Que reste-t-il de nos libertés ?
Notre vie entière est millimétrée. Dépasser de 3 km/h une vitesse limite finira par nous priver de voiture; le parcmètre bientôt automatisé ne nous fera grâce d’aucune seconde; oublier quelques euros sur sa fiche d’impôt ou la renvoyer 24 heures en retard peut tourner au cauchemar.
Tout est quantifié : depuis le poids des champignons que l’Etat nous autorise à ramasser en forêt, jusqu’au plafond des ressources qui nous privent de certains avantages en passant par les délais obligatoires qui encadrent nos obligations administratives. Nous cherchons notre voie dans un labyrinthe législatif composé de quantièmes, pourcentages, quotients, heures, minutes, secondes… En sachant que chaque erreur sera sanctionnée.
Les mots également nous sont comptés. Excessifs devant un policier municipal, ils peuvent nous valoir un tir de taser. Une plainte en diffamation, avec ses coûts d’avocat exorbitants, sanctionnera un écart de langage.
Sortir de ces bornes, choisir la nomadisation de l’esprit comme du corps, se paie chèrement.
Nos vies sont ainsi pleines de cette menace : franchir une borne légale. Nous devons rester aux aguets, nous contraindre, réprimer toute émotion pour sincère qu’elles soient si elle n’entre pas dans un cadre des pensées autorisées.
C’est ainsi que disparaît dans un pays le sentiment de liberté. Avant la liberté elle-même.
