Entre les murs * (première partie) (le blog de la Nouvelle Racaille Française) 
Choisissez votre ville

Il semble que vos cookies ne sont pas activés sur votre navigateur. Pour que nous puissions vous montrer les informations liées à votre ville, vous devez choisir une des villes suivantes:

Metro Logo


« Au pays des blogueurs et des myspaciens (2) : Sushina | Page d'accueil | Une vérité qui démange par Suhina »

Entre les murs * (première partie)



J’ai fait pas mal de rencontres scolaires pour mon premier roman « Le Poids d’une âme ». Des élèves de Laval, Chambéry, Montpellier, Sète, Mouscron, Boussy, Massy, Perpignan, Tourcoing, La Motte-Servolex (qu’est-ce que j’aime ce nom !)… ont croisé ma silhouette voûtée lors de séances mémorables, en tout cas pour moi. La rencontre d’hier [jeudi 29 mai] avec les secondes E du lycée Max Dormoy de Champigny est venue s’ajouter au cortège des plaisirs immatériels – les plus gratifiants, en même temps, les plaisirs matériels d’un auteur sont si rares ( !) - qu’offre la vie littéraire.

Tout d’abord, commençons par le commencement et rendons (ouais, je suis comme ça, je parle de moi à la première personne du pluriel) hommage à Madame Derder et Madame Dubois, qui m’ont fait l’honneur de cette invitation. Surtout Madame Derder mais c’est pur favoritisme. Rendez-vous fut pris au lycée Max Dormoy, donc, au cœur de la zone commerciale de Champigny. Ça peut surprendre un lycée entre un Leclerc et une Halle aux vêtements. Tu peux y voir, au choix, une allégorie de la marchandisation de l’éducation nationale ou un côté super pratique en cas d’envie frénétique d’achat d’une commode en plein cours de maths. Un indice qui plaide pour la première solution : les panneaux routiers indiquent mieux le Leclerc que le lycée.

Tu t’attends à débarquer dans un BHV et tu tombes sur un lycée assez classe, il faut le reconnaître. Propre, spacieux, une plaque rappelle que Michel Giraud a inauguré le lieu. Et là tu te dis qu’heureusement qu’une plaque rappelle que Michel Giraud a été ministre du travail sinon même sa mère pourrait ne pas le croire. Comment survit-on après avoir été ministre sous Balladur ? Grande question à laquelle nous ne répondrons pas aujourd’hui.

L’affable Madame Derder me reçoit avec son sourire légendaire. Ne manque que la rose entre les dents pour un remake de la pub ultra-brite. Madame Derder, j’veux le nom de votre dentiste, s’y ou plaît ! Direction la salle des profs. En tant qu’auteur invité, ce n’est pas une première. Et pourtant, à chaque fois, c’est le même choc pour moi, qui m’étais fait un honneur de n’y avoir jamais foulé les pieds pendant ma scolarité. Ça donnait lieu à des discussions homériques du genre :

Prof : Mabrouck, tu passeras me voir en salle des profs ?

Moi : M’sieur, Heu, j’peux pas M’sieur, on pourrait pas plutôt dire DEVANT la salle des profs, M’sieur ?

Prof : Tu peux pas entrer ?

Moi : M’sieur, ma religion me l’interdit, M’sieur.

Prof : Tu te foutrais pas de ma gueule ?

Moi : Non, M’sieur et puis j’ai les pieds plats, M’sieur.

L’excuse fonctionnait aussi bien qu’au service militaire. Une des fiertés de ma vie restera que j’ai réussi à me faire exempter de l’armée - pourtant, note comme mon inclination à répéter M’sieur me prédisposait à la discipline militaire, comme le Sergent de Full Metal Jacket - et de la salle des profs. Jusqu’à mes livres.

La salle des profs est un vaste lieu où je me sens tout petit. Faut dire, j’ai toujours l’âme d’un élève. Pendant un voyage en bus scolaire de Sète à Perpignan, on m’avait proposé le premier rang, celui des adultes responsables, sérieux et tout et tout. Je me suis retrouvé derrière, en train de piailler avec les élèves. Il va falloir que je soigne mon côté Peter Pan sinon je vais finir calfeutré dans un ranch du nom de Neverland.

Je me colle dans un coin de la grande table ovale, l’exacte réplique de celle du Pentagone, où repose un mystérieux masque. Qui a vu « Vendredi 13 » ne peut que faire le rapprochement avec le masque de hockeyeur de Jason, le tueur en série. Ainsi, c’est ça une salle des profs, un endroit où on attire une pauvre victime innocente – moi - pour la livrer aux délires sanguinaires de bêtes assoiffées ? Je savais que j’aurais pas dû venir, Maman, vient me chercher ! Je demande où sont les toilettes pour en fait inspecter les retraites possibles. C’est là que je regrette d’avoir séché mes derniers entraînements de course à pied surtout quand je vois le sac de « sport » (version officielle, d’où les guillemets, pas sûr que ce ne soit pas le réceptacle d’un rite sacrificiel inconnu) de Madame Derder où Jo-Wilfried Tsonga… heu Mohamed Ali (ils se ressemblent tellement) assène un coup de poing rageur. Un message subliminal à la future proie ? Message bien reçu, je commence à flipper. La peur cède à la panique quand un drôle de bruit déchire le silence. Tu vois la musique stridente qui accompagne les films d’horreur ? C’est celle-là. C’est la sonnerie du lycée. Et là, j’ai la réponse à l’un des grands mystères du cinéma : comment a germé l’idée de la musique de Psycho dans l’esprit de Bernard Herrmann ? Au lycée Max Dormoy de Champigny.

Il faut entrer en classe. Je vais me livrer à l’assaut des questions de la classe de seconde E. Mais ça, c’est une autre histoire que je te raconterai la semaine prochaine.

* Hommage facile à François Bégaudeau dans une période où c’est le roi du monde. C’est mérité pour l’auteur du génial « Jouer Juste » (éd. Verticales)





Commentaires (9)

cela me rappelle bien des souvenirs tout ça (la salle des profs, mon lycée n'était pas entre un leclerc et une halle aux vêtements !)alors qu'est ce que ça fait de retourner en classe ? nostalgique ou pas ? en tout cas tu m'as bien fait rire et j'ai hâte de lire la suite : l'entrée en classe. Comment ça s'est passé ? Mais dis-moi tu aimes bien faire languir tes lecteurs !

Joli billet plein d'humour... Et belle tribune aujourd'hui dans Métro, félicitations !

c'te blague !
je prenais un verre avec M'sieur Rachedi à 15 h et voilà que j'apprends qu'en fait, il écrivait un post !
Ca buguerait pas un peu ici ? (ou un petit malin utiliserait-il le pseudo de l'écrivain ?)

C'est pas Marx Dormoy ?

En tant que prof et capinoise, je ne comprends pas vos préjugés contre les profs. Est-ce que vous pensez que les jeunes sauront faire la part des choses entre l'humour (s'il sagit bien d'humour) et la réalité de vos pensées.
Je pense que c'est le devoir des écrivains de soutenir les professeurs, leur travail et de ne pas dénigrer les lieux de culture. Nous travaillons dans le même sens, souvenez-vous en M. Rachedi !

je confirme que c'est MARX Dormoy. Bizarre, on se souvient mieux du vieux que Marx que de Giraud !!!! :)))))))))))))))))
champigny en force

de l'humour, de l'humour, de l'humour...on en redemande !

Bonjour,

C'est le sushi qui envoie tous ses copains du space ici.
Alors merci à elle et puis aussi... comme ça en passant, un com sur "entre les murs".
J'avais adoré le bouquin, mais à chaque fois que je le tendais, on dodelinait de la tête en me disant non merci.... j'avais beau expliquer que quand on n'a jamais franchi les murs d'une classe, on ferait bien de commencer par là... niet..
depuis l'annonce des résultats, maintenant on le réclame et ça c'est de la démagogie contre laquelle je me fiche en colère... un tel truc récupéré par le gouvernement et les médias... zut !

http://www.soleildebrousse.com

je suis bien d'accord avec toi soleildebrousse même le Ministère de l'Education en a parlé, quelle hypocrisie ! enfin c'est très bien pour le livre (et le film !)que je trouve très bien, le peu d'extraits du film que j'ai vu donne envie de voir la suite. Je reste surpris que Laurent Cantet n'ait même pas cité Begaudeau lors de la remise de la Palme d'Or !

Réagissez à ce post

Notez ce post