce n'est pas un livre de sociologie, même si nous avons essayé de parler de choses précises et concrètes. Le ton du livre est à la fois sérieux et humoristique, comme à peu près tout ce que nous faisons Joy et moi. L'humour est une façon de faire un peu trembler la position ridicule de l'intellectuel qui vous explique la vie.
Didier : Après musicien, écrivain, journaliste, acteur, réalisateur, vous chaussez vos lunettes de sociologue ? Comment vous avez mené votre enquête ?
Pas de sociologie, donc. Par exemple nous n'hésitons pas à évoquer notre propre vie, notre propre jeunesse, ce que s'interdit toujours ou presque le sociologue. Ce livre est subjectif, nous assumons son côté partial et même parfois potache.
Le jeune, au sens large, représente tout ce que déteste l'intellectuel : bruit, mobilité, oubli, désinvolture, rien à branlade.
Cuyahoga5 : Pourquoi écrire ce livre à 2 ?
C'est aussi une manière de casser la position du philosophe qui du haut de sa montagne solitaire nous indique ce qu'il faut penser. Et puis c'est très fun d'écrire à deux quand on s'entend bien, et qu'on aime le style de l'autre. Ce livre s'est d'abord écrit, sans le savoir, dans les multiples discussions que nous avions sur le sujet. Son ton en porte la trace.
Vininie9 : L'invention de la jeunesse en deux mots, vous y exposez quel point de vue ?
Difficile, en deux mots. Mais disons que nous essayons de démontrer que la culture jeune est une invention très récente (années 50 en gros). Et que cette culture est désirable, portée sur le plaisir, le corps. Nous répondons aux intellectuels dont le sport préféré est de décrier la jeunesse. Nous disons que cet affrontement est fatal, car le jeune, au sens large, représente tout ce que déteste l'intellectuel : bruit, mobilité, oubli, désinvolture, rien à branlade.
Biscotte289 : François, bonjour, êtes-vous toujours un « djeun » dans votre tête ? Nous avons le même âge et j'ai la même rébellion que vous contre toute forme d'intolérance, notamment inter-générationnelle. Peut-on être adulte et garder cette forme de rébellion? Qu'en pensez-vous? Merci pour votre réponse.
Nous consacrons tout un chapitre à nous demander si nous sommes jeunes. La réponse est évidemment : oui et non. Par ailleurs je ne suis pas très à l'aise avec la notion de rébellion, parce que beaucoup d'imbéciles se l'approprient. Je préfère réfléchir à la subversion. Qu'est-ce qui est subversif? Je vais vous surprendre, mais je dirais : la joie. La joie est un scandale, et la meilleure réponse à apporter à ceux qui voudraient nous accabler. Le rock est l'autre nom de cette joie grimaçante, caustique. Le rock est ce qui me tient dans la jeunesse -la calvitie est ce qui m'en sépare.
Maïweenn : « Parce que ça nous plaît » : est-ce que vous pouvez nous dire ce qui vous plaît à vous dans votre vie ?
Je vais être benêt : ce qui me plait dans ma vie, c'est la vie. Le vivant. Genre les chats. L'art est une façon de densifier la vie, c'est pour ça que je le pratique par tous les bouts.
Bruneetssympa : Quelle est la période de votre vie que vous préférez : enfance, adolescence, âge adulte? Et pourquoi?
Enfance joyeuse mais angoissée, adolescence lyrique mais frustrée. En fait c'est depuis dix ans que ma vie ressemble à peu près à ce que je désirais. Reste quand même l'état de grâce du CM1. Là, j'étais au top, parce que Léna Guillon était amoureuse de moi.
Bruneetssympa : Qu'est ce qui vous fait craquer chez une femme ?
Quand elle est brune et sympa. Et c'est même pas une blague
Tete : Aimez-vous toujours enseigner ?
Je n'enseigne plus, mais j'aime toujours animer des stages divers. Hier j'étais avec des premières. On parlait de l'adaptation cinématographique de livres, j'ai retrouvé des bonnes sensations. Demain, conférence sur la femme dans le cinéma français. Il me tarde
Annabelle : Vous mettez-vous dans des conditions spécifiques quand vous écrivez ? (seul comme un ermite ou au contraire dans un bar, vous écoutez de la musique ? Vous travaillez plutôt la nuit ? Je veux tout savoir !!!!
Je mets toujours des chaussettes jaunes et hop c'est parti. Sinon pas de dispositions particulières, j'écris chez moi, comme ça je peux faire ce que j'appelle des pauses Green Day. Un tube et les batteries sont rechargées
Lisbeth : Vous êtes célibataire ? Quel est votre petit plaisir quotidien ?
Célibataire, mais amoureux. Mon petit plaisir quotidien, c'est le quotidien – désolé.
Sanglier91 : Dans « Jouer Juste », vous tentez de trouver une tactique pour éliminer toutes notions de jalousie ou d'appartenance à l'autre...Y réussissez-vous dans la vie et dans vos rapports avec les femmes ?
De mieux en mieux, mais pour un homme, évacuer tout orgueil phallique est le travail de toute une vie. Donc je continue à bosser. Y'a des rechutes, mais je dirais : en progrès.
Jeveuxetrerousse : Si... si vous deviez faire passer une mesure à l'Education nationale, ce serait quoi ?
Vous allez croire que je délire mais je le dis sérieusement : l'urgence est de supprimer les notes qui foutent la merde.
Tiken Jah : Salut, j'aimerais savoir quelle est votre réaction sur l'évolution de l'école depuis une dizaine d'années et pensez vous qu'il faudrait modifier certains programmes ?
Le sujet me passionne, vous pensez bien, mais là je manque de temps pour développer. Tout juste pourrais-je dire qu'on pourrait repenser les matières, et repenser les sujets abordés. Je rêverais d'une matière qui s'appellerait : analyse de l'actualité. Les gamins aimeraient et les profs aussi.
Linasamo : Dites François, quel est le livre qui vous transporte, éveille votre imaginaire jusqu'au désir de vous fondre dans l'histoire, de rencontrer les personnages...?
Y en a plusieurs. Mais là comme ça tout de suite, je dirais Cosmos, de Gombrowicz. La joie pure.
Cuyahoga5 : « Dans la diagonale » m'est apparu comme votre roman le plus noir, celui qui a le moins foi en l'humain. Mauvaise lecture ?
Ce n’est pas bête du tout. Je crois que ça tient au dispositif du récit : le narrateur se tient à distance, ce qui crée une impression de réprobation générale. Mais j'ai essayé de faire en sorte que les dernières pages sauvent un peu tout ça, par le mouvement et l'allégresse du voyage.
Julie007 : Est ce pathétique de continuer à se vautrer sur la moquette à 35 ou 40 ans? Parce que du coup, on ne peut pas promener sa tronche en étendard, c'est plus difficile à assumer dans une société comme la nôtre.
C'est pathétique si on se force pour "faire jeune". Mais si ça procède d'un désir, alors vautrons nous allègrement. Par ailleurs je ne trouve pas que la société censure spécialement les tronches. En tout cas moi on ne m' a jamais entravé -de ce point de vue.
L : Bon, ça y est... ta lectrice compulsive est chez elle avec "Parce que ça nous plaît". Premier survol et mon regard est attiré par un nom, page 216. Metz. C'est quoi cette histoire de bar-boîte avec une clientèle à 90% masculine et même pas homo ? C'est où ? Non, je rigole... mais bon, la prochaine fois que tu passes par ici, j'espère que tu préviendras ;-) Sinon, en question relative au sujet de ce dernier livre, quels sont, selon toi, les films qui parlent le mieux des jeunes ?
Sur les films, tu verras qu'on y consacre de nombreuses pages. Mais très clairement, les films d'Apatow sont très au-dessus, je dirais qu'Apatow est le parrain de ce livre.
Flucht : quels sont les cinéastes contemporains que vous admirez ?
Apatow, donc. Mais aussi Tarantino, Hong-sang soo,, Hou-Hsiao-Hsien, Kechiche, Bigelow, Beauvois, etc, etc, etc
Me : Sans l'art, la vie est donc ennuyeuse ?
Non! La vie sans art se débrouille bien toute seule. Mais l'art, dans ses grands moments, c'est de la vie en plus. Il y a une phrase qui résume bien le truc : la vie c'est mieux que l'art, mais seul l'art est au courant.
Courroiesynchrone: TOO HIP, GOTTA GO! : Bonjour, je suis en cours de lecture (p.24) de votre livre acheté ce midi. L’avant-propos (ou avertissement lecteurs ?) m'a mise en Joy! Vous ne castagnez pas trop les co-psy, la notion de parentalité et les thérapeutes en tout genre dans votre truc ?
On les castagne pas, leur boulot est souvent nécessaire. Mais disons qu'on essaie de faire valoir un point de vue moins pathologique sur l'adolescence.
Zepouf : Le besoin d'écrire est arrivé à quel âge dans votre vie ?
Besoin, je ne sais pas. Envie, depuis toujours. Mais pendant dix ans, le rock a pris a place, d'où publication finalement assez tardive.
Zepouf : Vous aimeriez vieillir comme qui ?
Comme Jacques Rancière, un des rares penseurs à ne pas virer aigre en vieillissant. Et bien sûr comme Didier Wampas, un an de moins chaque année.
Tatoune122 : Quels sont vos projets en ce moment? d'autres livres en route ? D'autres films?
Je viens de finir un roman qui paraîtra en janvier. Et de finir une pièce de théâtre. Sinon je travaille sur deux scénars. Et j'élève mes poissons. La routine quoi.
Qri-cri42 : Quels sont vos rêves aujourd'hui ?
Je mangerais bien un panini. N'importe quelle garniture. Et sinon j'aimerais un peu plus de douceur.
Moderateur metrofrance : Le chat touche à sa fin. Souhaitez-vous ajouter quelque chose, François Bégaudeau ? Un aspect qui n'aurait pas été évoqué ?
Plein d'aspects pas évoqués, mais franchement je suis épaté par la variété et la densité des questions. On m'a même pas parlé du FC Nantes! Merci pour ça. Longue vie à tous.






















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