Jérôme Vermelin: janvier 2007 Archives 
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janvier 2007 Page d'accueil

13 janvier 2007

Bonjour à tous

Après une passionnante - mais épuisante - expérience lors du dernier Festival de Cannes, j'ai décidé de reprendre mon blog consacré à l'actu ciné. Le but ? Vous parler du 7e Art de façon différente, moins des chiffres du box office que de passion et de découverte, de rencontres et de surprises. Répondre aussi à vos questions et vous faire part des échos des projos de presse où se forme souvent bien vite l'opinion qui se répandra quelques semaines plus tard dans vos journaux. Vous raconter aussi mes interviews avant qu'elles ne soient publiées dans Metro, peut-être même aussi vous en donnez la primeur si vous êtes très gentils ! Et puis pousser quelques coups de gueule lorsqu'un film magnifique échappe à son public où qu'une grosse daube monopolise l'attention des médias.

A très vite, donc, ce blog étant destiné à échanger, partager, tout ce que vous voulez qui se termine par "er" et plus encore !

Jérôme

15 janvier 2007

Controversé, alcoolique et violent. Et alors ?

J’ai été assez désespéré de voir avec quel dédain certains médias ont présenté " Apocalypto ", le dernier film de Mel Gibson sorti mercredi dernier. " Controversé " est sans doute le mot qui est revenu le plus souvent à propos de l’acteur réalisateur, ex aequo ou presque avec " alcoolique ". Et " violent " aussi. Comme s’il fallait mettre en garde le bon public, le dissuader de se précipiter dans les salles pour découvrir ce blockbuster impur. Au final on nous a davantage parlé de la mauvaise réputation de Gibson que des qualités intrinsèques de son film, qui sont pourtant très nombreuses. Prenant, rapide, réaliste, purement divertissant d’abord, c’est du grand spectacle barbare et un peu mystique, avec une sorte de Mowgli hardcore dans le rôle principal. Rudy Youngblood qu’il s’appelle, tout un programme.

Alors oui Gibson est " controversé ", " alcoolique " et " violent ". Mais qu’est-ce que ça peut bien foutre ? Prenez, au hasard, le cas d’Abel Ferrara. Il est bourré 22 heures par jours sur 24 et il l’était sans doute sûrement que lorsqu’il faisait " Bad Lieutenant " ou " King of New York ", ses meilleurs films, assez " violents " et " controversés " dans leur genre. A un autre niveau, le fameux Jean-Claude Brisseau a fait la Une des journaux parce qu’il était attaqué par deux actrices à qui il avait demandé de se masturber devant lui pour des essais. C’est très " controversé " et sans doute Brisseau a-t-il descendu quelques litres de pinard pour oublier ses déboires avec la justice. Et les médias d’oublier de dire que " Noce Blanche ", " Choses secrètes " et le film en question " Les Anges exterminateurs " sont de belles grandes oeuvres qui méritent d’être vues et défendues.

En 2007 je me demande si les artistes ont encore le droit d’être un peu fêlés, un peu tordus, un peu pas comme les autres. C’est sûr, ça n’aide pas lorsqu’il s’agit d’aller faire la promo des films dans les émissions people – n’est-ce pas Guillaume Depardieu ? Au moins Mel Gibson a résolu le problème : il ne fait pas d’interview. C’est un peu radical, mais bon...

16 janvier 2007

J’adore ce Gourmet

Je ne vais pas le cacher, j’ai toujours eu du mal avec le cinéma des frères Dardenne. Son réalisme forcené me dérange, peut-être à juste titre d’ailleurs. Reste que j’ai toujours été impressionné par l’un de leurs acteurs fétiches, l’extraordinaire Olivier Gourmet, révélé par La Promesse en 1996, puis consacré en 2002 avec Le Fils, prix d'interprétation masculine à Cannes. Ce type me scotche dans tous ses films, qu’il interprète un patron odieux dans le " Rosetta " des Dardenne, un employé traumatisé par la suicide de son collègue dans " Sauf le respect que je vous dois " de Fabienne Godet ou un raconteur d’histoires à la mémoire envahissante dans " Le petite chartreuse " de Jean-Pierre Améris. Au moment où j’écris ces lignes, je vois sa bonne bouille souriante sur I-télé où il fait l’une de ses trop rares apparitions promo pour " Congorama ", un excellent petit film québécois en salles à partir de mercredi. Il y interprète un inventeur qui découvre sur le tard qu’il a été adopté et que son véritable père était le génie que lui ne sera sans doute jamais. J’ai rencontré Mister Gourmet avant les fêtes, amaigri et détendu après une année bien chargée dont la seule demi-fausse note aura été sa participation tronquée aux bancales " Brigades du Tigre ". Gourmet est un immense comédien, dur et plein de compassion, tendre et proche de chacun d'entre nous. Ses personnages portent une douleur interne intense, pas toujours facile à déceler, mais qui ne demande qu’à jaillir au contact des autres et des événements. Dans "Le Mystère de la Chambre Jaune" et "le Parfum de la Dame en noir", Bruno Podalydès lui avait confié le rôle de Robert Darzac, le seul type pas drôle de l'histoire. Pourtant ce formidable acteur de tragédie m’a confié que son plus grand rêve était de nous faire rire, comme son idole d’enfance... Louis de Funès. A quand notre Gourmet préféré dans un remake du "Grand Restaurant" ?

18 janvier 2007

Sigourney impériale

Sigourney Sigourney Weaver, c’est la grande classe. Je dois l’avouer, je ne m’étais pas senti aussi timide depuis bien longtemps. J’ai rencontré cette légende du cinéma mercredi dans une suite du Ritz, à 10h pétantes s’il vous plait, un horaire bien matinal pour le travailleur noctambule que je suis. « Sig » était resplendissante. Grande, immense même, élégante et attentionnée. Elle a bu un café au lait, moi je l’ai demandé bien noir. J’étais cassé… mais charmé. Cette immense comédienne donc est à l’affiche de « Snow Cake », un joli petit film indépendant qui sort le 31 janvier, mis en scène par un quasi inconnu, Marc Evans. A ses côtés, l’épatant comédien anglais Alan Rickman. Ce dernier interprète un homme qui traverse les Etats-Unis et prend en stop une adolescente fantasque et très bavarde. Un camion percute sa voiture et la jeune fille est tuée sur le coup. Traumatisé, il se rend chez la mère de la défunte pour lui présenter ses condoléances. Cette femme, c’est Sigourney, dans le rôle d’une autiste qui réagit de façon surprenante à la tragique nouvelle…
Lorsqu’on discute avec une pareille actrice, difficile de ne pas repenser à Ripley, son personnage dans la saga « Alien ». On ne l’y reprendra pas, assure-t-elle, pas convaincue du tout par le 5e épisode tourné sans elle. En revanche elle s’apprête à retravailler avec James Cameron, le réalisateur d’ « Alien, le retour », sur son nouveau film de SF révolutionnaire intitulé « Avatar ». Lorsqu’elle en parle, Sigourney affiche un enthousiasme de débutante, la preuve qu’on peut rester passionné par ce métier malgré les dollars et les récompenses. La classe, donc. 

20 janvier 2007

Forest, tu me fais peur !

Forest J’ai vu vendredi " Le dernier roi d’Ecosse ", le troisième film de Kevin McDonald à qui l’on doit " La mort suspendue " et " Un jour en septembre ", le docu sur la prise d’otages des JO de Munich, sorti l’an dernier en même temps que le film de Spielberg. Inspiré d’un roman de Giles Foden et adapté par le scénariste Peter Morgan (The Queen), ce film qui sortira le 14 février est un habile croisement entre fiction historique et pur fantasme. Il met un scène Nicholas Garrigan, un jeune médecin écossais (James McAvoy, le faune dans les Chroniques de Narnia !), qui à la sortie de l’école de médecine, décide d’aller se rendre utile, au hasard en Ouganda. Nous sommes au début des années 70 et le chef militaire Amin Dada (Forest Whitaker) vient de prendre le pouvoir avec l’aide des Britanniques. Nicholas fait par hasard la connaissance d’Amin Dada alors que la voiture de celui-ci vient de percuter une vache. Le président se prend d’affection pour le jeune homme et lui propose de devenir son médecin. Le début d’une relation trouble, intense, d’une véritable descente aux enfers qui dépasse largement le cadre du film historique, à la manière de " Lord of War " ou " Constant Garderner ". Un vrai grand thriller politique, rapide, puissant, visuellement très réussi, qui vient de valoir le Golden Globe du meilleur acteur dramatique à Forest Withaker. Une récompense qui devrait logiquement se transformer en Oscar dans quelques semaines pour ce comédien trop rare, que le grand public ne connaît bien souvent qu’à travers son personnage de Ghost Dog dans le film de Jim Jarmusch. L’an dernier j’ai dîné en terrasse au festival de Deauville où Forest était venu défendre Mary d’Abel Ferrara. Aucun badaud ne le reconnaissait, alors que PPDA et Daniela Lumbroso suscitaient une mini-émeute dès qu’ils levaient un pouce. Cette fois, plus possible. Récompensé en 1988 à Cannes pour son interprétation de Charlie Parker dans " Bird " de Clint Eastwood, Whitaker trouve là son plus grand rôle à ce jour, tellement intense que ça fait peur. Remarquez c’était fait exprès... On en reparle.

24 janvier 2007

Encore plus loin dans le Lynchland

Lynch1 J’ai vu hier pour la deuxième fois le nouveau film de David Lynch, l’énorme « Inland Empire ». Enorme, pas seulement à cause de sa durée, 3 heures et des poussières, qui devrait en rebuter plus d’un. Autant vous prévenir tout de suite, Lynch est mon réalisateur préféré, et de loin, même si je confesse ma passion récente pour l’ami Inarritu qui j’espère remportera l’Oscar du meilleur film fin février, rien que pour faire la nique aux jurés du dernier festival de Cannes.

Je suis dingue de Lynch, donc, mais je ne m’attendais pas à un film pareil, un film aussi dingue, un film aussi révolutionnaire et en même temps si fidèle à son auteur. Lynch n’en a rien à foutre du box office. Lynch est un auteur dans toute sa splendeur, un artiste exigeant à la créativité sans cesse régénérée. A une époque où de grands cinéastes comme Scorsese (Les Infiltrés) et Cronenberg (A History of violence) décrochent les plus beaux succès de leur carrière avec des œuvres somme toute convenues, David Lynch fait péter toutes les règles, de son cinéma et du sien en général, allant même jusqu’à proclamer en interview que la pellicule est morte !

Filmé en DVD par le maître lui-même, « Inland Empire » ne se raconte pas, il se vit, se traverse, se supporte aussi, sans assurance que tous les spectateurs seront encore présents, ou saints d’esprits, à l’arrivée. La plupart de mes collègues sortent tantôt hébétés, fascinés ou très en colère et je pense qu’on va lire tout et son contraire lors de la sortie du film le 7 février. On en reparle, dès que j’aurais rencontré mon idole, dans quelques jours, et pour la première fois s’il vous plaît. « Sweet ! »

28 janvier 2007

« Little Children », very big film

Little La claque. Je n’avais pas vu « Little Children », ni à Deauville, ni en projo presse, et j’ai découvert le deuxième film de Todd Field vendredi soir, comme un spectateur lambda, dans une salle absolument captivée. « Little Children », c’est un peu « Bienvenue dans l’âge adulte ». Ou « Madame Bovary chez les beaufs ». Ou « Sex in the suburbs ». Il y a une jeune mère un peu boulotte (Kate Winslet), mariée à un accroc des sites de cul, un jeune père (Patrick Wilson) tyrannisé par sa femme réalisatrice de documentaires (Jennifer Connelly, mamamia). Il y a aussi un exhibitionniste, que tout le voisinage redoute, soumis à sa vieille mère acariâtre. Et puis toute une galerie de « MILF » (Mother, I’d like to fuck), ces mères de familles américaines qui ne pensent qu’à baiser dans le dos de leur mari en col bleu.  Plus qu’un portrait de l’Amérique des pavillons, « Little children » est un portrait au rasoir de la condition humaine, froid, cruel, mais jamais dénué d’humour. Toutes nos hypocrisies, nos lâchetés, nos rêves inassouvis y sont passés en revue avec un sens du détail peu commun. La photographie est somptueuse et certaines scènes méritent d’être vues et revues dans les écoles de cinéma, pas les passionnés du septième art et tous les autres aussi. Je pense notamment à ce moment formidable où le pervers, Ronald McGorvey, vient se baigner parmi les enfants dans la piscine municipale, avec masque, palme et tuba. Les parents s’en aperçoivent et ordonnent à leurs petits de sortir de l’eau, les uns après les autres dans un mouvement de panique. McGorvey se retrouve seul dans la piscine, ondulant comme un têtard dans un marécage devant la foule silencieuse. Lorsque la police vient le chercher, les enfants retournent dans l’eau et l’après-midi reprend son cours comme si de rien était. « Je voulais juste me rafraîchir ! », proteste McGorvey. Terrible.



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