Bonjour tout le monde

Katelle : Que connaissiez-vous de Philippe Petit (le funambule qui a marché sur un fil entre les deux tours du World Trade Center en 1974) lorsque vous avez commencé votre livre ?
Et bien j'en avais entendu parler dans un livre de Paul Auster, "Le carnet rouge" mais honnêtement je ne connaissais pas grand-chose. C'était une énigme pour moi. Et ça l'est toujours.

Paris : Pourquoi avez-vous choisi un prêtre irlandais, Corrigan, comme personnage principal ?
J'ai toujours voulu écrire sur un personnage traversé par une crise de foi, un personnage sur le fil, quelqu'un d'essentiellement bon mais tourmenté. Pour moi, Corrigan est une sorte de figure christique.

Fred : Votre roman mêle plusieurs voix… Où avez-vous puisé vos personnages ?
J'essaie de trouver mes personnages dans les petits recoins de la vie quotidienne. J'aime écrire sur les marginaux ou ceux qui n'ont pas toujours la chance de raconteur leurs histories. Et ce livre est un roman sur la ville, donc il y a plein de voix à découvrir.

Jen : On sent un souffle catholique dans votre livre, êtes-vous d'accord ?
Oui. Il y a une forte composante catholique, jusqu'au nom même de John Corrigan dont les initiales sont J.C… Il y aussi de nombreuses images de rédemption et de salut… Ce sont des choses qui me fascinent.

Flo : Que voulez-vous dire avec cette image de funambule ?
Dure et vaste question ! C'est plutôt une question que je devrais vous poser. Quel sens lui donnez-vous ? Je ne veux pas paraître évasif mais je ne veux pas sermonner les lecteurs. J'écris des livres dans lesquels les lecteurs peuvent plonger et se faire leur propre avis. Mais… Je suppose qu'il s'agit d'une passerelle entre le passé et le présent.

Fabilo : Est-ce que les personnages vous habitent et viennent d'un seul coup vous surprendre ou les avez-vous déjà en tête selon un schéma précis ?
Chaque personnage m'amène à un autre. Là, c'est essentiellement Corrigan qui m'a mené aux autres et je l'ai suivi. C'est un procédé fascinant. J'ai rarement un plan en tête. C'est un peu comme si je prenais la mer et me laissais porter à chaque fois que j'écris.

Mimi : Pensez-vous que chacun cherche son propre équilibre ? Quel est le vôtre ?
Chacun cherche son propre équilibre à un moment de sa vie. Le mien, c'est ma famille.

Fisch: Vous décrivez les maux – drogue, prostitution, violence, racisme – de l'Amérique d'il y a trente ans. Avez-vous le sentiment que New York, et plus largement les Etats-Unis – ont changé depuis l'élection d'Obama ?
Je ne pense pas que les choses vont changer si facilement. Mais je dois dire que je suis sortie et que j'ai dansé toute la nuit dans la rue quand Obama a été élu. On peut voir actuellement combien les choses vont être difficiles pour lui mais je pense qu'il est assez fort pour s'en sortir et changer les choses. Je suis optimiste, même si je ne devrais peut-être pas… en tout cas, je le suis !

Amer : Vous reconnaissez vous comme un écrivain socialement engagé ?
Oui. Je crois au roman social, non pas comme quelque chose qui sermonne mais comme quelque chose qui nous permet de pénétrer dans un paysage nouveau et empathique. J'aime Theodore Dreiser et John Steinbeck pour ça. Je pourrai ajouter qu'un auteur comme Don DeLillo est un écrivain socialement engagé. Et plein d'autres, comme Dave Eggers ou Aleksandar Hemon par exemple.

Fabilo : Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez été publié ? Comment ça fait…
La première fois que j'ai publié un livre, j'avais 28 ans. Je vivais au Japon. J'ai trouvé ça merveilleux et légèrement irréel. C'était un de mes rêves depuis des années. Et là, il y a eu un grand silence…parce que bien sûr personne ne pouvait le lire au Japon à part quelques amis. C'était une expérience à la fois bizarre et vivifiante

Paris : Quels enseignements tirez-vous des tragédies ?
Je pense qu'on apprend de la douleur. On la reçoit et malheureusement on en donne aussi. La leçon à tirer d'une tragédie, est, j'imagine, d'essayer de ne pas la propager.

Lol : Pourquoi n'écrivez-vous pas sur le 11/09 ?
J'ai dit dans la question précédente : essayer de ne pas alimenter la peur… J'ai écrit sur le 9/11… presque directement... Tout le livre repose de façon allégorique sur cette corde raide.

Jil : Pensez-vous à ce que le lecteur va penser quand vous écrivez ?
Oui, je pense toujours au lecteur quand j'écris. Je veux emmener le lecteur avec moi. Je veux traiter son intelligence avec autant de respect possible. Je suis cependant désolé de ne "pas parler français avec vous, désolé".

Truc : Que lisez-vous actuellement ?
Je lis le dernier roman de Peter Carey… Il est génial et je lis aussi celui de Dave Eggers.

Milette : Connaissez-vous toujours ce qui va arriver lorsque vous écrivez ?
Je sais rarement ce qui va advenir… J'écris au fil de l'eau et je me demande quand je vais finir par toucher terre. Autrement dit, ça marche par images et le procédé reste mystérieux. Je connais le début et parfois aussi la fin mais je ne sais jamais ce qu'il va se passer entre les deux.

Micka : Pourquoi avez-vous quitté Dublin pour Paris ?
Parce que j'étais curieux et que je voulais voir d'autres "mondes". Je voulais l'aventure. Et j'en ai eu. J'ai traversé les Etats-Unis en vélo pendant près de 18 mois.

Alison : Prenez-vous du plaisir à écrire ?
Quelle question ! C'est une question que j'ai posé à Michael Ondaat récemment… Oui. J'adore écrire. J'aime le processus même dans les moments les plus difficiles. Je me sens privilégier d'être un écrivain.

Merci à tous pour ces questions. J'espère vous rencontrer lors d'une de mes lectures.

"Et que le vaste monde poursuive sa course folle". Ed. Belfond, 430 p; 22€