Choisissez votre ville

Il semble que vos cookies ne sont pas activés sur votre navigateur. Pour que nous puissions vous montrer les informations liées à votre ville, vous devez choisir une des villes suivantes:

Metro Logo

Page d'accueil

culture Archives

6 mai 2008

Kiffer le livre de Habiba Mahany !

Lors de l’annonce du Plan Espoir Banlieues, Fadela Amara déclarait être persuadée que les femmes joueraient un rôle essentiel dans les quartiers populaires. Kiffer sa race* de Habiba Mahany sorti peu avant le plan souligne la justesse du propos.

Kiffer sa race a d’abord l’intelligence de ne pas être un livre sur la banlieue. A l’image de Sabrina, personnage principal qui surplombe la cité du haut de son immeuble, ce premier roman dépasse son cadre, n’oubliant pas d’être… un roman ! A rebrousse-poil des clichés, c’est une bouffée d’air frais dans la littérature dite urbaine où dans la famille, le père et la mère s’aiment, les deux filles détiennent le vrai pouvoir et, si le frère est omniprésent, c’est avant tout parce que c’est un petit dernier gâté.

Au plus proche de la réalité de son milieu, Kiffer sa race se réapproprie le langage de la rue, plaçant le lecteur au cœur de l’action. Loin de la-banlieue-qu’est-pas-rose-la-banlieue-qu’est-morose chantée par les Inconnus, dans Kiffer sa race, on rit. Lamine, « 2 de QI, en basket Nike Air force one Lebron James, survêt Cleveland Cavaliers Lebron James, T-Shirt numéro 23 Lebron James, casquette Lebron James », cancre parmi les cancres qui ne voient « pas plus loin que le bout de leurs aînés » et qui confond le verbe vénérer avec le verlan d’énerver est l’un de ceux qui portent la responsabilité partagée de leurs échecs. On est loin du manichéisme victimaire de la méchante société contre les jeunes brebis innocentes. Si Habiba Mahany dresse un portrait au vitriol du racisme avec le personnage d’Yvonne qui se rend chez ses voisins maghrébins comme « Tintin au pays des Arabes », elle décline le mot au pluriel, soulignant les racismes qui gangrènent aussi les différentes communautés entre elles.

Fourmillant d’expressions détournées comme « il n’y a qu’un pas entre le tapis de sol et la roche tarpéienne », le livre se termine par un magnifique « Je kiffe ma race. Au sens figuré, heureuse qui comme Alice a fait un beau voyage au pays des merveilles et au sens propre, je kiffe ma race, notre race, la seule, l’unique sur cette terre par-delà les barrières dans nos têtes : la race humain ». Tout est dit : l’hommage à la littérature mondiale avec la référence à Du Bellay et à Lewis Carroll et surtout, le message d’humanisme, de tolérance et d’amour. Version moderne et accessible aux plus jeunes de celui d’Arnold Toynbee : « Quand on connaît un être humain personnellement, quelles que soient sa religion, sa nationalité ou sa race, on ne peut manquer de reconnaître son humanité semblable à la sienne ». Kiffer sa race est une œuvre puissante à diffuser à tous, en particulier dans les écoles.

Caton l’ancien finissait chacun de ses discours, quel qu’en soit le sujet,  par « Il faut détruire Carthage ». Moi, je finira mes posts par « Il faut lire kiffer sa race de Habiba Mahany » !

23 mai 2008

Le scandale « Kiffer sa race »

Les journaux font leurs choux gras de l’affaire Justice, dont le clip vidéo exhale la violence gratuite. L’image du « jeune des cités » est comme d’habitude négative et sujette à débats infinis. Il y a une autre affaire, bien plus grave à mes yeux, celle du livre de Habiba Mahany, « Kiffer sa race ».

Voilà un livre qui parle des banlieusards comme des êtres humains qui s’amusent, qui souffrent, qui rient, qui pleurent… bref, qui vivent comme tout un chacun. Vous avez dit bizarre ?

Voilà un livre qui adopte le point de vue d’une jeune femme sur sa vie quotidienne. Vous avez dit excentrique ?

Voilà un livre qui véhicule un message de tolérance et d’humanisme aux pieds des tours. Vous avez dit provocateur ?

Voilà un livre qui réconcilie le style oral des cités avec le langage chiadé des auteurs classiques, qui accorde une importance réelle au style et à la forme, autant qu’au fond. Vous avez dit inouï ?

Voilà un livre qui ne prétend pas révélé LA vérité sur la banlieue mais qui raconte une histoire. Vous avez dit invraisemblable ?

Voilà une écrivaine qui écrit. Vous avez dit abracadabrantesque ?

« Kiffer sa race » est un livre dont il faut se méfier. Il décolle les étiquettes.

Habiba Mahany est une écrivaine dangereuse. Elle décrit une banlieue riche de ses talents cachés, de ses espoirs enfouis.

Et le livre est un succès.

Si c’est pas un scandale, ça ?

27 mai 2008

Au pays des blogueurs (1) : Mandor

Je n’avais jamais pensé à publier un livre avant que des personnes de mon entourage prétendent que j’avais un certain talent d’écriture et que je devrais par conséquent tenter l’aventure. De la même façon, je n’avais jamais pensé à ouvrir un blog jusqu’à ce qu’un certain Mandor (dont on retrouvera les chroniques ici : http://unpieddansleshowbiz.hautetfort.com/ ) instille le premier l’idée dans mon esprit étroit. Qui est cet homme au pseudo étrange ? En guise d’explication, voici le manuel du parfait Mandor pour les nuls. Comme dans Sleepy Hollow de Tim Burton, l’histoire de Mandor est d’abord la légende d’un blogueur sans tête. Explication : sur les photos de son blog, le fanfaron coupait sa tête au montage afin de ne pas être reconnu par une horde de fans en délire dans les rues de Paris. J’incite tous ceux qui visiteraient les pages de mon inspirateur génial à remonter le temps et les pages de son blog jusqu’à sa période trou noir (ben ouais, comme Picasso et plein de grands artistes, Mandor a ses périodes). Ces images sont désormais collector. Mandor, c’est la tête, mais c’est surtout le cœur. Il affirme que son monde culturo superficelo passionnant mais, moi, je retiens surtout le dernier qualificatif. Passionnant. Et passionné. Ce type lit plus de livres, voit plus de films et écoute plus de CD que Skorecki, Pivot, Weil, Cachin, Poivre d’Arvor, Bangs (normal, il est mort), toi, ta mère, Jean-Michel Jarre et moi réunis. Mandor, c’est plus fort que toi. Comme Columbo, Il débarque avec ses fiches et son enregistreur en pagaille, il mélange les unes, oublie de mettre l’autre en route (ça ne lui est arrivé qu’une fois mais j’aime bien en rajouter) et à la fin, ça donne une super interview, on ne sait pas trop comment. Mandor, c’est un univers éclectique où Jamel Debbouze côtoie Héléna Marienské, Daniel Balavoine côtoie Arhur H, Habiba Mahany côtoie Mabrouck Rachedi…Qu’il se trouve face aux uns et aux autres, les constantes de Mandor – telles les constantes d’Einstein ou d’Avogadro – sont la rigueur, la ponctualité, l’humour, la convivialité. Et la curiosité, surtout, car Mandor est avant tout un journaliste. En plus de ses activités radiophoniques et magazinesques, il est consultant pour le cinéma où il diffuse sa science du phrasé à des acteurs du calibre de Jugnot et Lanvin, rien que ça. Mandor n’a a qu’un seul défaut avéré, son manque de confiance en lui dans un domaine particulier. Ça reste notre secret à nous. Mais bon, si le monsieur sait retranscrire la finesse de ses billets comme je l’imagine, j’attends le premier livre de M. Mandor avec impatience. Pulsatilla, l’auteure du très drôle « La cellulite c’est comme la mafia, ça n’existe pas », (éd. Au Diable Vauvert), blogueuse devenue écrivain à succès en Italie et qui marche pas mal en France aussi, devrait montrer la voie à suivre à notre Mandor favori. Je ne vais pas en écrire des tonnes, ça pourrait faire rougir notre bougre. Je voulais juste rendre hommage à celui qui sera mon exemple sur la Toile. Moi aussi, j’aimerais ouvrir cet espace à l’univers des autres avec des interviews. Je m’aperçois l’investissement en temps et en énergie que ça représente. Et en argent aussi, imagine-toi que Mandor, ce fou, offre le verre à ses invités. C’est pas l’auteur d’Eloge du miséreux qui commettra ce genre d’excès ! Mandor a été mon exemple dès le début. Quand Métro m’a demandé mon sous-titre pour ce blog, j’ai machinalement répondu « Les tribulations d’un écrivain ou quelque chose dans le genre ». Ça ne vous rappelle pas les tribulations dans un monde culturo superficelo passionnant de Mandor ? Le pire, c’est que je n’avais pas fait le rapprochement jusqu’à ce post. Ce n’est pas seulement un exemple, Mandor, mon héros ! PS : J’ai désespérément essayé de placer « la belle au bois Mandor » quelque part (Mandor étant le verlan de dormant). Cette phrase est l’aveu de mon échec.

19 juin 2008

Au pays des blogueurs (3) : le café littéraire de Gaëlle

A la différence de Sushina et Mandor, que j’ai connus sur le web, Gaëlle a d’abord été un être de chair, de sang et de sourire avant que je ne découvre son blog. Cela altère sans doute ma perception. Chaque fois que j’entre dans le café littéraire de Gaëlle, je la vois en tenancière, derrière le zinc, avec une serviette sur l’épaule et son sourire inimitable aux lèvres. Un loustic glisse une pièce dans la fente du juke-box qui joue « Every kinda people » de Robert Palmer puis gueule « Paul, une Tourtelle ! ». Là, Gaëlle – ou Paul ou Paule, tout ça est très confus – déboule et crie wazaaaaaaaa… Bon, j’arrête sinon je risque l’internement !

J’ai connu Gaëlle au salon du livre de Toulon où elle recevait le prix Encre Marine pour son premier roman L’ancre des rêves (éd. Robert Laffont). L’écrivain cristallisait toute les attentions auxquelles elle répondait par son inimitable sourire sus-évoqué mais non sus-décrit car ineffable.

Attention, il n’y a pas que le sourire chez Gaëlle, il y a aussi un premier roman fantastique, dans tous les sens du terme. Ce qui m’a d’emblée frappé dans L’ancre des rêves, ce sont les titres de chapitres et les noms des personnages : Guinoux, Lunaire, Enogat, Ewan, Ardélia et mon préféré Ebenezer. Là, comme tu es une nouvelle racaille française, tu te demandes si Gaëlle ne revisite pas le dictionnaires des prénoms chelous. Puis tu te rappelles que ton prénom, c’est Mabrouck alors, tu fermes ta gueule, hein.

Quand tu ouvres la première page, c’est le début de la fin. En posant tes yeux sur « Cette nuit-là », tu ne savais pas que tu enclenchais un engrenage infernal qui ne se terminerait qu’au dernier mot (« capables ») de la belle dernière phrase du roman (que je ne citerai pas car elle se mérite).  A vrai dire, tu te doutais que la Gaëlle était CAPABLE de capter ton attention car tu l’avais entendu parler avec verve et passion de l’œuvre de Polanski, mais peut-être pas à ce point. Tu penses à Sixième sens de Shyamalan et la fameuse phrase « I see dead people » que - tiens, tiens - Gaëlle cite dans son dernier billet. Moi, cette phrase, elle me parle particulièrement vu que j’ai soûlé mon entourage avec sa traduction française : je vois des fantômes… (yeux écarquillés, ô temps suspend ton vol)… Tout le temps (inflexion inquiétante, voix cassée).

Dans L’ancre des rêves, il y a surtout la patte d’un écrivain ou d’une écrivaine – tout ça est très confus – avec, au hasard, des passages comme « Et puis, avec La Marie-Louise immobile et hostile, avec le fracas de l’échelle de corde dans la barque, avec la voix métallique d’un fouet, les signaux s’agitèrent de concert, sans que l’envie de fuir eût vraiment sa chance », « Les marins les voulaient les yeux mouillés sur le quai, agitant leur foulard ou la main potelée du petit dernier. Ils les voulaient ainsi et ils obtenaient cette image à laquelle accrocher leurs pensées, cette image sincère et trompeuse qui recouvrait et les dissonances et leur permettait de redevenir des pères, des époux dont la place restait chaude dans le lit déserté » et des dizaines d’autres que tu aurais dû marquer, ce que tu regrettes de n’avoir pas fait là, maintenant, tout de suite alors que tu es censé raconter le livre. Alors tu en appelles au hasard au lieu de renvoyer à la description de Cardec, à la lettre de Ronan et, inévitablement, à la dernière phrase que, non, non, je n’écrirai pas.

L’ancre des rêves
, ça commence par le récit parallèle de l’itinéraire de trois frères secoués par d’affreux cauchemars. Où se termine le rêve, où commence la réalité ? C’est cette frontière poreuse qu’explore en funambule Gaëlle avec un sens sadique du suspens. Là, tu repenses à Shyamalan dans la façon de dilater le temps, de jouer sur tes nerfs de lecteur qui veuuuuut savoiiiiiiir la fiiiiiiiin comme un bébé qui veuuuuut son hoooochet ! L’ancre des rêves te renvoie à tes instincts primaux et joue sur tes angoisses. Par exemple, une des scènes finales dans laquelle Lunaire se trouve en très fâcheuse position m’a renvoyé l’image d’une vraie angoisse personnelle. Et là, tu oublies le sourire inimitable de Gaëlle – oui, oui, c’est possible – et tu flippes ta race.

Mon petit billet est très confus – je t’avais prévenu, ô lecteur – mais, crois-moi, c’est vachement mieux écrit dans L’ancre des rêves. Ce billet n’a donc rien à voir avec le café littéraire de Gaëlle, où on parle de littérature avec luxe, calme et volupté. C’est qu’elle lit, la bougresse, et qu’elle écrit bien sur ce qu’elle lit. Ce n’est pas un hasard si ses nombreux admirateurs demandent une présence plus assidue à celle qui est devenue depuis peu la reine du raffut, du plaquage et accessoirement, de la fourchette et du (darth) maul. Eh oui, Gaëlle est une spécialiste du rugby. Tu peux lui demander le récit de l’action qui a donné la victoire au Racing Club Toulonnais en 1931, elle te répondra sans hésiter. Elle passe d’Aqua, Champ, Motteroz, Orsoni, Gruarin à Coe, Brontë, Stendhal ou Camus avec le même sourire inimitable – mais je crois que j’en ai déjà parlé, non ?

Cerise sur le gâteau, grâce à Gaëlle, j’ai connu Thom, dont je reparlerai ici. Comme un avant-goût à ce futur post, je cite une expression dudit Thom : voilà comment j’ai raté mon billet sur Gaëlle.

23 juin 2008

Stress/ No stress, la bipolarité française ?

Stress de Justice est l’une des vidéos les plus regardées sur Internet, No stress de Laurent Wolf est l’un des grands succès de l’année. Sur fond de musique électronique, les deux titres donnent chacun un visage au stress de notre société qui trouve un large écho auprès du grand public. Alors stress ou no stress ? Stress, c’est huit jeunes hommes qui agressent des quidams, tagguent des murs, saccagent et brûlent une voiture  Au pied des tours, dans les couloirs du métro, dans la rue, dans un café,  partout, tout le monde y passe ! Filmées sur le mode du happy slapping, les scènes, d’un réalisme cru, ont heurté par leur violence semble-t-il gratuite. L’objectif  de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé, les membres du groupe, était  "d'ouvrir le débat, susciter des questions, comme le font régulièrement le cinéma, la littérature ou l'art contemporain". L’histoire du cinéma est jalonnée de polémique de ce genre, comme Orange mécanique de Stanley Kubrick, Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini, Tueurs nés d’Oliver Stone, Les guerriers de la nuit de Walter Hill,  Menace II Society d’Albert et Allen Hughes, Funny Games de Michael Haneke, Assassin(s) de Matthieu Kassovitz, Irréversible de Gaspard Noé … Ces films ont été accusés au mieux de complaisance dans la représentation de la violence, au pire d’incitation au crime.

No stress, ce sont des scènes de bureau filmées par des caméras de vidéo-surveillance. Au départ, l’objectif saisit les tics nerveux des travailleurs et ça finit par des pétages de plomb en série où les cols blancs fracassent leurs ordinateurs.  Quelques extraits du morceau traduits : Je ne veux pas travailler aujourd’hui/ Je veux juste rester et plus loin Je ne veux pas perdre mon temps/ Je ne veux pas ressentir ce stress/ Ce n’est pas que je suis fainéant /Je crois juste que je suis fou. Des paroles qui tiennent plus du droit à la paresse que du travailler plus pour gagner plus.


Stress
et No stress se rejoignent non seulement dans la forme, empruntant aux nouvelles technologies vidéos qui se sont généralisées ces dernières années mais aussi sur le fond : la violence. Alors que chez Laurent Wolf, il apparaît explicitement que la violence de la société engendre la violence réactionnelle du travailleur, chez Justice, si le déferlement de violence renvoie de façon implicite à l’imagerie de « la barbarie urbaine » telle qu’on peut la voir représentée dans les médias – des tours, une bande de jeunes plutôt typés… - motivations et explications sont absentes, d’où le malaise. Mais n’est-ce pas là une des fonctions de l’art ? Je laisse la question ouverte.

Les deux morceaux ont ceci de paradoxaux qu’ils soulèvent à la fois de vraies questions et qu’ils se dansent dans les discothèques, lieux de divertissement par excellence. Dans ses travaux, Bourdieu  soulignait l’étymologie du mot : faire diversion. De fait, les clubbeurs vont en boite pour tout sauf réfléchir, d’où une dichotomie entre l’image et le son, entre l’artiste/émetteur qui veut dénoncer et le clubbeur/ récepteur qui se défoule sur des airs entraînants. Ou peut-être que ce grand écart est le symbole de la bipolarité de la population française, dépressive *, qui se laisse aller à des élans maniaques de divertissement ** : au stress répondrait le besoin d’agitation compulsive.

* Tous les indicateurs sur le moral des Français tendent à le montrer
** Dont un exemple frappant est le succès faramineux et inattendu des Ch’tis.

Stress/ No stress, la bipolarité française ?

Stress de Justice est l’une des vidéos les plus regardées sur Internet, No stress de Laurent Wolf est l’un des grands succès de l’année. Sur fond de musique électronique, les deux titres donnent chacun un visage au stress de notre société qui trouve un large écho auprès du grand public. Alors stress ou no stress ?


Stress
, c’est huit jeunes hommes qui agressent des quidams, tagguent des murs, saccagent et brûlent une voiture  Au pied des tours, dans les couloirs du métro, dans la rue, dans un café,  partout, tout le monde y passe ! Filmées sur le mode du happy slapping, les scènes, d’un réalisme cru, ont heurté par leur violence semble-t-il gratuite. L’objectif  de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé, les membres du groupe, était  "d'ouvrir le débat, susciter des questions, comme le font régulièrement le cinéma, la littérature ou l'art contemporain". L’histoire du cinéma est jalonnée de polémique de ce genre, comme Orange mécanique de Stanley Kubrick, Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini, Tueurs nés d’Oliver Stone, Les guerriers de la nuit de Walter Hill,  Menace II Society d’Albert et Allen Hughes, Funny Games de Michael Haneke, Assassin(s) de Matthieu Kassovitz, Irréversible de Gaspard Noé … Ces films ont été accusés au mieux de complaisance dans la représentation de la violence, au pire d’incitation au crime.

No stress, ce sont des scènes de bureau filmées par des caméras de vidéo-surveillance. Au départ, l’objectif saisit les tics nerveux des travailleurs et ça finit par des pétages de plomb en série où les cols blancs fracassent leurs ordinateurs.  Quelques extraits du morceau traduits : Je ne veux pas travailler aujourd’hui/ Je veux juste rester et plus loin Je ne veux pas perdre mon temps/ Je ne veux pas ressentir ce stress/ Ce n’est pas que je suis fainéant /Je crois juste que je suis fou. Des paroles qui tiennent plus du droit à la paresse que du travailler plus pour gagner plus.

Stress
et No stress se rejoignent non seulement dans la forme, empruntant aux nouvelles technologies vidéos qui se sont généralisées ces dernières années mais aussi sur le fond : la violence. Alors que chez Laurent Wolf, il apparaît explicitement que la violence de la société engendre la violence réactionnelle du travailleur, chez Justice, si le déferlement de violence renvoie de façon implicite à l’imagerie de « la barbarie urbaine » telle qu’on peut la voir représentée dans les médias – des tours, une bande de jeunes plutôt typés… - motivations et explications sont absentes, d’où le malaise. Mais n’est-ce pas là une des fonctions de l’art ? Je laisse la question ouverte.

Les deux morceaux ont ceci de paradoxaux qu’ils soulèvent à la fois de vraies questions et qu’ils se dansent dans les discothèques, lieux de divertissement par excellence. Dans ses travaux, Bourdieu  soulignait l’étymologie du mot : faire diversion. De fait, les clubbeurs vont en boite pour tout sauf réfléchir, d’où une dichotomie entre l’image et le son, entre l’artiste/émetteur qui veut dénoncer et le clubbeur/ récepteur qui se défoule sur des airs entraînants. Ou peut-être que ce grand écart est le symbole de la bipolarité de la population française, dépressive *, qui se laisse aller à des élans maniaques de divertissement ** : au stress répondrait le besoin d’agitation compulsive.

* Tous les indicateurs sur le moral des Français tendent à le montrer
** Dont un exemple frappant est le succès faramineux et inattendu des Ch’tis.

26 juin 2008

R.I.P Albert Cossery (hommage de Peggy Derder)

Albert Cossery, une ancienne racaille égyptienne, est mort le dimanche 22 juin dans l’hôtel parisien où il habitait depuis plus de 60 ans. Celui qui disait écrire deux phrases par semaine a publié moins d’une dizaine de livres qu’il m’est impossible de résumer en un billet vu que je maîtrise mal le sujet. Mais Peggy Derder, oui. Elle m’a envoyé trois extraits du maître que je reproduis avec son accord. Peggy renvoie au livre « Conversation avec Albert Cossery » de Michel Mitrani (éd. Joëlle Losfeld, 1995) et à l’article de Libé, Cossery, la dernière sieste. Et bien évidemment à toute l’œuvre de Cossery que l’on peut s’offrir dans le catalogue des éditions Joëlle Losfeld.

" - Ton frère Galal. Dormir pendant sept ans ! Quel artiste !
- Tu trouves que c'est un artiste ?
- Certainement. C'est ce que j'essaye d'expliquer aux imbéciles de ce quartier. Ils vous prennent pour des fainéants.
- Mais c'est la vérité. Pourquoi les contredire ?
- Ce sont des ânes, te dis-je. Ils ne comprennent pas toute la beauté qu'il y a dans cette paresse. Vous êtes une famille extraordinaire."
Albert Cossery in Les Fainéants dans la vallée fertile.



"Gohar reprit sa marche à travers la foule. Il était
parfaitement heureux. C'était toujours la même chose, cet émerveillement qu'il avait devant l'absurde facilité de la vie. Tout était dérisoire et facile. Il n'avait qu'à regarder autour de lui pour s'en convaincre. La misère grouillante qui l'environnait n'avait rien de tragique. Elle semblait receler en elle une mystérieuse opulence, des trésors d'une richesse inouie et insoupçonnée"
Mendiants et Orgueilleux.

"- Ils projettent sans doute de faire une farce. Je les connais. Ils passent leur temps à s'amuser.
- Tu te trompes. Ils font semblant de s'amuser, mais ce n'est qu'une ruse. En vérité ils complotent contre le gouvernement. Sinon pourquoi resteraient-ils oisifs ?
- Peut être qu'ils trouvent la vie plus agréable à ne rien faire... C'est une philosophie nouvelle, ils sont décidés à la mettre en pratique.
- En ce qui les concerne, je pense qu'ils doivent trouver ce monde abject et révoltant, mais qu'ils ne tiennent guère à le changer. C'est du moins l'impression qu'ils me donnent.
- Tu veux dire qu'ils méprisent trop ce monde pour le changer ?
- Je dirais plutôt que c'est de l'indifférence, et non du mépris.
- Mais, d'après toi, qu'espèrent-ils ?
- Mais ils n'espèrent rien. La vie. La vie, Excellence. La vie seule les intéresse."
Albert Cossery, in Un complot de saltimbanques.

3 juillet 2008

Entretien avec Pulsatilla

Le propre d’une bonne interview, c’est qu’elle met l’intervieweur dans l’embarras au moment de choisir les meilleurs moments pour publication. C’est ce qui s’est passé avec Pulsatilla, auteure de « La cellulite, c’est comme la mafia, ça n’existe pas » (éd. Au Diable Vauvert, traduit de l’italien par Antoine Martin) interrogée  pour Respect Magazine de juin (qui vient de paraître, jetez-vous dessus !). L’extrait suivant présente les « rushes » de ce qui se trouve page 64, ce qui a été coupé au montage. Précision : les meilleurs moments n’y étant pas, vous devrez acheter Respect Magazine pour les lire. Après les 100 000 exemplaires vendus de « La cellulite, c’est comme la mafia, ça n’existe pas »   en Italie, le même succès en France ? C’est le chemin que prend ce livre drôle, frais, à la plume légère et acérée d’une jeune femme décontractée et souriante, malgré une campagne de promotion intensive et éreintante. Ah, le charme italien… Tu écris : « Ce livre, en dehors d’être le médiocre roman qu’il est, aurait pu être un best-seller et faire de moi un écrivain pété de thunes, au lieu de me limiter au froid décompte de quelques centaines de clopinettes que je touche ». Qu’est-ce que ça fait d’être un écrivain pété de thunes tout en s’étant trompée autant ? Je ne suis pas pétée de thunes. Chaque auteur de premier livre se fait un peu arnaquer et comme ma maison d’édition italienne était petite, mon contrat était plutôt du genre « signe ici et basta ».  Je n’ai pas encore touché le peu que l’on me doit, malgré le succès du livre. C’est pourquoi je vais changer d’éditeur italien.