Qui a lancé cette adaptation 2009 de Lucky Luke ?

Brigitte Maccioni, la patronne d’UGC avait les droits de la bande dessinée et a appelé James Huth pour lui proposer de faire Lucky Luke. Ensuite James est venu me voir et je ne me suis pas trop posé de questions. J’avais ma proposition de Lucky Luke, je le ressentais physiquement…

Tu t’étais déjà imaginé dans la peau du personnage ?

J’avais déjà joué un cowboy blagueur dans les Dalton avec Eric et Ramzy. On avait même évoqué mon nom à l’époque pour un Lucky Luke qui ne s’était pas fait. C’est peut-être mieux comme ça car je suis ravi de l’avoir fait avec James.

James Huth dit que beaucoup de gens vous ont suggéré de ne pas le faire. Mais qui sont ces « gens » ?

Ce sont des « bruits de métier », des acteurs, des réalisateurs qui ne te le disent pas directement mais qui t’expliquent qu’ils ont entendu quelqu’un etc... Maintenant lorsque j’en parle avec des potes de ma génération, ils rêvaient tous de le faire. Même si avec un tel projet, on sait qu’on va être flingué avant même que le film ne soit tourné car Lucky Luke ne nous appartient pas.

Une partie du public aura une idée bien précise du film qu’elle veut voir… Or vous avez pris pas mal de libertés avec la BD !

On ne peut pas transposer la BD à l’écran et il faut forcément prendre des libertés. Par exemple pour Billy the Kid, on ne pouvait pas filmer un gamin avec des flingues. Il fallait donc un mec qui ait l’énergie, la connerie de l’enfance et Michael Youn est assez évident. Après si Lucky Luke appartient à tout le monde, il m’appartient aussi. Je fais mon Lucky Luke, même si c’est arrogant pour certains. En tout cas je ne pouvais pas jouer un dessin. Je suis fait de chair et de sang et je voulais incarner le personnage avec du sentiment, de l’émotion. Je demande juste aux gens de me donner la permission de le faire. Parce qu’adapter Lucky Luke, c’est un peu le trahir.

C’est pour te l’approprier plus que tu es co-scénariste du film ?

J’ai proposé des choses, avec l’idée de creuser le personnage, de lui faire poser les flingues, d’aller dans un truc plus romantique. La dernière case, lorsqu’il s’en va vers le soleil couchant, c’est aussi ça que je voulais. Lucky Luke, il est tellement parfait que si on le laissait faire, le film serait terminé au bout de 30 minutes. Or là j’ai voulu « pété » mentalement le personnage, un peu lorsque Zidane se fait expulser de la finale de la Coupe du monde. J’ai voulu le jouer au premier degré, même si le film a aussi un côté récréatif et déconnant.

C’est un travail très différent d’OSS 117 ?

OSS, c’est du texte, des vannes brûlantes et il faut faire gaffe à la façon de les dire. Lucky Luke, c’est plus une affaire de « cases ». Le décor est énorme, les costumes sont magnifiques et je devais travailler davantage avec le corps qu’avec la voix. La mise en scène était millimetrée et il fallait faire attention au moindre talon de bottes qui rentre dans le cadre, tout ça en picorant dans la BD à laquelle on est quand même resté très très fidèles.

Ce film marque donc tes retrouvailles avec James Huth, le réalisateur de Brice de Nice. Ta vie a-t-elle beaucoup changé depuis ?

Pas vraiment. Mon quotidien s’est amélioré, c’est sûr. Mais le vrai luxe, c’est la liberté. Pouvoir monter des projets, dire à un producteur ou un réalisateur qu’on aimerait travailler avec tel ou tel acteur. Je serais bien con de ne pas le faire ! Je n’ai pas envie de tout faire d’un coup, mais je sais que j’ai le bon âge, 37 ans, pour courir dans les bois à Rio par exemple ! J’aurais le temps de faire d’autre choses après.

La perspective du bide, ça t’inquiète ?

Je ne suis pas dupe, j’ai parlé aux « anciens », des gens comme Gérard Lanvin qui m’ont expliqué que dans une carrière, il y a des coups de mou. Je sais aussi qu’en France, on aime bien les mecs qui perdent. On a un peu le culte de la « lose », pas tellement du héros. Une chose est sûre : si je suis en phase avec un projet, si je suis allé au bout de ce que j’avais envie de faire, je peux tout assumer. Même l’échec.