Quel est le point commun entre Neuilly-sur-Seine, Saint-Denis, Saint-Germain-en-Laye et Grigny ? Ce sont toutes des villes de la banlieue parisienne. Pourtant, dans l’imaginaire collectif, si Saint-Denis et Grigny, villes populaires, sont bel et bien des banlieues, Neuilly-sur-Seine et Saint-Germain-en-Laye, villes bourgeoises, non. Ainsi, dans le plan Espoir Banlieues, le terme « banlieue » désignait les quartiers populaires et seulement eux.
Ce glissement sémantique qui identifie les banlieues aux quartiers populaires et aux cités entretient une confusion en contradiction avec la réalité du terrain. La plupart des banlieues populaires françaises sont constituées à la fois de cités et de quartiers résidentiels plus huppés. Aussi, des quartiers populaires sont nichés en plein cœur des villes comme Belsunce à Marseille. Un plan Espoir Banlieues stricto sensu devrait donc viser Neuilly-sur-Seine plutôt que le quartier Malpassé de Marseille. Cherchez l’erreur !
En France, il y a 2200 quartiers concernés par les CUCS (Contrats Urbains de Cohésion Sociale), 751 ZUS (Zones Urbaines Sensibles), 215 quartiers ciblés par le plan Espoir Banlieues et pléthore de dispositifs dont j’ignore l’existence. Mais il n’existe pas une seule façon satisfaisante de qualifier les habitants visés par la machine administrative. « Quartierain » n’est pas répertorié dans le dictionnaire et citadin ne désigne pas que les résidents des cités. Cette incapacité à nommer les gens est le symbole de leur identité mal définie, voire reniée.
Reste le mot « Banlieusard ». Banlieue signifie étymologiquement banni du lieu. Avec le temps, il est devenu péjoratif, presque banni du vocabulaire français. Alors, « Banlieusard », une insulte ? C’est oublier que les habitants des banlieues se qualifient eux-mêmes de Banlieusards ! Kery James l’affirme haut et fort dans la chanson éponyme. Des Banlieusards fiers de l’être, ça existe, et pour les reconnaître, il faudra bien les nommer un jour. Car la dignité d’un être humain repose au minimum sur la reconnaissance de son identité.



Commentaires (7)
Merci pour cette leçon de sémantique.Ma réflexion n'avait jamais été jusque là.J'apprends beaucoup de chose sur ce site.On passe de la légèreté (les feux de l'amour) au sérieux (cet article).par contre ,je ne sais pas où situé Federer (sérieux ou léger!).Légereté pour moi mais j'ai l'impression que c'est sérieux.
Rédigé par marie | 12 septembre 2008 11:19 | Alerte.
C'est vrai que le mot "banlieusard" n'est pas très apprécié car il est surtout associé aux quartiers, cités et donc c'est forcément violent ! c'est assez réducteur surtout que le mot banlieue a aussi une connotation négative et comme tu l'écris si bien Neuilly-sur-seine et St-Germain-en-Laye sont aussi des banlieues !
dans toute ville, il y a des quartiers plus résidentiels que d'autres,même à Paris !
(je rejoins Marie : moi aussi, c'est ça que j'aime : lire des articles sur Victor Newman, le tennis et l'actualité).
Rédigé par Vincent | 12 septembre 2008 15:01 | Alerte.
Ah eh bien voilà, j'ai trouvé ton véritable blog, finalement, grâce au bulletin de MySpace :-)
Ce que tu dis m'interpelle énormément, d'autant plus que je travaille sur le thème de l'Identité (via la fiction). Il m'obsède un peu, même, ce thème :-)
Mais ce glissement sémantique dont tu parles me gêne déjà avec les mots "cité" et "quartier" qui ont pris des sens tellement différents de ce que ça signifiait "de mon temps" ;-)
Ne pas vouloir nommer... Oui, c'est bien l'un des maux actuels. Dire un non-voyant au lieu d'un aveugle, dire un maghrébin au lieu d'un Arabe (ah mais oui, mais voilà, ça n'est pas synonyme !), comme si aveugle ou Arabe étaient des insultes.
Banlieusard, pour moi qui vis à la campagne, ça m'évoque des heures de transport en commun pour aller bosser loin de chez soi, ça ne m'évoque pas forcément des quartiers à problèmes, surtout que les quartiers à problèmes de Toulouse (je vis près de Toulouse), ils sont bien à Toulouse et pas dans une autre commune, éloignée... donc pour moi, le mot "banlieusard" n'a plus le sens de "banni du lieu", même si je connais son étymologie.
Je ne sais pas si je suis très claire
Amitiés, Lucie
Rédigé par Lucie | 12 septembre 2008 20:13 | Alerte.
Tu étais très claire Lucie :-)
Le mot "banlieue" définit des situations tellement hétéroclites qu'il est vide de sens.
A Toulouse, le mot n'a pas la même connotation qu'à Paris, où il est perçu négativement. J'ai pu le constater en sondant (empiriquement) les réactions au mot "banlieusard" qui était perçu comme moche et peu valorisant. C'est un peu l'image des banlieues telle qu'elle est véhiculée dans les médias...
Si tu veux parler de l'identité, sache que les pages de mon blog te sont ouvertes en tout cas !
Amitiés,
Mabrouck
Rédigé par Mabrouck | 13 septembre 2008 07:52 | Alerte.
Remettons les mots à leur place.
Il est vrai, aujourd'hui, que le mot banlieue a pris une coloration quelque peu entachée de vilaines histoires. La presse dans son ensemble s'est fait une joie de faire mousser le tout pour combler ses Unes. Résultat : le mot "banlieue" fait peur. Donc, la langue de bois couramment utilisée dans les colonnes de cette même presse, s'est dépêchée d'utiliser des "termes" sensés être des euphémismes, des édulcorants : quartiers, cités etc. Mais, ceux-ci ont, à leur tour, rejoint la cohorte des mots "clichés" mal aimés, renforçant ainsi l'idée de certains habitants des banlieues qu'ils sont "relégués", "isolés", "rejetés", "ghettoïsés"
les précipitant ainsi dans les filets de manipulateurs qui utilisent leur "révolte" à des fins autres que celles de leur faire une vraie place dans la société, une place de citoyen à part entière.
Car, contrairement, à ce qu'a affirmé un journaliste dans un article paru au lendemain des "échauffourées", l'étymologie du mot banlieue ne fait pas de ce terme un mot de "relégation".
Banlieue n'est pas un mot de "pestiféré". Il est composé de ban et de lieue. Ce qui veut dire littéralement "loin", "éloigné". Donc, une banlieue est un endroit, un hameau, un village, une ville éloignés d'un centre important (Paris par exemple). Ban-nir veut donc dire "éloigner, mettre au loin", mettre quelqu'un au ban de la société, c'est l'éloigner, le rejeter au loin d'un groupe humain. Et c'est malheureusement ce dernier sens qui a été retenu par le journaliste. Mais ce sens n'est pas celui du mot banlieue. Par conséquent, une banlieue étant, selon son vrai sens étymologique, un lieu loin du centre d'une agglomération, elle est synonyme de verdure, d'air pur, de lumière, de grands espaces, de jardins, de fleurs, d'arbres. N'oublions pas que les grands ensembles qui furent construits à partir des années 1930 dans les banlieues le furent non pas seulement pour y loger les populations ouvrières, mais également et surtout pour lutter contre les maladies qui sévissaient dans les taudis surpeuplés des centre-ville (tuberculose, rachitisme et autres maladies dues au manque d'hygiène, d'air frais, de lumière, de soleil (voir la Charte d'Athènes rédigée en 1933 et à laquelle ont participé les plus grands architectes de l'époque). Les "Grands Ensembles" ont permis à une population ouvrière jusque là parquée dans des quartiers insalubres où la plupart des logements n'avaient ni eau courante, ni WC, (voire ni chauffage, ni électricité) d'accéder à des logements spacieux, lumineux, confortables avec cuisine, cabinet de douche ou salle de bain, WC, plusieurs pièces, espaces verts etc.
Non, n'oublions pas que les "banlieues", ces mal aimées, furent des lieux de progrès, de joies pour des millions d'êtres qui n'auraient pas changé, pour tout l'or du monde, leur coin de banlieue, contre une "grotte" vétuste, humide, sombre d'un centre ville.
Et qu'elles le restent.
Rédigé par Riad | 29 septembre 2008 11:13 | Alerte.
l'étymologie du mot "nouvelle"
Rédigé par HAMZA | 27 octobre 2008 19:26 | Alerte.
"la curiosité et l’intelligence aux pieds des tours"
Le shit,le fric vite gagné ,le cul, le voile sur la tronche des femelles ,le hip-hop,le rap,la haine de ce pays,(mais pas le courage de repartir developper son propre pays d'origine.)La Marseillaise sifflée,tous ces pseudos -intellos défenseur de la cause multiculturelle et qui se font grassement payer par les subventions de tout poils de France et d'Europe entiére.On rigole!!!!!!!!!!
Rédigé par mouloud | 19 septembre 2009 23:16 | Alerte.