
Albert Cossery, une ancienne racaille égyptienne, est mort le dimanche 22 juin dans l’hôtel parisien où il habitait depuis plus de 60 ans. Celui qui disait écrire deux phrases par semaine a publié moins d’une dizaine de livres qu’il m’est impossible de résumer en un billet vu que je maîtrise mal le sujet. Mais Peggy Derder, oui. Elle m’a envoyé trois extraits du maître que je reproduis avec son accord. Peggy renvoie au livre « Conversation avec Albert Cossery » de Michel Mitrani (éd. Joëlle Losfeld, 1995) et à l’article de Libé, Cossery, la dernière sieste. Et bien évidemment à toute l’œuvre de Cossery que l’on peut s’offrir dans le catalogue des éditions Joëlle Losfeld.
" - Ton frère Galal. Dormir pendant sept ans ! Quel artiste !
- Tu trouves que c'est un artiste ?
- Certainement. C'est ce que j'essaye d'expliquer aux imbéciles de ce quartier. Ils vous prennent pour des fainéants.
- Mais c'est la vérité. Pourquoi les contredire ?
- Ce sont des ânes, te dis-je. Ils ne comprennent pas toute la beauté qu'il y a dans cette paresse. Vous êtes une famille extraordinaire."
Albert Cossery in Les Fainéants dans la vallée fertile.
"Gohar reprit sa marche à travers la foule. Il était
parfaitement heureux. C'était toujours la même chose, cet émerveillement qu'il avait devant l'absurde facilité de la vie. Tout était dérisoire et facile. Il n'avait qu'à regarder autour de lui pour s'en convaincre. La misère grouillante qui l'environnait n'avait rien de tragique. Elle semblait receler en elle une mystérieuse opulence, des trésors d'une richesse inouie et insoupçonnée"
Mendiants et Orgueilleux.
"- Ils projettent sans doute de faire une farce. Je les connais. Ils passent leur temps à s'amuser.
- Tu te trompes. Ils font semblant de s'amuser, mais ce n'est qu'une ruse. En vérité ils complotent contre le gouvernement. Sinon pourquoi resteraient-ils oisifs ?
- Peut être qu'ils trouvent la vie plus agréable à ne rien faire... C'est une philosophie nouvelle, ils sont décidés à la mettre en pratique.
- En ce qui les concerne, je pense qu'ils doivent trouver ce monde abject et révoltant, mais qu'ils ne tiennent guère à le changer. C'est du moins l'impression qu'ils me donnent.
- Tu veux dire qu'ils méprisent trop ce monde pour le changer ?
- Je dirais plutôt que c'est de l'indifférence, et non du mépris.
- Mais, d'après toi, qu'espèrent-ils ?
- Mais ils n'espèrent rien. La vie. La vie, Excellence. La vie seule les intéresse."
Albert Cossery, in Un complot de saltimbanques.

Commentaires (4)
Quel plus bel hommage à Cossery que de suivre quelques uns de ses préceptes : avoir le sens de la dérision, être dilettante encore et toujours... Et tu l'as fait ! en illustrant ton billet par une photo d'Humphrey Bogart !!!
Mais bon, comme Humphrey, Albert avait la classe !
Rédigé par Peggy | 26 juin 2008 22:19 | Alerte.
Je suis content que tu aies remarqué ce clin d'oeil à la classe américaine (d'où Bogart) d'Albert !!!
(Quelle mauvaise foi, cette nouvelle racaille française, en fait je suis allé trop vite en cherchant une photo de Mister Cossery dans Google images puis je l'ai jointe sans trop réfléchir)
Merci Peggy pour ce sauvetage désespéré d'un gaffeur invétéré. En fait, c'est toi qui as la classe américaine !
Rédigé par Mabrouck | 27 juin 2008 00:00 | Alerte.
Sauf que sur cette photo, c'est Albert Camus jeune...
Rédigé par Marianne | 2 juillet 2008 10:26 | Alerte.
Aïe, mon dossier s'alourdit.
Merci de cette précision, Marianne, je tâcherai d'être plus vigilant une prochaine fois (en attendant, je bois le calice du ridicule jusqu'à la lie !)
Rédigé par Mabrouck | 3 juillet 2008 14:44 | Alerte.