* Un jour, il y aura des morts *
Au début du mois de juin 2001, la police yéménite arrête huit
militants islamistes accusés d*avoir tenté de faire sauter l*ambassade
américaine. Sur la suggestion de John O*Neil, le directeur du FBI,
Louis Freeh, évacue les agents du FBI restés au Yémen. Ali Soufan
rentre à New York pour apprendre une bien triste nouvelle : O*Neil
s*en va.
Le SAC n*avait pas que des amis au sein du Bureau. Ses ennemis
lui reprochaient de ne pas être stable, d*être un coureur de jupons,
d*avoir une vie sentimentale trop agitée ; d*autres mettaient en
avant les risques qu*il faisait courir au Bureau : * John était
souvent
comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, explique Pat
d*Amuro. Mais il savait ce qui devait être fait, et il le faisait. *
En août, le magazine Time tire à boulets rouges sur John O*Neil.
Citant des sources internes au FBI, l*hebdomadaire révèle qu*il
s*estfait
voler une mallette bourrée de documents confidentiels alors
qu*il participait à une conférence en Floride. La mallette a certes
été
retrouvée avec les dossiers secrets, mais le mal était fait. Chargé
des
enquêtes internes au FBI, l*OPR lance ses limiers aux basques de
John O*Neil. La presse annonce qu*un responsable du Contre-
terrorisme du FBI est sur la sellette. Éc|uré, O*Neil démissionne
du FBI.
Ali Soufan le retrouve dans son bureau le 22 août, son dernier
jour au FBI, alors qu*il fait ses cartons. Les deux hommes vont
prendre un sandwich dans un Deli, non loin du siège new-yorkais
du FBI. Voyant John O*Neil mordre à belles dents dans son jam-
bon, Soufan lui dit en riant :
* Si tu ne modifies pas tes pratiques d*infidèle, tu iras en enfer ! *
Avant de quitter le Bureau, John O*Neil prend une dernière
décision : à sa demande, il renvoie Ali Soufan au Yémen. Le jeune
agent sent que quelque chose de terrible se prépare. Il espère pou-
voir rassembler suffisamment d*informations pour l*empêcher. Il
sait que la réponse à ses questions se trouve là-bas. En juillet 2001,
il a envoyé à la CIA une troisième demande d*informations sur la
réunion au sommet de Kuala Lumpur. Cette fois, il a la certitude
que, outre l*attentat contre l*USS Cole, une autre action a été envi-
sagée. Une nouvelle fois, la CIA ne répond pas.
Cette même semaine, une analyste du FBI basée à Alec Station
tombe sur des câbles concernant la réunion de Kuala Lumpur et
réalise que Kahled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazemi se trouvent aux
États-Unis. Elle passe l*information au Quartier général, qui alerte
le superviseur de l*équipe I-49. Mais, en raison du * mur *, seuls les
agents de la section Contre-espionnage sont informés. Steve Bon-
gart, un des Agents spéciaux de l*équipe I-49, prend connaissance
de l*information et contacte un responsable à Washington :
* Kahled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazemi sont ici.
- J*espère que vous plaisantez !
- S*ils sont là, ce n*est sûrement pas pour aller visiter Disney-
land ! *
Mais les agents de l*équipe I-49 n*ont pas le droit de s*occuper de
l*affaire. Alors l*Agent spécial Steve Bongart envoie un mail au
Quartier général dans lequel il prévient : * Un jour, il y aura
desmorts et,
mur ou non, l*opinion ne comprendra pas pourquoi on
n*a pas été plus efficaces. *
Mais le FBI ignore où se trouvent les deux hommes aux États-Unis.
Comble de malheur, en raison des vacances, le seul agent du Contre-
espionnage disponible est un novice. Malgré tous ses efforts, il
n*arri-
vera pas à localiser les deux hommes qui ont déjà quitté leur
résidence
de San Diego pour remonter vers le nord et accomplir leur terrible
mission. Il est trop tard, et le seul homme qui pouvait empêcher le
drame, Ali Soufan, est retourné au Yémen pour se lancer dans une
course contre la montre perdue d*avance.
Avant de le quitter, au soir du 22 août 2001, John O*Neil lui a
dit : * Dans moins de dix jours, je prends mes nouvelles fonctions,
à quelques blocs d*ici, juste au bout de l*avenue. Viens me voir,
quand tu passes par New York. *
Tragique ironie du sort : à compter du 1er septembre 2001, John
O*Neil est le nouveau responsable de la sécurité des deux tours
jumelles du World Trade Center, au bout de l*île de Manhattan !