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Les barons de Nabil Ben Yadir



Les barons sont une poignée de glandeurs qui sévissent dans un quartier de Bruxelles. Partant du principe que chaque homme naît avec un nombre de pas bien définis, leur position favorite est horizontale, soit allongés sur la BM achetée à huit, soit affalés sur l’étal d’une épicerie ou tout autre support à l’inertie de leurs corps – et de leurs vies qui convergent chaque mois dans les guichets d’une agence pour l’emploi. Ces Big Lebowski  à la sauce belge ne s’imposent qu’une seule contrainte : la pesanteur. Hassan, le drôle de la bande,  caresse le rêve de faire du one-man-show, contre la sacro-sainte  règle de passivité et contre l’ambition de son père désireux de le voir suivre ses pas comme conducteur de bus. L’autre but inavoué de Hassan est de conquérir le cœur de la belle Malika, la présentatrice du journal de 20h. La fierté du quartier admirée de tous à  l’heure de la grand-messe est hélas la sœur de Mounir qui discute volontiers avec les poings « pour être sûr de ne pas faire de faute de frappe ». ..

« Les barons » est une comédie décapante portée par une réalisation à 100 à l’heure de Nabil Ben Yadir. Le réalisateur signe son premier film mais ça ne se voit pas du tout. Il propose d’emblée des trouvailles graphiques délirantes comme ce flashback où Hassan suit une flèche kitsch pour dialoguer avec son double rajeuni sur les bancs de l’école ou cette exécution dans une grotte afghane figurant le courroux du père. L’audace visuelle est au service d’un scénario bien ficelé, transcendé par une bande d’acteurs formidables. Les ralentis du groupe  à la « Mean Streets »  de Scorsese ou à la « Reservoir dogs » de Tarantino sont jubilatoires. Nader Boussandel, déjà repéré dans « Akoibon » d’Edouard Baer et « l’école pour tous » d’Eric Rochant, incarne Hassan le personnage principal avec une amplitude de jeu  allant de la comédie pure à l’émotion avec un égal bonheur. Dans tous les registres, il possède une puissance digne des plus grands. Amelle Chahbi, qui nous fait rire dans le Jamel Comedy Club, campe une Malika ultra-convaincante. Que ce soit dans une scène délirante où, la moustache au nez et la barbe de trois jours, elle mime son frère castrateur  ou dans des séquences tout en retenue, elle donne un relief subtil à son personnage frustré par le mutisme de son prince charmant incapable de lui avouer sa flamme. Mourade Zeguendi excelle dans le rôle de Mounir, brute épaisse et leader de bande. Julien Courbey est drôlissime dans le rôle du relou qui voudrait être baron à la place des barons. Mounir Ait Hamou, Salah-Eddine Benmoussa…. sont au diapason d’un casting complémentaire où chacun caractérise à sa manière (fort convaincante) une variation sur le même thème de la fainéantise. Notons aussi la présence au casting du toujours aussi fin Edouard Baer en patron de cabaret, de Fellag, impayable  commère du quartier et de Virginie Elfira dans une apparition baroque comme mime improbable.

Les « barons » est un film qui démonte avec la force de l’humour un certain conservatisme. On sent une immense tendresse pour tous les personnages, y compris les plus antipathiques a priori. La capacité d’entraînement est dans le rythme et dans la juste  distance aux clichés que le réalisateur évite tout en puisant son inspiration dans l’observation quotidienne de son environnement. Hassan/ Nader Boussandel résume en une phrase l’enjeu du parti pris autobiographique de Nabil  Ben Yadir : « si je ne parle pas de ce que je connais, je vais parler de quoi ? De la politique intérieure irlandaise ? ». « Les barons » insuffle un vent d’air frais venu de Belgique en proposant une œuvre rare dans notre production nationale encroûtée : une comédie qui fait rire.


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