Comment prépare-t-on un personnage de sorcier au XXIe siècle ?
Je voulais qu’il soit effrayant, du point du vue de son look, mais aussi et surtout… parce qu’il est un sorcier ! Je voulais qu’il entretienne un certain mystère, comme le sorcier dans Fantasia de Disney, mais qu’il sache nous faire rire pour qu’on comprenne qu’il est du bon côté de la barrière. C’est le mélange idéal : drôle et effrayant à la fois ! Et les gamins adorent. Vous savez, j’ai fait ce film pour les familles avant tout.

Etes-vous également responsable de son look ?
Oui, au début les producteurs voulaient que je porte des bracelets que mon personnage toucherait pour déclencher la magie. Moi je voulais que les choses se fassent de façon plus organique, comme si la magie était une forme de musique. Je voulais que la magie sorte de ses mains, et c’est pour ça que je voulais qu’il porte une grosse bague en diamant vert.

Pourquoi vert ?
Eh bien… Disons que c'est personnel. C’est une bonne question et j’ai sûrement une bonne réponse que je préfère ne pas vous la donner.

Un rapport avec la kryptonite ?
Non, pas du tout. (il réfléchit) Peut-être que si en fait. Sauf que je ne suis pas encore au courant !

Vous aimez alterner ce type de films avec des productions plus sérieuses…
Bien sûr, parce que je suis plein de contradictions. Je suis quelqu’un d’assez éclectique dans le travail. Je dirais même que j’ai une personnalité assez peu orthodoxe. Mon but, c’est de jouer des personnages qui ont un sens pour moi, et de divertir le public. Et je n'ai trouvé que trois façons d'y parvenir : jouer un mec complètement fou dont le comportement m’intéresse, comme dans "Embrasse-moi vampire", jouer un drogué en plein délire comme dans "Bad Lieutenant", ou bien jouer un personnage imaginaire comme dans "Ghost Rider", "City of Angels" ou "L’Apprenti Sorcier". En fait je suis intéressé par l’abstraction. Lorsqu’un peintre fait de l’abstrait, on dit qu’il est surréaliste. Lorsqu’un saxophoniste fait de l’abstrait, on dit qu’il fait de l’expérimental. Mais quand un acteur veut faire de l’abstrait, on le traite d’excentrique !

En général, ce n'est pas très positif...
Oui, les gens disent que vous en faites trop. Mais c’est quoi en faire trop ? La première fois que j’ai entendu Jimi Hendrix, j’ai eu l’impression de me cogner contre un mur de son. Et puis, au fur et à mesure, je suis entré dans sa musique et je suis devenu complètement accroc !

Quelle place accordez-vous à l’improvisation ?
Jouer la comédie, c’est comme jouer de la musique. De préférence du jazz car lorsque vous connaissez parfaitement votre rôle, vous pouvez vous éloigner du dialogue et commencer à improviser. Tous les acteurs n’apprécient pas ça. Sur "L’apprenti sorcier", j’ai eu la chance que mon jeune partenaire, Jay Baruchel, soit de cette trempe d’acteur. On se renvoyait la balle en permanence, comme des musiciens qui jamment avec leurs instruments. C’est dans ces moments-là que de heureux accidents surviennent.