
Lors de l’annonce du Plan Espoir Banlieues, Fadela Amara déclarait être persuadée que les femmes joueraient un rôle essentiel dans les quartiers populaires. Kiffer sa race* de Habiba Mahany sorti peu avant le plan souligne la justesse du propos.
Kiffer sa race a d’abord l’intelligence de ne pas être un livre sur la banlieue. A l’image de Sabrina, personnage principal qui surplombe la cité du haut de son immeuble, ce premier roman dépasse son cadre, n’oubliant pas d’être… un roman ! A rebrousse-poil des clichés, c’est une bouffée d’air frais dans la littérature dite urbaine où dans la famille, le père et la mère s’aiment, les deux filles détiennent le vrai pouvoir et, si le frère est omniprésent, c’est avant tout parce que c’est un petit dernier gâté.
Au plus proche de la réalité de son milieu, Kiffer sa race se réapproprie le langage de la rue, plaçant le lecteur au cœur de l’action. Loin de la-banlieue-qu’est-pas-rose-la-banlieue-qu’est-morose chantée par les Inconnus, dans Kiffer sa race, on rit. Lamine, « 2 de QI, en basket Nike Air force one Lebron James, survêt Cleveland Cavaliers Lebron James, T-Shirt numéro 23 Lebron James, casquette Lebron James », cancre parmi les cancres qui ne voient « pas plus loin que le bout de leurs aînés » et qui confond le verbe vénérer avec le verlan d’énerver est l’un de ceux qui portent la responsabilité partagée de leurs échecs. On est loin du manichéisme victimaire de la méchante société contre les jeunes brebis innocentes. Si Habiba Mahany dresse un portrait au vitriol du racisme avec le personnage d’Yvonne qui se rend chez ses voisins maghrébins comme « Tintin au pays des Arabes », elle décline le mot au pluriel, soulignant les racismes qui gangrènent aussi les différentes communautés entre elles.
Fourmillant d’expressions détournées comme « il n’y a qu’un pas entre le tapis de sol et la roche tarpéienne », le livre se termine par un magnifique « Je kiffe ma race. Au sens figuré, heureuse qui comme Alice a fait un beau voyage au pays des merveilles et au sens propre, je kiffe ma race, notre race, la seule, l’unique sur cette terre par-delà les barrières dans nos têtes : la race humain ». Tout est dit : l’hommage à la littérature mondiale avec la référence à Du Bellay et à Lewis Carroll et surtout, le message d’humanisme, de tolérance et d’amour. Version moderne et accessible aux plus jeunes de celui d’Arnold Toynbee : « Quand on connaît un être humain personnellement, quelles que soient sa religion, sa nationalité ou sa race, on ne peut manquer de reconnaître son humanité semblable à la sienne ». Kiffer sa race est une œuvre puissante à diffuser à tous, en particulier dans les écoles.
Caton l’ancien finissait chacun de ses discours, quel qu’en soit le sujet, par « Il faut détruire Carthage ». Moi, je finira mes posts par « Il faut lire kiffer sa race de Habiba Mahany » !

Commentaires (3)
Ouais, ça pourrait être bien à lire mais rien que le titre me fait fuir. Comprenez-moi quand je prends le train de banlieue, quand ceux qui parlent comme ça se manifestent, ils hurlent plutôt ( ou leur portable) alors je change de wagon.
Rédigé par désolation | 18 mai 2008 01:40 | Alerte.
Alors désolation ,il ne faut pas se laisser abattre comme cela.Kiffe la vie,il faut que tu lise absolument ce livre pour combattre tes préjugés.S'exprimer même fort cela ne signifie pas ne pas respecter les autres au contraire sort des clichés.Un bon conseil ,ne passe pas à coté de ce livre.Tu me donnera ton avis. A bientôt, désolation,passe de mon coté,l'espoir.
Rédigé par heureux | 26 mai 2008 16:21 | Alerte.
J'ai hate de lire ce livre cet ete!!!
Rédigé par Steve | 27 mai 2008 16:40 | Alerte.