
Je suis récemment tombée sur un article du critique gastronomique masqué du Figaro et de Paris Première, François Simon, dans le magazine GQ (François Simon tient aussi un blog très sympa). C'est le titre qui m'a fait tilter: "Quand le bio nous court sur le haricot".
"C'est bio, c'est sain, mais ça ne donne pas faim ! Les labels verts menacent de tuer le goût," proclame le sous-titre. Tout un programme.
Ma première réaction : "N'importe quoi". Puis, je lis jusqu'au bout pour voir pourquoi l'auteur semble si agacé par les produits biologiques, ou issus de l'agriculture biologique. Et apparemment, il est vraiment agacé car le premier mot de son papier est "Brrrr". Il en a la chair de poule.
Alors, je voudrais entreprendre de rassurer ce M. Simon.
D'abord, il est inapproprié de faire le raccourci entre cuisine bio et cuisine légère/saine/diététique. Pas de souci, vous n'aurez pas à pleurer "sur l'interdiction des baraques à frites" ou sur "la disparition du banana split", que vous évoquez dans GQ ! Vous pouvez en effet acheter de l'huile de friture bio, des pommes de terre bio, des bananes bio, du chocolat bio et de la crème fraîche bio. Rassurez-vous !
Pour les Mars bio, on en est pas encore là, mais regretteriez-vous vraiment ces barres chocolatées ultra sucrées difficiles à avaler sans un verre de jus d'orange ou un café ? Par contre, vous pouvez aussi vous "bâfrer", "mettre les coudes sur la table", "dire n'importe quoi", tout en mangeant bio.
"Le bio lasse parce qu'il y a en lui une sorte de bonne conscience, une sorte de paradis aseptisé", dit M. Simon.
Côté bonne conscience, pourquoi pas. Mais ça va avec la réflexion sur nos modes de consommation. Plutôt normal donc d'en être un peu fier. Et pourquoi pas ressentir un peu de bonne conscience quand on sait que ce que nous avalons a été produit avec un souci pour la protection des sols, des eaux, de la vie et du bien-être animal. Un jour, ce geste nous paraîtra peut-être aussi banal que d'acheter un produit non-bio aujourd'hui. Mais on en est encore au début.
Vous dites que "c'est comme si les vins s'étaient mis en robe de bure, histoire de se faire pardonner on ne sait quoi : des années de truquages, d'exhausteurs de goûts de beaujolais casseurs de crâne". Là aussi, je pense que vous vous trompez. D'abord, aujourd'hui, lorsqu'on parle de vin bio on entend généralement du "vin de raisin issu de l'agriculture biologique". Le raisin est donc cultivé sans pesticides et sans engrais chimiques, mais le label AB ne concerne pas la vinification.
Deuxièmement, au nom de quoi ne devrait-on pas améliorer les pratiques de vinification alors que depuis le temps des Romains l'œnologie n'a cessé d'évoluer – et fort heureusement! (Voir post sur le vin bio) En effet, il ne faut pas non plus confondre bio avec un retour à un supposé "état de nature" qui aurait précédé notre époque de société de consommation. Le bio c'est aussi de la recherche, des nouvelles technologies, des solutions novatrices pour répondre à des défis sérieux qui sont ceux de la pollution, des risques sanitaires liés à l'utilisation massive de produits chimiques et de la nécessité de nourrir de plus en plus de Terriens.
Que ces réflexions puissent vous couper l'appétit est tout à fait compréhensible, mais s'il vous plaît ne mettez pas votre déprime sur le dos du bio !
M. Simon poursuit et s'en prend aux labels…
Je m'étonne que, au supermarché, vous ne compreniez que "le prix et la date de péremption", comme vous dites. C'est vrai qu'il y a beaucoup de "marques", de "signes de qualité", mais de labels pour le bio, il en existe pas trente-six mille. C'est même, à mon ressenti, le plus facile à identifier et à comprendre. C'est soit AB, soit le label bio européen. C'est tout. Après on n'est pas obligé d'apprendre par cœur le cahier des charges pour en connaître les principes de base.
Bien sûr que le label AB ne garantit pas le goût, comme vous le précisez. Personne n'affirme que le bio est systématiquement plus savoureux que le non bio. Il a toutefois quand même des chances de l'être, notamment lorsqu'on choisit des produits de saison ou des viandes d'animaux élevés en plein air !
Un monde sans labels serait bien beau. J'en conviens, mais j'aime aussi pouvoir choisir ce que je mange. Savoir d'où ça vient et, si possible, comment ça a été fabriqué. Pour moi, la nourriture est une partie trop importante de ma vie pour n'y accorder qu'un réflexe prix et date de péremption. Faire le marché, faire la cuisine, bien arroser les mets, saucer… Franchement le bio n'empêche en rien tout cela.
Qu'un homme de goût comme vous s'acharne avec autant de mauvaise foi contre le bio me laisse tout à fait perplexe.
Certes, votre texte est drôle et bien écrit. C'est un bel exercice d'éloquence. Mais c'est un discours aussi conformiste que démagogique. C'est toujours facile de s'ériger en opposant aux "modes" (même si le bio est loin d'en être une à mon avis). Ça fait original, anticonformiste. Mais est-ce franchement honnête intellectuellement ?
Je serai ravie d'en débattre avec vous si vous souhaitez réagir à ce post. Vous êtes le bienvenu.


