Votre livre s’appelle “Un très grand amour”. Votre narrateur est épris d'une, voire de plusieurs femmes, mais il s'agit aussi de séparations, du cancer et de très grandes douleurs. Ne craignez-vous pas de décevoir les lecteurs en quête de bons sentiments ?
Je pense que c’est vraiment un livre sur l’amour. Le cancer est présent mais c’est un personnage secondaire. C’est avant tout l’histoire d’un type, Antoine Bradsock, qui n’a jamais cessé d’aimer. Un type qui, comme beaucoup d'autres, en tout cas comme moi, place l’amour au dessus de tout. Un jour, il croit découvrir le grand amour jusqu’à ce qu’un petit grain de sable entraîne un grand chagrin. Mais ce n’est pas un livre pessimiste. Le narrateur traverse des épreuves mais il en sort, il sort de tout. Il reprend vie et rebondit. La fin est même heureuse puisque le narrateur découvre finalement ce que j’appelle l’amour vrai.
Qu’appelez-vous "l’amour vrai" ?
L’amour vrai est facile à définir : les deux personnes sont simplement sur un pied d’égalité. Ils ne cherchent pas à se fondre l’un dans l’autre, puis à se dominer comme dans un amour fusionnel. Je crois beaucoup à cela. Je crois même qu’il n’y a rien au monde de plus important que cela.
Antoine Bradsock, votre narrateur, élude un jour la question de l’une de ses femmes : “Tu ne te sens pas en contradiction avec ton personnage médiatique”. Qu’en est-il pour vous ?
Mon personnage médiatique ne m’intéresse pas beaucoup. C’est une construction de l’esprit. Lorsqu’on prend l’antenne, on sourit quoi qu’il arrive, même si on a un énorme chagrin. Il faut savoir sortir de cela. Quand on écrit un livre, ce n’est pas pour redresser son image. Sinon ce sont des livres- interviews où l’on se montre sous son meilleur jour, avec son chien et ses enfants. Pour moi, les livres sont des bouteilles à la mer, j’y glisse des messages.
Rien n’est plus effrayant que la rupture avec quelqu’un que l’on aime. Une maladie, même mortelle, on peut la vaincre en se battant. Un chagrin d’amour est irrémédiable.
C’est vrai que mon personnage médiatique n’est pas en adéquation avec moi. Mais ce livre n’est pas non plus une autobiographie. C’est un “romansonger”. Ce n’est pas ma vie et mes proches sont transformés. Ca reste un roman, même si beaucoup d’éléments de moi sont présents.
Les livres de chevet ont une place importante dans le livre, comme des amis de bon conseil. Ont-ils la même place dans votre vie ? Quels sont-ils ?
Oui, j’ai aussi des livres de chevet que je relis régulièrement. “Les pensées” de Pascal, les contes des “Mille et Une Nuits”, “L’Etranger” de Camus, “Un roi sans diverstissement” de Giono, “Crime et Châtiment” de Dostoïevski. J’ai aussi des livres qui parlent d’amour, comme mon narrateur : “Les Souffrances du jeune Werther” de Goethe. “Aurélien” d’Aragon, que je relis tous les 10 ans. Et les livres de Zweig bien sûr.
Vous dîtes que le cancer est un personnage secondaire du livre. Est-ce que, comme Antoine, une maladie mortelle vous effraye moins qu’une rupture ?
Rien n’est plus effrayant que la rupture avec quelqu’un que l’on aime. Une maladie, même mortelle, on peut la vaincre en se battant. Un chagrin d’amour est irrémédiable, inutile de se battre. Dans mon livre, le cancer est un accident de parcours. Ce n'est pas le cancer qui est à l'origine de la rupture. C’est une sorte de révélateur, ce n’est pas un déclencheur.
Après un livre si intime, quels sont vos projets ?
Pour ce qui est de l’actualité, mon livre “L’Immortel” sera adapté au cinéma par Richard Berry avec Jean Reno et Kad Merad, le 24 mars. C'est un film formidable. Et pour les projets, j’en ai toujours mille. En cela, je ressemble au narrateur de mon livre. J’ai même parfois les titres ou les premières phrases de mes prochains livres. Mais cette fois c’est un peu différent, je n'ai pas pu enchaîner sur autre chose. Ce livre a été spécial pour moi, j’ai vraiment été très loin et j’ai pris beaucoup de risques. On se met toujours à nu dans les romans mais il arrive que l’on aille encore plus loin, avec l’idée de faire un meilleur livre. C’est le cas cette fois ci et ce n’est pas très confortable. On sort de cette expérience un peu gêné. D’ici un mois ou deux, je me serai sûrement remis sur un autre roman, mais pour l’instant je ne peux vous en dire plus.






















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