Jérôme Vermelin: décembre 2007 Archives 
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6 décembre 2007

VIVA REYGADAS !!!

CarlosJe me suis fait un peu allumer en conférence de rédaction hier car j’avais consacré mercredi une demie page à Lumière silencieuse, le 3e film du Mexicain Carlos Reygadas. Rendez-vous compte : une demi page entière pour un film que 10 pékins vont aller voir ! D'abord ils seront plus que 10 puis qu'ils étaient déjà 128 à la première séance à Paris mercredi. Mais surtout… Pourquoi pas ? Ce film, long, lent, pas bavard est aussi l’un des plus beaux, les plus fascinants qu’il vous sera donné de voir sur grand écran avant longtemps. Et porte tellement bien son titre ! Ajoutez à cela que Carlos Reygadas est un type passionnant, ancien rugbyman, puis juriste aux Nations Unies, avant d’épouser il y a dix ans la carrière de cinéaste. Je l’avais rencontré à Paris à l’occasion de Bataille dans le ciel et je l’ai retrouvé à Cannes en mai dernier, un peu azimuté pour dire vrai, mais riche de cette envie, de cette passion qui font les grands auteurs. Et les grands chieurs aussi ! Voici quelques extraits de notre conversation, quelques jours avant qu’il ne reçoive le prix du jury.

Qu’as-tu fait depuis Bataille dans le ciel ?

Après Bataille dans le ciel, j’avais besoin de paix. Je suis parti au Nord du Mexique, à la campagne, afin de compléter certaines idées qui trottaient dans ma tête. C’est là que j’ai décidé de tourner mon nouveau film avec une petite équipe : onze personnes, lumière naturelle, etc.

C’est donc une réaction à Bataille dans le ciel qui était plus sombre et dur…

Oui, je crois que chaque film qu’on fait est une réaction au précédent. D’ailleurs j’ai envie de complètement autre chose après Lumière silencieuse. Parce qu’on voit un film tellement de fois lors du processus de fabrication, notamment en post production. Au bout d’un moment on a qu’une envie, c’est de passer au suivant !

Les Mennonites sont les stars du film. Voulais-tu parler de cette communauté en particulier ? 


Dans les grandes villes du Mexique, ces gens vendent du fromage aux feux rouges ! Mais lorsqu’on se rend dans les régions où ils vivent, on découvre des choses très intéressantes. Par exemple qu’ils ont développé un système économique autonome et que les valeurs familiales se substituent au gouvernement et à la politique. Mais ce qui m’intéressait avant tout c’est l’histoire d’amour, l’histoire universelle que nous connaissons tous. La communauté Mennonite, c’est juste un contexte. 



Comment as-tu convaincu des non professionnels de tourner dans le film ?

Je leur ai raconté qui j’étais, comment je vivais ma vie. De quoi parlerait le film et je leur ai dit que ce serait une expérience merveilleuse pour eux, et pour leur culture. Et ils ont accepté…

Tu aimes faire durer tes plans, les faire “respirer”…


Parce que c’est comme ça que j’aime vivre ma vie. Si peu de gens prennent le temps de contempler la beauté du monde de nos jours. Il y a plein de choses dégoûtantes autour de nous, mais la vie est toujours merveilleuse. Même lorsqu’on est dans la merde ! (rires)



As-tu longtemps bossé sur le montage ? 


Je suis parti à Hanoï plusieurs semaines avec ma copine et un petit ordinateur. Nous avons travaillé dur, six jours sur sept. J’ai essayé de capturer le côté organique des images et de sons, et ce sont eux qui m’ont dit quand il fallait couper. 



Est-ce difficile de financer tes films ? 


Oui, c’est difficile. Mais pas plus que ça ne devrait l’être. Je veux dire, pourquoi quelqu’un accepterait-il de te donner de l’argent sans être sûr de récupérer la mise ? Tu sais, si tu veux gagner de l’argent facilement, il suffit de dire oui à tous les scénarios que les grands studios veulent tourner. Mais personne ne te donnera facilement de l’argent pour réaliser tes rêves. Personne.

le site du film

11 décembre 2007

Du bon usage des préliminaires

Lust_caution_1_2On dit souvent que les préliminaires sont ce qu’il y a de meilleur lors d’une partie de jambes en l’air. Ca se discute, évidemment. Au cinéma aussi, même si avec le dernier film d’Ang Lee, Lust Caution, cet adage ancestral me paraît plus vrai que jamais. Chine, années 40, sous l’occupation japonaise. A Hong Kong, un groupe d’étudiants décide d’éliminer Monsieur Yee (l’incontournable Tony Leung), un salaud de collabo, en usant des charmes de l’une d’entre eux, la jeune et vierge Wang Jiazhi (l’inconnue et exceptionnelle Tang Wei). Entre eux, l’attirance est immédiate. Et surtout pas simulée. Sous le charme de sa proie, la demoiselle, dépucelée à la va-vite par l’un de ses camarades, se prépare à passer à la casserole. Sauf que le monsieur et sa dame repartent précipitamment à Shanghai. Trois ans, et une 1h30 de film plus tard, les deux tourtereaux se retrouvent et vont enfin consommer, dans toutes les positions possibles et imaginables. Résumé ainsi, ça fait un peu film érotique sur M6, je vous l’accorde. Sauf qu’entre les deux Ang Lee orchestre une fois de plus la montée du désir de façon magnifique. Dans Brokeback Mountain, les interdits sociaux empêchaient les deux amants de s’épanouir. Cette fois c’est un double jeu politique, intime et surtout mortel qui anime chaque regard, chaque geste, chaque étreinte des deux partenaires, sans qu’on sache longtemps qui portera le coup fatal. Les cinéphiles ont sans doute déjà entendu parler des trois scènes de sexe qui ont fait rugir de plaisir la dernière Mostra de Venise et son jury qui a accordé à Lee son deuxième Lion d’Or, deux ans après Brokeback Mountain. Mais la plus belle scène du film est selon moi celle où Wang Jiazhi raconte à ses chefs comment elle a fait jouir son tortionnaire bien aimé et combien elle aurait voulu qu’ils surgissent pour le tuer et lui offrir l’extase ultime. Une confession qui résume toute l’ambiguïté du personnage et la séduction latente de ce nouveau chef d’œuvre. Sublime !

21 décembre 2007

Ni français, ni américain, c'est possible ?

CyborgEn rédigeant un article sur le box-office français de 2007, un truc auquel je ne faisais plus vraiment attention m’a sauté aux yeux. Sur les 75 films les plus vus ces douze derniers mois, il n’y a que deux films ni Américains, ni Français. Deux ! Lesquels ? « La vie des autres », l’Oscar allemand du meilleur film étranger, et « Caramel », film franco-libanais qui a été l’un des succès surprises de l’été. Je sais que lorsqu’il est question de business du cinéma dans notre pays, le grand débat est de savoir si oui ou non Hollywood va dévorer le coq français… Mais en voulant lutter contre l’impérialisme américain, à coup de grosses productions fadasses, financées par l’Etat et les chaînes de télé, n’avons-nous pas tué la possibilité pour les spectateurs français de voir autre chose qu’un blockbuster avec Will Smith ou une comédie avec Jean Dujardin ? Je sais bien que le cinéma français ne se résume pas aujourd’hui à « Taxi 4 » et « Astérix aux jeux olympiques ». Qu’il y a aussi « Lady Chatterley » ou « La Graine et le mulet », des films tournés dans la douleur par des cinéastes « exigeants ». Mais le truc qui me chiffonne, c’est la prime donnée par le business et les médias au cinéma français sous prétexte qu’il serait un cinéma de résistance. Et qu’au final au lieu de vivre dans un monde d’une seule couleur, on nous demande de nous contenter de deux couleurs. Je dis ça parce que je vois les scores ridicules de films sortis récemment comme « Lumière silencieuse » du Mexicain Carlos Reygadas ou « Je suis un cyborg » du Coréen Park Chan-wook. Pas ou peu de promo, des campagnes d’affichage réduites… Deux films aux partis pris affirmés, visuellement sublimes de surcroît et surtout… différents. Comme le Reygadas, les films cannois s’en sortent d’ailleurs avec des fortunes diverses. « De l’autre côté » de l’Allemand Fatih Akin a trouvé une partie de son public. Mais on ne peut pas dire que la Palme d’Or roumaine, 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu, ait déplacé les foules. C’est triste parce que même si j’ai des réserves sur le film, il mérite mille fois d’être vu. Je repense aussi à « The Host », le génial film de monstre de Bong Joon-Ho, le futur Kubrick asiatique. Sorti l’an dernier en même temps que James Bond, il est passé totalement inaperçu, ou presque. Depuis, je n’ai pas arrêté de prêter le DVD à des amis ébahis. Et je me demande s’il ne va pas falloir créer une rubrique dans les journaux intitulée « les films ni-ni ». Ni français, ni américains. « Les films ni-ni ». Mignon, non ?



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