L’art est arrivé sur le tard dans votre vie…
Quand j’étais enfant, ma mère m’interdisait de lire, d’écrire, de dessiner, tout ce qui était extérieur à l’école. J’ai découvert la peinture à l’âge adulte, ce qui m’a permis d’en ressentir le charme, la fraîcheur. Je me réjouis, à mon âge, de peindre des tableaux comme les miens, et de ne pas être obligé de produire des œuvres habiles, je peux faire ce que je veux. Donc finalement, c’était une bonne chose d’avoir été privé d’art dans mon enfance !

Cette expo, c’est une idée géniale ou insensée ?
J’ai d’abord trouvé bizarre l’invitation de la Fondation Cartier, parce que c’est le temple de l’art contemporain. Au début on m’a proposé d’exposer mes peintures et dessins, que je garde pour moi, mais aussi d’autres choses, des objets… Alors j’ai dit d’accord. Ils sont bizarres d’avoir accepté ça, mais ça s’est fait !

Il y a plus d’installations que de tableaux ; teniez-vous à ce que le visiteur soit un acteur de l’expo ?
Dans une de mes émissions de télé, j’avais créé une vraie installation, qui s’appelait Le Château de Takeshi, et qui avait été montrée à l’étranger. Ici, l’espace ne le permet pas, ce sont plutôt des stands où je montre des choses qui doivent faire réfléchir. Quelques endroits permettent de participer. D’autres sont juste là pour faire rire…

Les enfants vont adorer ; pour vous, sont-ils les oubliés de l’art contemporain ?
C’est surtout destiné aux adultes qui doivent se souvenir de leur enfance ! Je les invite à se rappeler de cette époque.

Avez-vous tout dessiné vous-même, ou travaillé avec une équipe de designers, d’architectes ?
C’est moi qui ai tout dessiné, puis j’ai demandé à des spécialistes de les réaliser en miniature, pour voir quels seront les problèmes à résoudre… Il y a beaucoup de travail derrière tout ça, et des gens très qualifiés.

L’humour est très présent, trouvez-vous que l’art contemporain se prend trop au sérieux ?
L’art contemporain est difficile, compliqué. Les œuvres très conceptuelles qui veulent dire tout un tas de trucs très compliqués… Moi, je pense que rire, c’est aussi une forme d’art. Et d’une certaine manière, offrir à rire dans ce temple de l’art contemporain qu’est la Fondation Cartier, c’est un peu une provocation, et en même temps une façon de se moquer gentiment de l’art contemporain tel qu’il est.

Faut-il vivre pour faire de l’art, ou faire de l’art pour vivre ?
(il rit) pour moi, l’art, c’est d’abord une façon de tuer le temps. Si j’avais très faim, si on m’offrait le choix entre une boulette de riz et un tableau de Picasso, je prendrais la boulette de riz…

Est-ce l’expo d’un cinéaste, d’un homme de télévision ou d’un artiste ?
(il rit encore plus fort) C’est l’œuvre d’un homme saoûl qui vient de dîner dans un bar à sushis !

Pourquoi tant de dinosaures dans votre expo ?
C’est juste une envie de m’amuser avec ces animaux fantastiques, énormes, qui ont disparu de la terre et dont on n’a aucune représentation réelle, que des squelettes. On ne sait même pas de quelle couleur ils étaient, alors on imagine, on les peint dans des couleurs ternes alors qu’ils étaient peut-être très colorés ! C’est plutôt un jeu intellectuel, et puis j’ai proposé quelques théories fantasques, pour m’amuser. Et puis, j’aime les dinosaures, et les enfants aussi.

Et tous ces daruma, placés au-dessus de nos têtes ?
C’est une mise en garde : ils sont là pour vous dire, attention, si vous regardez trop longtemps l’expo, vous allez devenir comme eux, c’est-à-dire que vos membres vont s’atrophier ! N’oubliez pas que vous êtes là pour vous distraire : si vous prenez tout ça trop au sérieux, vous allez devenir comme un daruma…

Y’a-t-il des aspects que le visiteur occidental pourrait ne pas saisir dans cet univers très japonais ?
J’ai réalisé deux courts-métrages spécialement pour l’expo, dont l’un s’intitule « This is Japan », pour montrer le Japon tel que vous l’imaginez, vous occidentaux, avec un bouquet de fausses idées sur le pays.

Le jeu et le détournement sont donc les pivots de l’expo ?
C’est le rire et le jeu, oui. Pour le public japonais aussi - l’expo va voyager au musée Mori après – qui sera impressionné par le fait que ça a été exposé pendant six mois à la Fondation Cartier.

Y’a-t-il eu une œuvre irréalisable ?
La grosse machine à coudre a été compliquée, mais elle y est. Dans le même esprit, j’avais imaginé une espèce de cuve dans laquelle on foulerait aux pieds des fruits pour en tirer du jus, mais ça risquait de faire des problèmes de maintenance et d’entretien… Sinon, j’ai voulu faire une fusée qui descendrait au sous-sol de la fondation, en creusant un trou dans le plancher… Ça non plus, on ne me l’a pas permis (il glousse).

Le public français découvrira Beat Takeshi, votre rôle principal à la télévision…
Ça n’a rien à voir avec mon cinéma, vous verrez un best of de ce que j’ai pu faire à la télévision ces 30 dernières années, et qui n’a rien à voir avec mes films. C’est souvent absurde et grotesque !

Si vous pouviez vivre la vie d’un artiste célèbre ?
Picasso. Mais seulement pour sa vie privée ! Pas au niveau du pinceau : c’est un acteur, Picasso, il joue un rôle. Les peintures de Matisse sont plus fortes à mon sens, mais Picasso a mieux su se vendre, comme un comédien.