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novembre 2008 Page d'accueil

3 novembre 2008

Pourquoi mon blog s’arrête (1)

Hier, j’ai été convoqué dans le bureau de M. Un dimanche, mauvais présage.

M. :  Votre blog existe maintenant depuis six mois et…

Moi : Oh c’est trop gentil M., moi qui m’inquiétais à cause de la convoc’ un jour non ouvré. Où est le gâteau, où est le cadeau ? Dans mes bras, M.

M. (agacée) : Mais qu’est-ce qui vous prend la nouvelle racaille française ! Arrêtez !

Moi : Je croyais que…

M. : Arrêtez de croire, la situation est suffisamment embarrassante comme ça. Je viens vous apprendre que vous êtes renvoyé !

Moi : Quoi ? Renvoyé ?

M. : Croyez bien que je suis désolé mais ça ne pouvait plus continuer. Nous avons réalisé une étude sur les blogs de Métro. Votre taux de satisfaction est de 0, votre fréquentation est de 1 (même votre mère ne vous lit plus), le nombre de pages lues par jour est de 1000000 (vous passez vos journées à lire vos posts)…

Moi : Y a quand même un truc que je ne comprends pas : Vincent, CJ, brushinggirl… ils existent, non ?

M. : Bien sûr que non, nous avons voulu vous motiver en créant des clones et résultat : vous postez deux fois plus pour deux fois moins de qualité. Déjà qu’à la base, ce n’était pas fameux…


Moi : CJ, brushinggirl, je veux bien qu’elles n’existent pas, mais Carine, elle a un blog avec une photo, c’est bien la preuve qu’elle existe !

M. : Garçon crédule. La photo de Carine, c’est celle de Miss Monde 2008 et son blog, ce sont les notes inédites de Shan Sa, c’est pourquoi il est si bien écrit et spirituel, ce blog.

Moi : Vous voulez dire que Nadia, Gavin’s, Caroline… n’existent pas non plus ?

M. : J’irais même plus loin, vous n’existez pas !

Moi : Hein ?

M. : Bienvenue dans la matrice, la nouvelle racaille française.

4 novembre 2008

Pourquoi mon blog s’arrête (2)

M. : Mais vous êtes idiot ! Bien sûr que vous existez, relisez Descartes, dubito ergo cogito, cogito ergo sum.

Moi : Pourquoi voulez-vous que je lise des cartes ? Non credo aux tarots (moi aussi je peux faire des phrases en o).

M. : Descartes, le philosophe. Et puis je parlais en latin.

Moi : J’allais presque oublier que vous étiez une philosophe latiniste, Madame je sais tout.

M. : Vous avez raison, recentrons le débat : vous êtes viré.

Moi [pose la main sur le cœur] Mais pourquoi ? Pourquoi moi ?

M. : Une autre explication que votre nullité : vous agressez un pauvre lecteur anonyme, Vincent, qui vient de porter plainte contre vous.

Moi : Vincent le fayot… euh le gentil Vincent ?

M. : Oui, Vincent en a assez d’être constamment pris à parti. Devant témoins en plus, vous ne savez même pas être discret.

Moi : Mais c’est gentillet.

M. : Ben voyons. Et le tour d’Europe de la misogynie dénoncé par Carine ?

Moi : Arrêtez avec vos mots de quatre syllabes ou j’appelle Gavin’s !

M. : Je vous ai enfin cerné : vous n’êtes pas méchant, vous êtes idiot et c’est un euphémisme.


Moi : Je veux bien être un fumiste mais je ne suis pas un idiooooot, faut pas croire ce que disent les journaux.

M. : Assez ! Vos affaires sont dans votre placard, vous pouvez disposer.

Moi [en pleurs] : Vous ne pouvez pas me faire ça, mon blog, c’est toute ma vie !

M. : Mais comment faisiez-vous avant ?

Moi : J’attendais une raison de vivre !

M. : Vous ne pourriez pas… je ne sais pas moi… regarder le tennis à la télé comme tout le monde ?

Moi : Je peux enfin parler de Rog…

M. [cri strident] : Non, je ne veux plus entendre ce nom !

Moi [larmoyant] : Donnez-moi une dernière chance, s’il vous plaît, juste une dernière …

M. [dubitative] : …

Moi [incitatif, soulève le sourcil gauche] : …

Trois minutes de silence et de mimiques plus tard.

M. : Une dernière chance alors ?

Moi [glapis comme un chien à qui on vient de rendre son os] : ouaf, ouaf !

M. : Deux conditions alors : vous écrivez une lettre d’excuse à Vincent et vous ne postez plus qu’une fois par jour, grand maximum. Notez que vous ne manquerez à personne si vous sautez des jours...

Moi : Z’êtes dure mais est-ce que j’ai le pouvoir de négocier ?

M. : Naaaaaan.

Moi : Je vous reconnais bien là M., un grand cœur et un grand « nan ». Dans mes bras…

M. [se frappe la paume de la main contre le front] : J’ai comme l’impression d’avoir commis une grosse erreur.

5 novembre 2008

Obama et la diversité en France

L’élection de Barack Obama est un symbole fort pour toutes les diversités du monde, y compris aux Etats-Unis. Rappelons que là-bas, l’espérance de vie d’un Noir est 6 ans moins longue que celle d’un Blanc, que le taux de chômage des Noirs est le double, qu’un quart des Noirs vivent en dessous du seuil de pauvreté et qu’ils constituent près de la moitié de la population carcérale. Si tout ne va pas mieux dans le meilleur des mondes, l’accession au poste suprême d’un fils d’immigré Kenyan noir et d’une Américaine blanche est un pas important dans l’histoire chaotique des Noirs Américains, très bien décrite par l’historienne Nicole Bacharan*.

 

Obama n’a pas fait de sa couleur de peau un argument de campagne. Au contraire, il s’est présenté comme un candidat d’unité nationale. Il a convaincu les Américains parce qu’il a été jugé plus crédible que Mc Cain sur les questions économiques et s’est posé en homme d’état courageux par ses prises de position à contre-courant sur la guerre en Irak. Il a rallié Joe le plombier, l’électeur médian que la théorie politique commande de séduire pour remporter un scrutin à un tour.

En France, la diversité est devenue un thème dont on parle, comme en témoigne le récent forum diversité 08 et c’est tant mieux. Les discriminations, les inégalités existent, il faut les combattre inlassablement. Mais l’exemple d’Obama le montre, si la diversité veut exister comme force capable de peser sur l’échiquier politique, elle doit proposer une offre qui vise la totalité plutôt que ceux qu’elle est censée représenter. De la même façon qu’un boulanger « issu de la diversité » sera jugé à la qualité de son pain, le politique doit décliner un programme pour tous. La diversité, inverse de l’unicité, est source d’originalité. Elle ne devient richesse que si ses représentants apportent des solutions à la société. Or, en France, la diversité politique est souvent cantonnée à cette seule étiquette. Et après ? Quelles voix pour faire autorité sur l’économie, l’éducation nationale, la politique étrangère, la défense, tous ces sujets qui préoccupent Michel le plombier ?

La diversité a raison de se penser, en particulier pour identifier les entraves de notre société. Mais si elle veut peser, il faudra qu’elle cesse de (se) poser seulement en tant que telle. Car comme l’a affirmé un certain Obama dans son Discours sur la race à Philadelphie, « tous autant que nous sommes, nous ne faisons qu’un ».

Les Noirs américains : Des champs de coton à la Maison Blanche, éd. Panama, 25 €


Par Mabrouck Rachedi, auteur du Petit Malik (éd. Lattès, 16€)

Discours d’intronisation du petit Malik (détourné de celui Obama)

Est-ce qu'il y a quelqu'un qui a encore des doutes sur le fait que j’ai  écrit le petit Malik ? Y a-t-il encore des questions sur la publication du livre ? Aujourd’hui, vous avez la réponse !

Aujourd'hui, la rupture, le changement est là.

J’ai réalisé beaucoup de sacrifices pour « Le Poids d’une âme », mon premier roman qui s’est bien battu. Je le félicite lui et toute sa carrière. Et c'est avec intérêt que je le défendrai encore.

Et je ne serais pas devant vous sans le soutien indéfectible de ma meilleure amie, qui a toujours été à mes côtés, la première dame de la littérature française aujourd'hui : ma soeur Habiba Mahany.

Mes neveux (et tout particulièrement le petit dernier né hier), mes nièces, je vous aime, vous avez gagné un nouveau chiot qui viendra chez vous ! Merci à toute ma famille de m'avoir soutenu.

Et par dessus tout, je n'oublierais jamais à qui appartient ce petit Malik. Il appartient à vous. Il appartient à vous tous qui le lirez.

Je sais que vous ne me lirez pas tous, mais je serais votre voix, je tiens à être le romancier de tous.

La route sera longue. Le chemin sera escarpé. Le petit Malik n'atteindra peut-être pas le succès en un an ou même en une vie, mais il n'y a jamais eu autant d'espoir que ce soir : le lectorat français y arrivera.

Il y aura des revers et des faux départs. Nombreux sont ceux qui ne seront pas d'accord avec chaque page que j’ai écrite et nous savons que l’auteur ne peut résoudre tous les problèmes. Mais je serai toujours honnête avec vous quant aux défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous écouterai, particulièrement lorsque nous serons en désaccord.

Ce soir, je pense à mon oncle qui va me lire à Alger. Il a 76 ans. Il est d'une génération qui a connu la guerre d’Algérie. A une époque à laquelle quelqu'un comme lui ne pouvait pas voter parce qu’il était Algérien.

L’horizon du livre français peut changer. Il faut avoir de l'espoir quant à ce que nous pouvons faire à l'avenir.

Voici notre moment, l'occasion de réaffirmer le rêve du petit Malik de réinsuffler de l'espoir. Oui, nous le pouvons, le petit Malik peut grandir !

6 novembre 2008

Merci

Aujourd’hui, je ne m’exprime pas en tant que « Nouvelle Racaille Française », personnage  un peu composé dont j’aime à grossir certains traits pour essayer de vous divertir et de vous faire (un peu) rire. Je parle en tant que moi-même, Mabrouck Rachedi et en mon nom je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui m’envoient leurs messages de soutien depuis hier.

Le doute est omniprésent dans la vie d’un auteur. Au moment de la création, au moment de la première lecture, au moment de la présentation à l’éditeur, au moment de la seconde lecture, de la troisième lecture, …, au moment de la dixième lecture… Et au moment de la sortie du livre. Je ne sais tout simplement pas avoir un regard distancié sur ce que j’écris, je ne sais jamais si je n’ai pas été ici maladroit, là à côté de la plaque. Parfois, de façon fugace, il m’arrive de me dire que ce passage est réussi mais le lendemain le même extrait peut m’apparaître médiocre.

Mes seules certitudes, c’est ce que j’ai ressenti en écrivant le livre et ce que j’ai voulu transmettre. Sur ce petit Malik, je me suis surpris à être ému par mes personnages, en particulier à la fin où ils ne sont pas tout à fait devenus ce qui était prévu au départ. Il y avait un peu du frisson à dire au revoir à des personnages qui m’avaient accompagné un certain temps mais aussi autre chose d’assez magique : je devenais lecteur de mon propre livre et je le trouvais bien. C’est le genre de choses qui ne peuvent se produire qu’une fois et qui vous font dire : j’ai fait le bon choix d’écrire. Puis il y a la deuxième, la troisième,…, la dixième,… la quinzième lecture… Tout ce qu’on a ressenti la première fois s’émousse, les impressions d’alors paraissent un peu exagérées. Tu te dis que tu devais avoir froid le jour où tu as eu ce frisson ou ce n’est pas possible autrement.

C’est là qu’il faut se fier aux autres, sur leurs regards neufs qui te disent qu’ici c’est vraiment bien mais aussi parfois que là tu as raté ton coup. Il faut être à l’écoute, se remettre en question, défendre son point de vue, affirmer son intention d’auteur… Ce dialogue avec les autres et avec soi est l’une de ces choses qui rendent l’écriture passionnante. C’est quelque chose qui ressemble à « connais-toi toi-même » et aussi à « ouvre les yeux ».

Dans ce tourbillon de questions, il y a les autres. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien un témoignage de soutien a priori anodin, des phrases qui sont apparemment aussi bateaux  que « bonne chance » ou « tous mes vœux de ceci ou de cela » peuvent regonfler le moral. Ce sont des bouées dans un océan de doutes ; on s’y accroche, on s’y accroche, on s’y accroche. Et on flotte, dans tous les sens du terme. Aujourd’hui, grâce à beaucoup de mes amis réels ou virtuels, j’ai eu l’impression de léviter. Est-il possible qu’autant de monde me veuille autant de bien ?

On me demande souvent ce que je ressens, si je n’ai pas la pression. C’est vrai qu’elle existe, cette pression, beaucoup plus que lors du premier roman où je ne m’attendais à rien et où j’ai beaucoup reçu ; beaucoup plus que lors du deuxième livre, qui était un essai satirique, exercice où je m’engage moins émotionnellement. Là, je sais que des lecteurs me suivent – parfois depuis le début -, qu’ils m’attendent et je crève de trouille de les décevoir. Chaque fois que j’ai un retour de quelqu’un – qui que ce soit, proche ou non – j’ai le même pincement au cœur. Si le retour est positif, vous ne pouvez pas savoir combien c’est un bonheur, un honneur d’avoir touché avec sa petite histoire écrite sur un coin de table et qui, chose incroyable, peut toucher d’autres personnes d’autres endroits, d’autres milieux, d’autres âges. Quand j’écris « chose incroyable », ce n’est pas une expression toute faite : je trouve ça vraiment I-N-C-R-O-Y-A-B-L-E. Et tellement jouissif.

J’ai conscience d’être ennuyeux là et je ne veux pas que ce blog sombre dans l’ego-trip. De toute façon, je n’ai jamais été très doué pour me livrer. Ne vous inquiétez pas, la Nouvelle Racaille Française va faire son retour et elle va sans doute regretter ce billet très plat qui prouve que la sincérité et les bons sentiments ne font pas forcément des bons mots, des belles phrases ni des posts intéressants.

Mais c’est tellement important pour moi, en ce moment si particulier, de vous exprimer ma gratitude et ma fierté de vous avoir pour soutiens et/ou amis.

7 novembre 2008

Le petit Malik me pose des questions sur www.respectmag.fr

Il fallait que ça arrive un jour : le petit Malik s'est incarné. Et comme pour me punir de l'avoir créé, le chenapan me pose des questions dans cet auto-interview sur le site http://www.respectmag.fr/ que je retranscris pour vous, mes fidèles lecteurs.

Le petit Malik : Je suis un peu impressionné d’être face à mon créateur…

Mabrouck : Ne m’appelle pas papa, ça va me foutre les boules !


Le petit Malik : D’accord papa… euh Mabrouck. Tu peux me dire comment tu m’as créé ?


Mabrouck : Comme on fait les bébés littéraires, avec un ordinateur et un clavier !


Le petit Malik : Oui mais pourquoi moi ? Et pourquoi comme ça ?


Mabrouck : Avant toi, j’ai eu un premier rejeton, « Le Poids d’une âme ». J’ai voulu continuer à écrire sur l’environnement urbain dans lequel je vis mais avec un autre style, sur un autre ton. L’idée d’accompagner un jeune gars de l’enfance au début de l’âge adulte, de poser un autre regard, teinté de tendresse et d’humour, s’est imposée comme une évidence. Si tu es bien né, le lecteur s’attachera à toi, mon petit Malik, mais aussi à tes deux meilleurs copains, le gros Salomon et la flèche Abdou, à ta mère, à Boualem le beau-père presque parfait… Et au chouchou des premiers lecteurs : Bruno, le marchand de glaces débonnaire.


Le petit Malik : Ah ce Bruno, tout le monde l’aime ! Tout au long de mon parcours, j’apprends…


Mabrouck : Cette remarque me prouve que tu es bel et bien devenu adulte ! Chaque année, j’ai décrit un épisode marquant de ta vie. Chacun de ces épisodes peut se lire comme une fable, avec une petite morale. Avec le temps, tu n’obtiens pas toutes les réponses clés en main mais tu te poses enfin les bonnes questions. C’est l’expérience, petit.


Le petit Malik : Un mot sur la façon dont j’ai été conçu. Ton style déchire mieux que celui de DJ Masta Basta Fucking Bâtard Killer !


Mabrouck : J’espère surtout qu’il sonne plus juste. Plutôt que d’asséner mes vérités sur un environnement, je souhaite transmettre des émotions avec des personnages forts. J’ai essayé de me mettre dans ta peau, un gosse insouciant que la vie forge autant qu’il forge sa vie par ses choix. Le style se veut limpide, fluide, en empathie avec toi.


Le petit Malik : Et après ma naissance en librairie le 5 novembre, qu’est-ce que je deviens ?


Mabrouck : Je t’aime beaucoup mon petit Malik, je suis très fier de toi mais maintenant, tu appartiens aux lecteurs.


Le petit Malik : J’ai l’impression que tu m’abandonnes…


Mabrouck : Au contraire, tu t’émancipes. Tu n’es plus le petit Malik mais Malik tout court. Longue vie à toi !

10 novembre 2008

Ô temps…

Le temps s’est radouci, les oiseaux pépient leurs derniers chants, les couleurs de l’automne se confondent avec les plus beaux tableaux impressionnistes, les gens s’offrent de longues baladent avant la désolation de l’hiver, les premiers feux de cheminées crépitent sans doute dans les chaumières de nos campagnes.

A l’Orangerie, je me suis plongé dans les Nymphéas. Oui, je suis dans le célèbre tableau. Les eaux stagnantes, les nuances de couleur d’un tableau à l’autre et à l’intérieur du même tableau, la sensation de flotter en dehors de la frénésie urbaine. La peinture lisse de Monet, dénuée des aspérités torturées d’un Van Gogh. Moins de caractère mais l’apaisement. Des questions quand même : ce reflet dans l’eau colle-t-il avec la perspective ? Deux ou trois fois il m’a semblé que non mais on s’en fiche un peu car déjà, le regard se perd dans ce noir acajou.

Les Tuileries sont tapissées de feuilles mortes qui seront trop vite ramassées à la pelle. Leurs cadavres bruissent sous les pas. Les plus desséchées sont celles qui craquent le plus alors je slalome de l’une à l’autre pour un concert aux sonorités gutturales. On achève bien les feuilles déjà mortes.

Relire quelques passages de « Pas facile de voler des chevaux » de Per Petersson, l’abattage du bois qui s’étale sur dix pages mais pas une ne paraît de trop. Etre transporté à la frontière norvégienne, essayer de comprendre ce père qui ne parle pas beaucoup, ces personnages qui ne parlent pas beaucoup ; explorer ces pages qui pourtant apprennent beaucoup. Et cette fin lumineuse : après tout, c’est à nous de décider si on a mal.

Alors voilà, je m’endors avec la certitude de passer une belle nuit et que demain sera une plus belle journée, encore.

11 novembre 2008

…Suspends ton vol

Et en effet, demain a été plus beau, dans ma retraite à la campagne.

Une pluie fine qui vient caresser le visage, les rigoles sur la dalle glacée qui chatouillent les pieds nus, les rires des enfants qui s’amusent à s’éclabousser, les tracteurs qui labourent les terres boueuses, Madame M. qui vous montre comment traire une vache, la vache qui refuse de se laisser traire par vos mains malhabiles, les travaux des champs âpres et nombreux, les bras qui se déploient, les reins qui ploient, et encore on vous a réservé les tâches les plus faciles, sourit Monsieur M., le déjeuner qu’on avale en vitesse pour ne pas perdre le rythme, la mécanique des gestes identiques, d’autant plus efficaces qu’ils sont en cadence et précis, le soir qui tombe enfin pour vous libérer, ce mal de dos lancinant qui vous rappelle l’habitude perdue des travaux manuels, le bain chaud salvateur qui repose le corps, les enfants qui rient de vos cloques aux doigts, les enfants qui rient de vos tours de magie à la manque, les enfants qui rient de vos afféteries de Parigot ; les enfants qui rient toujours. Le repas qui remplit l’estomac affamé, le feu de cheminée qui réchauffe le corps transi, le sommeil qui s’abat sur vous. Même pas la force de lire une page. Même pas la force de bâiller. Economiser ses forces car demain, on va augmenter un peu la cadence, a dit Monsieur M. Juste écrire ce billet et puis dormir.

Cette nuit, il n’y aura pas de rêve. Demain, le réveil lourd sera secoué par cette pluie fine qui caressera le visage, les rigoles sur la dalle glacée chatouilleront les pieds nus, les enfants riront…

13 novembre 2008

Le journal de ma séquestration : où suis-je ?

Horreur ! Damnation ! Alors que la quiétude était à son paroxysme entre travaux des champs et méditation nocturne, j’ai sombré dans une léthargie suspecte puis le noir complet.

Aujourd’hui, j’ai émergé dans une cave humide d’où suintaient des gouttelettes fuligineuses. Mes deux voisins avaient de gros yeux ronds, un air hagard et l’haleine fétide ; ce n’est qu’au bout de quelques longues minutes que j’ai réalisé qu’il s’agissait de ragondins. J’ai tenté un mouvement de recul mais impossible, des liens m’immobilisaient.

-         Au secours ! A l’aide !

Je lançais des appels désespérés auxquels ne répondait que mon écho désespéré. J’étais fait comme un ragondin. L’écoulement de l’eau fut ma seule compagne pendant une éternité que je ne savais pas évaluer, faute de ma fidèle montre dont on m’avait dépossédé. Je me sentais comme Lucky Luke sans Jolly Jumper, encore plus lonesome que le lonesome cowboy.

Au bout d’une éternité et un jour, une main a glissé un plat miteux dans un trou de souris… euh de ragondin. Je me suis alors aperçu que mon estomac criait famine et que comme le dit mon neveu, j’avais enfin de manger une assiette. Ah mon neveu, comme il me manquait en ce moment de désolation ! Le truc rongé de moisi n’avait de plat que le nom. L’emballage qui ceignait la pitance semblait plus ragoûtant que… que… que… oui, il me semblait bien que cette forme allongée et dorée ressemblait à une frite, même si ça n’avait le goût d’aucun objet comestible identifié. Ce rien du tout graisseux était pourtant alléchant pour mes voisins rongeurs qui me disputaient le bout de gras. De guerre lasse, j’ai dû me rabattre sur une espèce d’origami en forme de cône où était inscrit « friterie de la grand-place ». Friterie, késako ? Jamais entendu parler d’une friterie. Tant qu’à faire, j’aurais préféré une « spaghettirie » ou une « rizerie » pour ma ligne.

Mes considérations sur les vertus caloriques comparées des cuisines du monde furent interrompues par un bruit sourd au-dessus de moi. Une contorsion digne d’un acrobate du cirque du Soleil me permit de découvrir une pile de livres en train de pencher dangereusement vers bibi qui, aussi bon contorsionniste fût-il, n’allait pas manquer de se prendre la tour de Pise sur la figure. Je gueulais de plus belle, convoquant ma mère et Roger Federer au chevet de ma terreur. Au même moment, une porte en fer que je n’avais pas devinée dans la pénombre s’entrouvrit. Allais-je être sauvé par cette intrusion providentielle ?

Une course s’engageait mêlant deux espaces-temps bien distincts : Un demi-degré à droite pour la pile, un demi-degré à droite pour la clé dans la serrure, un demi-degré à droite pour la pile, un demi-degré à droite pour la clé dans la serrure, un demi-degré à… Et patatras ! Le tas s’écroulait sur moi, avec l’intégrale de Tintin en guise de plat de résistance. Les références défilaient devant mes yeux : Amélie Nothomb, Jean Jauniaux (à ne pas confondre avec Jean Giono), des biographies d’Eddy Merckx en veux-tu en voilà, la totale Agatha Christie version Hercule Poirot… Je hurlai à la mort quand l’arrête du « Crime de l’Orient Express » vint s’écraser sur l’arrête de mon nez. Le mur laissait deviner un poster décrépi de Justine Hénin en plein revers (le coup de tennis) lors d’une victoire (une de ses énièmes).

-         Tu ne vas pas la fermer ta bouche, une fois !

J’eus l’impression d’entendre André Lamy dans sa meilleure imitation : celle d’André Lamy. Et là, les morceaux épars de ce qu’il me restait comme bribe d’intelligence se rassembla comme lors des cinq dernières minutes de « Usual Suspects ». Sauf que mon Kayser Sozée n’était pas Kayser Sozée mais que bon sang mais c’est bien sûr, j’avais deviné où je me trouvais. Les frites, Tintin, Hercule Poirot, Amélie Nothomb, Eddy Merckx, Justine Henin, André Lamy… J’étais en Belgique pardi !

Le journal de ma séquestration : Dans la cave, je me rebiffe

L’auteur parle : Mon récite oscille entre passé et présent, et il basculera peut-être du présent au passé. A défaut de me libérer du carcan des liens physiques qui me maintiennent prisonniers de ma cave, j’ai décidé de me libérer du carcan de la concordance des temps, comme le grand Bukowki. La vraie vérité véritable, c’est que, ne pouvant pas me relire à cause de mes geôliers tatillons, je fais ce que je peux ! La Belgique… J’étais rassuré. La Nouvelle Racaille Française n’est pas qu’une nouvelle racaille ; en bon Français je me dis que la Belgique est cette annexe de la France qui se croit souveraine alors que pas du tout, c’est à nous. Je décidai de m’adresser au quidam comme John Wayne parle aux Indiens dans les westerns, avec la condescendance qui se doit.

- Ugh, homme belge.
- Plaît-il ?
- Toi comprendre moi ?
- Il me semble que vous avez une maîtrise assez rudimentaire pour quelqu’un qui, paraît-il, écrit des livres…
- Tu parles bien français pour un indigène.
- Moi, un « indigène » ? Et de quel droit me tutoyez-vous ?

J’eus le sentiment d’avoir outrepassé les limites de la patience de ce brave Belge au vu de sa réaction courroucée. Etait-il un de ces farfelus qui croient à la Belgique belge ?

- Vous êtes bien gentil mais libérez-moi maintenant, vous réaliserez bientôt qu’il y a dû avoir méprise. On me confond souvent avec Brad Pitt ou Zinedine Zidane…
- Vous êtes bien Mabrouck Rachedi ?
- Non, je suis son frère jumeau, Barack. Vous me libérez ?
- Vous ne vous en sortirez pas en vous moquant de moi…
- Mais qu’est-ce que tu me veux à la fin, brave Belge ?!

Oups, mes réflexes arrogants bien français reprenaient le dessus. La baraque, la vraie, répondit un réflexe bien belge que j’ignorais : une belle gifle digne - tiens, tiens - du revers de Justine Hénin.

- Lâche, si j’avais les mains libres…

Voilà-t-y pas le gars me libère séance tenante. Je serre les poings quand il se lève. Mince, il était assis et assis, il me toisait déjà ! Mes velléités belliqueuses sont douchées, de toute façon, j’ai toujours été pacifiste avec les homos sapiens sapiens plus grands et plus costauds que moi. Le molosse fait craquer ses doigts, moi je fais claquer mes dents. Chacun son style.

Pour la deuxième fois, les gonds de la grande porte en acier grincent. Un frisson de terreur parcourt la carcasse de la brute épaisse. Quel être vivant peut provoquer une telle réaction chez un tel homme ? Des bruits de pas lents s’approchent. A chaque claquement de talons au sol, les yeux de mon vis-à-vis s’exorbitent un peu plus. Même les ragondins – mes fidèles compagnons d’infortune – se ratatinent. Leurs poils se dressent, ils ont l’air de hérissons, l’élégance en moins. J’en surprends un en train de me lancer un regard désespéré.

Et moi, j’ai envie de vomir.