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3 février 2007

" Beautiful, Jérôme ! "

Bon ça y est. Je l’ai rencontré. J’en ai encore des frissons rien que d’y penser. Et puis un sourire large comme ça. Si en débutant ma carrière de journaliste on m’avait demandé quelle était la personnalité que je rêvais le plus d’interviewer, j’aurais répondu David Lynch, sans hésitation. C’est fait et c’était génial, point à la ligne. Ces cinq dernières années j’ai quand même pu croiser la route de Terry Gilliam, David Cronenberg, Woody Allen, Paul Verhoeven, Pedro Almodovar ou encore Emir Kusturica. Sans parler d’une entrevue surnaturelle avec le Dalaï Lama au Crillon... Et d'un rendez-vous étrange avec Marilyn Manson au dernier étage d'un palace californien !

Mais Lynch pour moi c’est un peu plus mythique, un peu plus mystique, un peu plus tout. Je devais à peine avoir quinze ans lorsque j’ai découvert " Blue Velvet " à la télévision et ce jour-là mon amour du cinéma a franchi un cap, une frontière insoupçonnée, quelque part entre la fascination et l’effroi, le désir absolu et l’angoisse la plus totale. Repensez à Kyle McLachlan, enfermé dans le placard d’Isabella Rosselini, au moment où celle-ci se déshabille puis découvre le jeune intrus et l’oblige à son tour à retirer ses vêtements. Toutes ces années le cinéma de David Lynch n’a cessé de m’inspirer, de me surprendre, de me sauver un peu aussi j’imagine.

Je me suis depuis longtemps fait la promesse que lorsque je rencontrerais le " maître ", j’entamerais une nouvelle ère dans mon jeune parcours professionnel. Ca ressemble très fort au cinéma, du moins j’espère... C’est la première chose que j’ai dit à Lynch et il a accueilli la nouvelle avec enthousiasme en poussant un " beautiful, Jérôme !" que je vais me repasser en boucle sur ma chaîne stéréo ! Je reviendrais sur cette interview dans les prochains jours, et dans Metro mercredi prochain. Préparez-vous, l’heure de l’" Inland Empire " a sonné !

11 février 2007

Cint Eastwood est-il japonais ?

Iwojima Je m’étais assoupi au bout d’un quart d’heure de « Mémoires de nos pères », le premier film de Clint Eastwood consacré à la bataille d’Iwo Jima. Ca arrive, que voulez vous. Je me suis à nouveau assoupi – quelques minutes, je vous rassure -  au tout début de « Lettres d’Iwo Jima », la même histoire racontée du point de vue japonais. Sauf que cette fois j’ai vraiment apprécié ce que j’ai vu ensuite. Un grand film de guerre, âpre et désespéré, « beau comme un film japonais », ont dit les critiques nippons. « Mémoires de nos pères » m’avait déplu pour son côté pacifiste un peu convenu. Bien sûr la guerre c’est mal, ces pauvres soldats qui écrivent à leur mère, le cynisme de la hiérarchie militaire, le parallèle avec l’Irak, etc. Bla bla bla… Je ne suis pas du tout anti-américain, mais bon… Vu du côté japonais, c’est soudain plus intéressant. Parce que les codes militaires sont différents, le rapport à la mort surtout. La scène où les soldats se suicident à la grenade les uns devant les autres est l’une des plus stupéfiantes qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps. Très académique dans "Mémoires de nos pères", la mise en scène du grand Clint est soudain plus lumineuse, plus ample, plus puissante. Comme si tourner dans une langue qu’il  ne maîtrise certainement pas l’avait libéré de quelque chose. Bizarre, non ? Je devrais peut-être tourner mon court-métrage en polonais…
« Lettres d’Iwo Jima », qui sort chez nous le 21 février, était présenté ce dimanche à la Berlinale et il ne serait pas étonnant qu’il soit présent au palmarès dans une semaine, avant de concourir à l’Oscar du meilleur film le 25 février prochain. Je suis pour « Babel », mais ça vous le savez sans doute déjà.

27 février 2007

Films de gauche ou films de droite ?

J’ai eu un peu de mal à trouver l’inspiration pour ce blog ces derniers jours. En panne de grand coup de coeur cinématographique, il me fallait un bon petit coup de gueule. Et il est arrivé ! Mardi matin sur RTL ce grand beauf de Laurent Gerra, imitant Jean-Claude Brialy, s’est gaussé du César du meilleur film accordé à « Lady Chatterley », le comparant à un vieux téléfilm de France 3 tout juste bon à exciter Jeanne Moreau. Quoi c’est vrai, un film sans star, réalisé par une cinéaste intello – elle a fait l’IDHEC ! – sorti dans des salles d’art et essai et qui n’a même pas réussi à atteindre 200 000 entrées ! Ben oui, quoi. Laurent Gerra, le beauf ultime, aurait sans doute préféré qu’on donne le prix à Patrice Leconte pour « Les Bronzés 3 », cette géniale comédie populaire interprétée par des acteurs exigeants, et qui a réuni presque 11 millions d’entrées dans toute la France, douce France. J’imagine bien le père Gerra, s’esclaffer comme un baudet devant sa télé, sa principale source d’inspiration, en découvrant le palmarès des César. Le pire, c’est qu’il doit trouver vraiment ça scandaleux qu’on récompense « Lady Chatterley ». Et qu’il utilise l’humour, encore heureux, pour exprimer son mécontentement. Ce genre de type, et leurs réflexions, c’est ce qu’il y a de pire pour le cinéma. Ces gens qui nous font croire qu’il y a d’un côté le bon cinéma populaire – Fernandel, Bourvil, Clavier – de l’autre le cinéma intello pour se branler le cerveau – Bresson, Pialat, Ferran – et que les deux sont inconciliables. Remarquez on les trouve dans les deux camps. Certains critiques dans Les Cahiers ou les Inrocks qui nous font croire que le cinéma français régresse parce qu’on produit trop de films. La belle affaire. Vous savez combien ils produisent de films par an en Belgique ou en Ecosse ? Entre 3 et 5 au grand maximum. Nous, 200 ! Et c’est pour ça qu’on peut voir la même année « Ne le dis à personne » et « Lady Chatterley », mais aussi « Le dernier des fous », « OSS 117 » et « Les amants maléfiques ». Eh oui, il y a de la diversité dans le cinéma français ! Et le public en a ras le bol des distinctions entre films commerciaux et films d’auteur. Entre les méchants films de droite et les gentils films de gauche. Ou l'inverse. Il veut juste des bons films, une notion finalement très subjective, reconnaissons-le. Faut que je fasse gaffe, j’ai l’impression de parler comme Bayrou maintenant...

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