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vie quotidienne Archives

5 mai 2008

Bienvenue dans mon ch’ti blog !*

Voilà, j’ai franchi le pas du blog. Je n’y pensais pas du tout avant que Métro, grand journal que je salue bien bas - gloire à Métro -, ne me propose de jeter quelques mots plus ou moins maladroits sur leur plateforme Internet. Plutôt moins maladroits que plus, espèrent-ils.

De quoi parlera-t-on dans cet espace de convivialité et de débat ?

De banlieue parce que j’y habite et que je la connais un peu. Pas la banlieue qu’on voit à la télévision, au moment des émeutes, mais aussi celle qui prépare en ce moment une rencontre avec Gilbert Sinoué, écrivain de romans historiques, à Vigneux-sur-Seine, le 9 mai à 20h30 sous l’impulsion de l’association « La Culture à travers les lettres ».

De politique au sens étymologique du terme, celle qui s’intéresse à la vie de la cité.

De culture parce que je suis l’auteur de deux livres et que je me suis aussi forgé le nez dans les bouquins,  dans les cinémas, les musées, les salles de concert…

De sport en général et de Roger Federer en particulier parce que Roger est le meilleur joueur de tennis de tous les temps et que Michael Jordan et Zinedine Zidane ont pris leur retraite.

Il y a aura aussi des billets d’humeur, des billets d’humour, des interviews… Bref, ce blog sera un peu à mon image, éclectique et foutraque.

Pourquoi ce nom de blog, la Nouvelle Racaille Française ?

Nouvelle parce que j’espère apporter un ton, un souffle, une fraîcheur.

Racaille parce que c’est un mot démocratique, utilisé aussi bien par le Président de la République et la Secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville que par Mouloud et Francis, mes voisins de palier.

Française car que c’est ma nationalité.

Nouvelle Racaille Française, ce sont aussi des initiales, NRF, qui s’inscrivent dans la tradition culturelle de la belle littérature.

Comme dans Fight Club, dans la première règle de la Nouvelle Racaille Française, c’est qu’il n’y aura pas de règle.

15 mai 2008

Le Poids d’une âme

La vie d’un livre est pleine de rebondissements. Le mois dernier, j’ai appris que mon premier roman, « Le Poids d’une âme » avait remporté le prix coup de cœur organisé par l’association coup de soleil dans je-ne-sais-pas-combien de lycées de Perpignan, Sète et je-ne-sais-pas-quelles-villes. Le prix me sera remis demain, le 15 mai 2008 à Sète (où je serai en mesure de mettre des chiffres à la place des « je-ne-sais-pas »). Un rappel : « Le Poids d’une âme » est sorti en août 2006. Il a la peau dure, Lounès, le personnage principal de mon livre ! Un peu comme dans mon roman où Lounès est ballotté, c’est une longue histoire qui m’a conduit jusqu’à cette première publication. Un parcours du combattant. Il a certes fallu de la persévérance mais aussi beaucoup de chance. Chance qui m’a conduit aux portes des éditions Jean-Claude Lattès où les équipes oeuvrent de concert à la réussite de leurs auteurs. Karina, Anne-Sophie, Brigitte, Anne, Eric, Hanen, Isabelle, Laurent, Philippe, Marietta, Sophie, Eva, Louise, Gilles et tous ceux qui vont m’en vouloir de ne pas les citer sont autant de prénoms dans mon calendrier des saints (j’exagère un chouïa mais bon). Je ne cite pas les noms de famille pour ne gêner personne mais ils le mériteraient. J’ai galéré et pourtant, Lattès, voilà une maison édition qui m’était prédestiné. Non, je ne deviens pas mégalo, c’est juste l’ironie du destin qui me fait remarquer que la cité en verlan, ça donne la tess. Eh oui, un homonyme de Lattès ! Un zest d’astrologie, un poil de numérologie et vous verrez que je vais trouver une grande théorie pour justifier mon petit destin. Décidément, la vie d’un auteur est pleine de surprises.

3 juin 2008

Entre les murs (deuxième partie)

J’arrive dans la salle de classe où trois lavabos côte à côte me laissent à penser que :

1/ on est dans une salle de prière où tout a été prévu pour les ablutions.

2/ l’éducation nationale est tellement fauchée qu’elle a remplacé les sorties à la piscine par des pataugeoires de fortune.

3/ On est dans une salle de TP de physique et mon ancien prof de physique M. B. va m’embrouiller avec sa fiole Erlenmeyer et son bec Bunsen.

Je penche pour l’option 1/ car des cœurs en papier – ô amour divin - sont collés au mur. Je me sens aimé et ça fait du bien. Ma rêverie s’interrompt avec l’arrivée en ordre dispersé des élèves. On m’a dit qu’ils étaient brillants, vifs, intelligents, formidables… Eh bien, ils ont l’air brillants, vifs, intelligents, formidables.

Mme Derder se lance dans une introduction dont voici le texte mot pour mot (je lui ai piqué son petit papier en loucedé) : « Je remercie le grand écrivain Mabrouck Rachedi de nous faire l’honneur inouï, d’avoir l’extrême obligeance de fouler de ses précieux pieds le sol de notre humble lycée. Je vous prie, chers élèves de saluer l’entrée de celui que l’on appelle le maestro, le seul, l’unique, Mabrouck Marvellous Rachedi ».

Une ola salue cette introduction digne d’un combat de boxe au Madison Square Garden. Faudra lui dire qu’elle en fait des tonnes, Mme Derder.

La première question a du mal à fuser. Je promets deux points de plus dans la moyenne de l’audacieux qui se dévouera. Une forêt de doigts se lèvent. Mme Dubois précise que c’était une blague. Jacques a dit « baissez la main droite ». Quelle rabat-joie, cette Mme Dubois ! Le calme avant la tempête car très vite la timidité des premiers instants se dissipe.

A cet instant du récit, je précise que les élèves étant mineurs, je ne suis pas certain d’avoir le droit de les appeler par leurs vrais prénoms, qu’ils m’excusent par avance de ne pas les nommer, même si certains m’en ont fait expressément la demande.

Au fond de la classe, une lumière m’aveugle. Ce n’est ni le soleil ni les lampes. Un type porte un sweet-shirt vert fluo qui attaque ma rétine. Waow. Justement, le type en vert, R., pose une question… lumineuse, comme il se doit.  I. prend le relais : « vous êtes riche M’sieur ? ». Je réponds qu’il n’y a pas que les richesses matérielles dans la vie mais va savoir pourquoi, j’ai l’impression que le message ne passe pas. Alors je balance que j’ai vendu 98 000 exemplaires du Poids d’une âme et cela suscite un net regain d’intérêt, qui se matérialise en un murmure et quelques sifflets ébahis. La société capitaliste a des beaux jours devant elle. Je précise que c’est une plaisanterie. Jacques a dit « silence dans la salle ». Madame Derder prend le relais de ses élèves devenus muets. Et là, c’est la catastrophe.

- L’épilogue de votre roman renvoie à une praxis eschatologique qui s’accomplit via l’absurde destin d’une corde. Après l’allégorie de la caverne de Platon, avez-vous voulu décrire une allégorie de la banlieue comme catharsis d’un post-modernisme décadent ?

Pourquoi qu’elle me parle de scatologie et de stéradent ? J’comprends rien à vos questions M’dame Derder ! Une stratégie claire s’impose à moi : il faut que Madame Derder intervienne un minimum. Je développe de très très très longues réponses pour éviter les très très très longues questions de la prof. Tout en répondant aux brillantes questions des brillants élèves, mon regard circulaire détaille certaines attitudes. A gauche, une fille en bleu pose négligemment le pied sur la chaise voisine vide. Au dernier rang, un type pose sa tête sur son bras allongé sur sa table. Des bavardages de droite et de gauche. Ça fait plaisir de voir que l’école n’a pas tellement changé !

J’en profite pour charrier deux ou trois personnes qui ne se laissent pas faire. Je sollicite une question à la fille en bleu. « Dans cinq minutes, je vous pose une super question », elle me dit. Cinq minutes plus tard. « Alors voilà M’sieur, page 126, vous écrivez prenez un fait, filmez-le, il devient divers et ça m’a fait penser à la phrase de Ionesco prenez un cercle, caressez-le, il devient vicieux. Faut-il voir un lien intertextuel ou une transcendance immatérielle immanente ? » Fichtre, elle a dû bouffer du Derder, cette élève ! I. me sauve la mise en reprenant la main. « Ouais, c’est pas tout ça, mais vous gagnez d’la thune ? ». Ahem, il y a comme qui dirait une question qui taraude notre material girl version Madonna. La sonnerie « Psycho » retentit. Fin de la première heure. Changement de salle pour la deuxième heure. Adieu les petits cœurs en papier de la salle d’arts plastiques (car c’était une salle d’arts plastiques, info de dernière minute de Madame Derder), vous allez me manquer.