La douzième édition du festival du film asiatique de Deauville, qui s’est achevée dimanche, a rendu hommage à un cinéma chinois dont les jeunes pousses ne cessent de surprendre, quitte à irriter Pékin. Une rétrospective était notamment consacrée à Lou Ye, cinéaste rebelle dont le dernier film, Nuits d’Ivresse printanières, une love story homosexuelle filmée clandestinement dans les rues de Nankin, sortira enfin sur les écrans français le 14 avril.

Récompensé par le Lotus du meilleur film, Judge, de Liu Je, constitue l’une des belles découvertes du festival. En 1997, au Nord de la Chine, un juge condamne à mort un voleur de voitures récidiviste, en vertu d’un texte de loi vieux de 30 ans. Une sombre affaire de permis de détention de chien poussera ce fonctionnaire scrupuleux à s’interroger sur un système judiciaire inique, gagné par la corruption.

Les festivaliers ont également pu découvrir City of Life and Death, de Lu Chan, le récit en noir et blanc du massacre de Nanjing, le 13 décembre 1937, au cours duquel plus de 30 000 Chinois seront massacrés par l’agresseur japonais. Adoptant tour à tour le point de vue d’un soldat chinois et d’un soldat nippon, ce film de guerre complexe aurait valu à son auteur des menaces de mort et indisposé le Bureau du cinéma chinois, craignant pour les relations diplomatiques entre Pékin et Tokyo.

On est loin des productions d’August First Film, le studio crée en 1952 sous l’égide de l’Armée de Libération afin de vanter ses mérites auprès des jeunes chinois. Le festival présentait trois de ces œuvres de propagande dont les grosses ficelles font tour à tour sourire et froid dans le dos.