Depuis l’apocalyptique "Terminator" en 1984, James Cameron a toujours su faire rimer divertissement grand public avec progrès technologiques, réflexion morale avec spectacle total. Certains parlent de cinéaste visionnaire, peut-être un peu vite. On dira surtout que le père d’"Aliens, le retour" et d’"Abyss" ne s’est jamais reposé sur ses lauriers, s’imposant de nouveaux challenges à chaque nouveau projet pour signer en 1998 avec "Titanic" le plus gros succès cinématographique de tous les temps, couronné par onze Oscars et des pluies de larmes autour du monde. La suite ? Plus de dix ans de travail pour un film de science-fiction de 2h36 dont le budget s’élèverait à 500 millions de dollars, du jamais vu. Le prix à payer pour inventer le cinéma de demain, sans doute.

Reste qu’"Avatar" a beau se dérouler dans un futur lointain, il a le chic, comme toutes les grandes oeuvres de science-fiction, pour nous mettre en garde contre les dérives du monde actuel. Premier enseignement : le sommet de Copenhague ne sert à rien et tôt ou tard, l’homme ira piller ailleurs les ressources naturelles dont il a abusé sur Terre pendant des centaines de milliers d’années. Cet ailleurs s’appelle Pandora, une planète fertile dont les autochtones récalcitrants, les Naavis, sont infiltrés par des copies parfaites, des "avatars", contrôlés par le cerveau des humains.

Ça, c’est le job de Jake Sully, un jeune soldat qui après avoir perdu l’usage de ses jambes dans une guerre inutile (remember l’rak) se voit offrir une deuxième vie inespérée dans la peau du vrai faux Naavi conçu à l‚origine pour son jumeau décédé. Tel le gamer découvrant la réalité virtuelle pour la première fois, Jake se glisse dans la peau de son avatar avec un mélange d’excitation et de naïveté coupable. En copinant avec la population locale, il donnera des indications précieuses à ses patrons, une multinationale de l’énergie épaulée par une milice aux méthodes plus que douteuses.

Pour le spectateur, l’aventure est d’abord physique. A l’instar du dernier Pixar, "Là-haut", l’utilisation de la 3D vise moins à en mettre plein la vue qu’à nous plonger la tête la première dans un monde créé de toutes pièces par Cameron et ses équipes, des insectes mutants qui grouillent au coeur de la forêt aux hallucinantes virées à dos d’oiseaux géants.

L’expérience est grisante et quelques heures après la projection, le manque s’installe, vous verrez ! La limite ? Une intrigue et des dialogues assez sommaires et prévisibles à l’heure où des séries spectaculaires comme "Lost" ou "Heroes" manient l’art du faux-semblant avec virtuosité.

Reste qu’avec son respect quasi-religieux de l’environnement, son rejet des corporations malveillantes et son plaidoyer vibrant pour l’amour entre les peuples, "Avatar" est l’un de ces rares blockbusters dont on sent encore battre le coeur.