Lance Armstrong a gagné 7 Tours de France consécutifs de 1999 à 2005 puis a pris sa retraite au sommet de sa carrière, à 33 ans, après avoir remporté le Tour le plus rapide de l’Histoire. Pendant cette période, il n’aura été réellement mis en danger qu’une seule fois, en 2003, quand la passivité d’Ullrich - – attaquant trop timidement au plateau de Bonascre - et son fair-play à Luz-Ardiden – attendant son adversaire victime d’une chute - lui auront permis d’empocher sa Grande Boucle la plus disputée.
N’ayant plus rien à montrer sportivement, l’Américain sort de 3 ans et demi de retraite cette année pour l’un des come-back les plus spectaculaires jamais vu dans le sport. Pourquoi ? Pour défendre sa fondation Livestrong de lutte contre le cancer. Rappelons que Lance Armstrong a lui-même eu un cancer aux testicules en 1996 mettant en jeu son pronostic vital. La tragédie vire au conte de fée, le coup du sort métamorphosant un bon coureur en un champion d’exception.
Le bon coureur, parlons-en. J’étais un grand fan de Miguel Indurain, le champion espagnol quintuple vainqueur du Tour de France. Miguel avait une quête dans sa carrière : remporter le championnat du monde. Par deux fois, il a été deuxième alors qu’il était largement, largement supérieur aux autres. La première, c’était en 1993 à Oslo où l’Espagnol, souvent présenté comme un gestionnaire de course, défenseur-né, a attaqué une bonne dizaine de fois. Chaque fois, dix coureurs prenaient sa roue, rendant impossible toute échappée. Un inconnu du nom de Lance Armstrong, 21 ans, a attaqué une fois et personne n’a pris la peine de le suivre. Résultat : Amrstrong devient champion du monde alors qu’Indurain bat au sprint Olaf Ludwig, l’un des meilleurs sprinteurs de sa génération, pour la deuxième place. Je décidais donc de détester ce Lance Armstrong de malheur qui avait empêché le rêve de mon coureur préféré.
A ce moment du récit, je me permets une digression sur l’autre deuxième place d’Indurain, la plus cruelle. Le championnat du monde se déroule en 1995 à Duitama, dans les montagnes colombiennes. Meilleur grimpeur du peloton, Indurain est archi-favori et prouve son état de forme éclatant tout au long d’une course qu’il domine de sa classe, malgré des crevaisons à répétition qui l’obligent à des efforts supplémentaires. Notons que lors d’une de ces crevaisons, Pantani attaque Indurain, ce que n’a pas osé faire Ullrich quand Armstrong a chuté dans l’étape de Luz-Ardiden… La seule question est de savoir quand il va porter l’estocade fatale. Mais voilà-t-y pas que son coéquipier espagnol, Olano attaque… Et personne ne prend sa roue ! Indurain, jouant la stratégie d’équipe, ne bouge pas le petit doigt alors que le reste du groupe des poursuivants, Gianetti et Pantani, se regardent dans le blanc des yeux, conscients que produire l’effort maintenant équivaudrait à mettre Indurain sur les rails de la victoire. Voilà comment Olano a gagné son championnat du monde et comment j’étais fou lorsque j’entendais certains commentateurs dire quelques années plus tard qu’Olano avait battu Indurain alors que Miguel lui avait offert la victoire ! Ça m’a rappelé, ce championnat du monde où Joop Zoetemelk, 40 ans, gagne au nez et à la barbe d’un petit groupe d’échappés qui ne croient pas du tout à l’initiative du vieux bouc qui gagne pépère alors que c’est probablement le plus faible de tous. Cette petite histoire apprendra une chose important aux cyclistes : c’est certes une course d’équipe mais à la fin, on ne retient que le palmarès individuel. Ainsi, qui se souvient aujourd’hui qu’un champion du monde français dont je ne citerai pas le nom a roulé sur l’un de ses coéquipiers pour s’emparer du titre ? On ne cite plus cette personne que comme champion du monde, la polémique liée aux circonstances de la course ayant été oubliée.
Je détestais donc ce Lance Armstrong qui avait empêché le roi Miguel d’être couronné mais il y eut cette étape entre Aix les Bains et l’Alpes d’Huez en 2001. Alors que rangé en queue de peloton, s’aspergeant d’eau plus que de raison, il semble en difficulté au col du Glandon, à la dernière montée vers l’Alpes d’Huez, il attaque. Cette attaque, précédée d’un coup de bluff digne de l’Actor’s studio - restera comme l’un des plus grands défis lancés à des adversaires dans une compétition sportive car Armstrong, faisant fi des codes d’une attaque classique, ne se lance pas de derrière mais de la tête, en regardant l’infortuné Ullrich les yeux dans les yeux. Cette séquence est l’un des plus grands foutages de gueule qu’il m’ait été donné de voir, une façon de dire « Jan, je suis le plus fort, regarde-moi bien : paf, je démarre et y a plus Lance ! ». Je me suis inspiré de cette séquence dans mes compétitions de courses à pied. Quand je me sentais vraiment très très très fort, je me cachais une partie de la course puis tout à coup, me plaçant en tête de groupe, je regardais le second dans les yeux pendant 10 bonnes secondes avant d’aligner mon démarrage fatal avec cette image d’Armstrong en tête. Voilà comment je me suis réconcilié avec Armstrong, malgré toutes les rumeurs qui l’entourent : il m’a inspiré.
J’en viens au sujet de ce papier : pourquoi Armstrong va gagner le Tour ? Après 3 ans ½ de carrière, voilà un type qui, après quelques mois seulement de préparation pour son come-back, se brise la clavicule et, sans forcer son talent, se classe 12ème du Tour d’Italie, très montagneux. Je ne sais pas si les observateurs et commentateurs ont bien mesuré l’incroyable performance. Ce type connaît parfaitement son corps et sait se préparer. Il a une intelligence de course inégalée, cf. l’Alpes d’Huez 2001. Ce type ne gagnera peut-être pas le Tour de France 2009, au terme d’une préparation déjà courte qui en plus aura été écourtée. Mais si, alléché par l’odeur de la compétition, il lui prenait l’idée de continuer en 2010, je pense que le Texan aurait de très bonnes chances de rejoindre Michael Jordan au panthéon des retours gagnants de l’Histoire du sport et ainsi, de nous jouer un nouveau tour.



Commentaires (5)
Mais bien sûr qu'Armstrong va gagner le tour 2009, symboliquement dix ans après sa première victoire (je suis sympa, je facilite la vie aux journalistes niveaux formules pourries).
Rédigé par Thomas | 3 juillet 2009 11:25 | Alerte.
Epreuves
Endurance
Emotion
Espoir
Etapes de ces héros,
Etoiles filantes devant les yeux
ébahis de ces jeunes et grands enfants
en bord de route ou devant leurs écrans
d'hôpital
Eux aussi gagneront leur maillot jaune d'émerveillement!
Excellent tour de France
Rédigé par messalineisler | 4 juillet 2009 13:56 | Alerte.
Après la bordure d'hier et le contre-la-montre par équipes aujourd'hui, Armstrong en jaune ce soir ? Mais bon, quoi qu'il arrive, avec une poignée de secondes d'avance sur Contador (sauf accident ou défaillance de l'un ou de l'autre aujourd'hui), rien ne sera joué.
Rédigé par Armstrong | 7 juillet 2009 13:06 | Alerte.
tous les blablas et certitudes ne changeront rien, Armstrong dopé gagnera, Armstrong non dopé sera largué...
Bruynel fera le reste pour calmer Contador...
C'est le sport... vive le sport selon Arsmtrong... pfft
Rédigé par lolo | 8 juillet 2009 18:06 | Alerte.
Amstrong dopé? ses mots sorte de la bouche de gens doté d'aucune intelgigence meme la plus infime Personne ne se dit que le traitement anti-rechute qu'il prend a vis contre le cancer ne peut être compatible avec les produits dopants??
La France aime les perdants, car elle ne sais que perdre.
Rédigé par Stephane | 14 juillet 2009 01:04 | Alerte.