Il paraît que vous revenez de vacances ? Votre emploi du temps est délirant d'habitude...
Oui, d'habitude je ne prends pas de vacances ! Mais ça fait du bien d'être simplement en famille, à profiter de la vie, à ne pas bouger partout pour une fois...

Arrivez-vous à passer une journée sans penser à la musique ?
Finalement, oui. J'ai besoin de temps pour me reposer, pour travailler les oeuvres, pour faire le vide.

Votre nouveau récital a été enregistré et filmé au Musikverein. En quoi l'ambiance de cette salle est-elle plus particulière que les autres ?
J'ai souvent joué au Carnegie Hall de New York ; pour moi, ces deux salles sont mythiques. Le public est un public d'habitué ; au Musikverein, on se donne les abonnements de parents à enfants, ce sont des abonnements à vie avec parfois des fauteuils réservés. Les gens connaissent la musique, et l'acoustique y est exceptionnelle. A Vienne, j'ai joué un programme qui m'est familier : Beethoven, Prokofiev, Albeniz... Et Chopin en bis.

Comment la 3D s'est-elle retrouvée dans ce disque ?
C'est assez nouveau dans le classique ! Une meilleure qualité de son et d'image nous aide à nous rapprocher de l'interprète et de la musique elle-même. Ceux qui n'ont pas l'occasion de se rendre dans une salle de concert pourront ainsi s'y croire un peu. On chausse ses lunettes et on peut me voir jouer, sous tous les angles. Quand je me suis vu la première fois ainsi, j'ai trouvé ça très cool !

Où en sont vos multiples actions humanitaires en faveur de l'enfance ?
J'ai ma propre fondation à présent, avec des bourses accordées à des enfants aux dons exceptionnels, partout dans le monde. Je travaille aussi comme ambassadeur Unicef sur des programmes de santé et d'éducation, dans des pays en difficulté, comme en Afrique... ou même en Chine. Et puis, comme je ne suis pas si vieux, j'aime jouer avec les enfants ! Parfois il n'y a pas de piano, juste un clavier, mais ça suffit... Le problème, c'est que nos jours, on coupe les budgets alloués aux arts, il n'y a plus d'argent non plus pour acheter des instruments. J'essaie d'y remédier en comptant sur les dons de mécènes privés. Après tout, En Chine, 80% des enfants apprennent un instrument et connaissent les grands compositeurs. Il faut juste leur permettre de continuer...

Alors devenez le prochain président chinois !
Oh non, je ne veux pas me lancer en politique ! Je préfère faire de la musique, c'est mon métier. Pour être le président de la Chine, mieux vaut s'y consacrer entièrement, c'est quand même un grand pays et il faut en connaître tous les rouages... Et je crois que j'ai assez de travail comme ça ! Mais j'aime jouer la musique chinoise, même si elle est plutôt réservée aux instruments traditionnels. Le compositeur chinois Qigang Chen, qui vit à Paris, écrit en ce moment un morceau pour moi. Tan Dun, qui est un ami très cher, écrit aussi des concertos pour moi.

Vous donnez beaucoup de concerts avec des musiciens non-classiques...
J'aurai carte blanche à la Cité de la Musique en mars prochain. Pendant dix jours, je jouerai avec Herbie Hancock, le ténor Roberto Alagna, il y aura de la musique de chambre, des récitals... On tournera ensuite pendant l'été, en mêlant classique et jazz. Avec Herbie, nous avons choisi ensemble des récitals mêlant classique (Ravel) et jazz. Nos univers sont différents mais nous sommes tous les deux pianistes, et il a un sérieux bagage classique. Ce n'est pas si différent finalement. J'ai joué avec Joe Satriani, avec Paul McCartney pour le prix Nobel de la paix remis à Obama, avec Wyclef Jean pour soutenir Haïti...

Et jouer avec un groupe de rock ?
Il faudrait d'abord que j'écoute l'oeuvre. A priori, tout est possible en musique, mais il faut faire attention à ne pas faire n'importe quoi, je ne veux pas casser les oreilles inutilement, je veux choisir avec soin, sinon ce serait du mauvais crossover, et je ne veux pas de ça. Mettre des rythmes de rap sur Beethoven ne m'intéresse pas, il faut une logique, une structure. C'est pour ça que l'oeuvre prime sur les stars.

Si vous pouviez jouer avec quelqu'un qui ne soit pas musicien ?
J'adorerais jouer avec Zidane ! Il est peut-être un footballeur, mais c'est aussi un artiste dans son genre... Sa façon de jouer était si belle à regarder qu'il faisait de l'art. Lui aussi donne beaucoup pour les oeuvres de charité, pour les enfants. J'aimerais le rencontrer, monter un projet avec lui, dans le cadre de l'Unicef par exemple... Jouer au foot et au piano en même temps, pourquoi pas, si on trouve une assez grande salle ! (Rires.)

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