LA CULTURE A TRAVERS LES CITES
Il n’y a pas que le sport et le rap pour les jeunes en banlieue ! Toutes les formes d’activités culturelles peuvent intéresser cette population trop souvent réduite à la caricature. La preuve : invité par l’association La culture à travers les lettres vendredi 9 mai, Gilbert Sinoué, écrivain, a présenté son œuvre devant un parterre d’une cinquantaine de personnes à Vigneux-sur-Seine, plus connue pour ses tours que pour son activité littéraire.
Sinoué n’est pas un auteur de romans dits « urbains ». Dans ses livres, on parle Histoire, religions, quêtes, tolérance… Pas de bitume ni d’émeutes. Pourtant, ce sont des jeunes d’une vingtaine d’années, Dioncunda Touré, Stéphano François, Yazid Kennache, images même de la diversité, qui m’ont sollicité pour cette première qui paraissait hors de portée. Impossible d’inviter l’auteur du Livre de Saphir, prix des libraires 1996 ? Dès qu’il a été prévenu, Sinoué a accepté. Comme quoi, les barrières sont parfois dans les têtes.
Il a fallu monter une organisation de toutes pièces pour un événement inédit. Le service jeunesse de la mairie de Vigneux-sur-Seine a mis tous les moyens à disposition pour la réussite de la rencontre. Toutes les démarches ont été facilitées par une équipe dynamique, diverse et ouverte. Il a souvent suffi de demander pour obtenir. Comme quoi, les barrières…
L’initiative a aussi été relayée par la librairie Plume de Lune, qui a fait le pari de s’installer en plein cœur d’une cité pour proposer une vraie offre littéraire là où il n’y avait qu’un point presse. De miser pour une fois sur la curiosité et l’intelligence aux pieds des tours. Leyla Amanar, étudiante en sciences politiques, est venue apporter une touche féminine à l’édifice, en qualité de spécialiste de l’oeuvre de Sinoué. Originaire du 93, elle montre qu’hommes et femmes de cités différentes peuvent travailler ensemble. Comme quoi…
Tout cela me conforte dans l’idée émise dans ces colonnes le 5 février 2008 qu’un prix littéraire des banlieusards peut faire bouger les habitants des cités pour peu que les bonnes volontés s’agglomèrent. Ce qui a été fait localement peut se généraliser dans toute la France. Des organisateurs de salons et festivals, écrivains, libraires, éditeurs, académies prestigieuses m’ont apporté leur soutien dans cette initiative. Ne manque que l’appui décisif du politique. En attendant, je continuerai de porter la parole de la diversité culturelle. Sans barrière.
