Stress/ No stress, la bipolarité française ? (Le blog de la Nouvelle Racaille Française) 
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Stress/ No stress, la bipolarité française ?



Stress de Justice est l’une des vidéos les plus regardées sur Internet, No stress de Laurent Wolf est l’un des grands succès de l’année. Sur fond de musique électronique, les deux titres donnent chacun un visage au stress de notre société qui trouve un large écho auprès du grand public. Alors stress ou no stress ?


Stress
, c’est huit jeunes hommes qui agressent des quidams, tagguent des murs, saccagent et brûlent une voiture  Au pied des tours, dans les couloirs du métro, dans la rue, dans un café,  partout, tout le monde y passe ! Filmées sur le mode du happy slapping, les scènes, d’un réalisme cru, ont heurté par leur violence semble-t-il gratuite. L’objectif  de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé, les membres du groupe, était  "d'ouvrir le débat, susciter des questions, comme le font régulièrement le cinéma, la littérature ou l'art contemporain". L’histoire du cinéma est jalonnée de polémique de ce genre, comme Orange mécanique de Stanley Kubrick, Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini, Tueurs nés d’Oliver Stone, Les guerriers de la nuit de Walter Hill,  Menace II Society d’Albert et Allen Hughes, Funny Games de Michael Haneke, Assassin(s) de Matthieu Kassovitz, Irréversible de Gaspard Noé … Ces films ont été accusés au mieux de complaisance dans la représentation de la violence, au pire d’incitation au crime.

No stress, ce sont des scènes de bureau filmées par des caméras de vidéo-surveillance. Au départ, l’objectif saisit les tics nerveux des travailleurs et ça finit par des pétages de plomb en série où les cols blancs fracassent leurs ordinateurs.  Quelques extraits du morceau traduits : Je ne veux pas travailler aujourd’hui/ Je veux juste rester et plus loin Je ne veux pas perdre mon temps/ Je ne veux pas ressentir ce stress/ Ce n’est pas que je suis fainéant /Je crois juste que je suis fou. Des paroles qui tiennent plus du droit à la paresse que du travailler plus pour gagner plus.

Stress
et No stress se rejoignent non seulement dans la forme, empruntant aux nouvelles technologies vidéos qui se sont généralisées ces dernières années mais aussi sur le fond : la violence. Alors que chez Laurent Wolf, il apparaît explicitement que la violence de la société engendre la violence réactionnelle du travailleur, chez Justice, si le déferlement de violence renvoie de façon implicite à l’imagerie de « la barbarie urbaine » telle qu’on peut la voir représentée dans les médias – des tours, une bande de jeunes plutôt typés… - motivations et explications sont absentes, d’où le malaise. Mais n’est-ce pas là une des fonctions de l’art ? Je laisse la question ouverte.

Les deux morceaux ont ceci de paradoxaux qu’ils soulèvent à la fois de vraies questions et qu’ils se dansent dans les discothèques, lieux de divertissement par excellence. Dans ses travaux, Bourdieu  soulignait l’étymologie du mot : faire diversion. De fait, les clubbeurs vont en boite pour tout sauf réfléchir, d’où une dichotomie entre l’image et le son, entre l’artiste/émetteur qui veut dénoncer et le clubbeur/ récepteur qui se défoule sur des airs entraînants. Ou peut-être que ce grand écart est le symbole de la bipolarité de la population française, dépressive *, qui se laisse aller à des élans maniaques de divertissement ** : au stress répondrait le besoin d’agitation compulsive.

* Tous les indicateurs sur le moral des Français tendent à le montrer
** Dont un exemple frappant est le succès faramineux et inattendu des Ch’tis.





Commentaires (5)

Anonyme

je pense que le clip de justice procède de la volonté de se faire de la pub à force de polémique. et ça marche, on en parle partout, même chez toi !

pour ce qui est du diagnostic de la dépression française, je suis tout à fait d'accord. les films comiques et de divertissement ont de beaux jours devant eux avec sarko !!!!!!

je suis curieux de savoir ce qu'en pense les autres lecteurs de ton blog ?????!!!!!!!!!!

Tout à fait d'accord avec toi et en particulier ta conclusion. Sans pouvoir dire quoi que ce soit sur le morceau de Laurent Wolfe que je ne connais pas, le clip de Justice va au delà du malaise... Leur démarche (pas sûre qu'il y en ait une) est totalement stérile et n'est pas à même de susciter interrogation ou réflexion. Les images -les clichés- ne sont accompagnées d'aucun discours même implicite. D'ailleurs les deux types de Justice comme le réalisateur n'en ont pas développé ensuite... Dans ces conditions, comme Anonyme on ne peut réduire ça qu'à un coup marketing réussi.
Bref, Stress ou No Stress, ça n'est pas la question : aujourd'hui je préfère penser à Albert Cossery et à ses Fainéants dans la vallée fertile

Jsuis assez d'accord avec les réactions du dessus.
De manière générale, la violence gratuite qu'on retrouve dans ce clip de Justice est très à la mode depuis quelques temps.
Suffit de voir tous les films gores qu'on nous pond que ce soit les Saw, Hostel, Massacre à la tronçonneuse ou même La colline a des yeux: la violence n'a plus d'autre justification qu'elle même, l'ado zappe toutes les scènes "normales" pour arriver directement aux scènes gores qui ne prennent même plus la peine de susciter peur ou même frisson.
La violence se fait frontale et crée seule le plaisir...et ça, ça fout les jetons!

aujourd'hui,l'objectif est de faire parler de soit coute que coute.L'art dans la violence,la violence dans l'art?La gratuité de la violence m'effraie ,quel message est transmis même implicite ,je ne vois pas mais faire parler de soi,oui et ça a marché les médias ont marché dedans.Je n'aime pas le clip,je ne comprends pas le but du clip mais du mal être ,j'en ressens.Il ne nous reste plus que bienvenue chez les "malade de la violence" ou du sous "orange mécanique".

titi:

Salut Rouilla,
Jsuis assez d'accord avec ta démarche d'analyse mais je pense que tu vas trop loin : Dire que l'artiste éméteur "dénonce", c'est déjà faire état d'une certaine démarche artistique,- le seul but d'un clip est qu'il doit être vu par le plus de personne possible, pour cela il n'y a pas 50 techniques de com : il faut choquer les ames sensibles, et y mettre des éléments dans lesquels les personnes se reconnaissent (le stress) - nous avons a faire à deux clichés et je trouve cela un peu prétentencieux de les comparé à des film comme orange mécanique, Irreversible ou autre, C'est une pompe à fric, ni plus ni moins, en lançant ce genre de clip Justice pense à mon avis élagir sont public à la population "Racaille" - car l'électro n'a pas encore coloniser les banlieuzar, ces dernier étant plus friand de RAP vener et explicite.
voila.

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