Peter Kuper, 51 ans, est originaire de Cleveland (Ohio) et réside à New York. Illustrateur de presse ("New York Times", "New Yorker", "Time Magazine", "Newsweek"), il aime arborer plusieurs casquettes et mélanger les genres (journalisme, adaptations littéraires, dessin politique).
Grand admirateur de Robert Crumb, Jack Kirby ou encore Will Eisner, il est de passage cette année au festival d'Angoulême, où il présente notamment "Arrête d'oublier de te souvenir", récemment édité par ça et là. Tour à tour drôle ou émouvant, ce roman graphique est un concentré de dix ans de sa vie, qu'il a achevé de dessiner en 2007.
"J'y parle de mon passage de l'adolescence à la vie adulte, de mes débuts en tant que dessinateur et puis du grand bouleversement qu'est la paternité. C'est un livre qui raconte comment on grandit", explique-t-il.
L'ouvrage se lit avec plaisir, comme si on recueillait les confidences d'un ami. Donnant au lecteur l'impression de participer à une discussion à bâtons rompus, l'auteur passe du coq à l'âne, revient avec humour sur certains épisodes de son enfance, et ne peut retenir ses piques acerbes sur la politique américaine des années Bush.
"Il y a plus plus d'audace dans la BD européenne"
A Angoulême, il est déjà venu une dizaine de fois. Et pour lui, comme pour beaucoup de dessinateurs américains, c'est le passage obligé pour élargir son horizon : "C'est un festival qui permet de nouer des liens, à l'échelle internationale, avec l'ensemble de la communauté de la BD, explique-t-il. Chacun de mes passages m'a permis d'être publié dans d'autres pays que le mien : France, Espagne, Italie... et même Corée du Sud !"
Peter Kuper y voit en tout cas une occasion unique pour toucher le public européen, qui, pense-t-il, semble plus réceptif à ses albums que les Américains : "Tant mieux d'ailleurs car – et ça fait drôle de dire ça - les Etats-Unis, où ce sont surtout les super héros qui cartonnent, sont un marché trop petit pour le style de BD que je fais.A en croire certains, j'aurais un style européen. D'une certaine manière, ils ont peut-être raison. Je découvre plein de nouvelles choses ici, ce qui nourrit en partie mon inspiration. Dans la BD européenne, il y a, d'une manière générale, plus d'expérimentations, plus d'audace que chez les dessinateurs américains. Moi qui suis un ennemi de la répétition et de l'ennui, ça me plaît !"
"Maintenant que l'ère Bush est passée..."
De sa besace, outre "Arrête d'oublier de te souvenir", il sort quelques livres non publiés en France (à bon entendeur...), comme "Alice au pays des merveilles", où, entre autres ressemblances troublantes, le chapelier fou a un air de George Bush. Mais aussi "Oaxaca", un récit quasi-documentaire sur les deux années qu'il vient de passer à Mexico.
"Vivre hors des Etats-Unis pendant deux ans m'a permis de prendre du recul et d'adoucir ma vision sur mon pays, poursuit-il. Je n'avais pas envie de devenir un dessinateur politique toujours en colère. Et puis je voulais explorer d'autres horizons et tester d'autres styles de dessins. Maintenant que l'ère Bush est passée et que je suis revenu à New York, je me rends compte que ce séjour m'a aidé à avancer."




































