Hier comme aujourd’hui, chômeur, je suis, actif je
reste…
Hier on m’a dit : " Oh, oh, je vois bien sur la photo de votre C.V. que
vous avez largement dépassé la quarantaine, dites-moi si je me trompe ? ".
Alors j’ai répondu : " Oh, oh, mais non, vous ne vous trompez pas, j’ai
bien, largement, dépassé la quarantaine ! "
Hier toujours, on m’a répliqué : " Je ne vous vois pas intégrer une équipe
qui a entre vingt-cinq et trente ans, je ne vous vois vraiment pas. "
Il ne me voyait pas, c’est vrai, nous n’en étions qu’aux premiers mots, par
téléphone…
Alors hier, comme tous les autres jours depuis six mois, je n’ai pas trouvé
d’emploi. Parce qu’hier, comme tous les autres jours depuis six mois, la
société ne veut plus de moi.
Je suis un " Quinqua ", j’ai ce fardeau-là, à porter, comme d’autres
ont leur couleur, leur nom, leur mauvais quartier, leur identité… J’ai cet âge
qui pèse trop pour être reçu et entendu… Et pourtant je suis bien vivant, j’ai
toujours cette rage, au fond de moi, de l’emporter, de gagner, de travailler
quoi !
Hier comme aujourd’hui je me suis battu contre des idées prédigérées… J’essaye
de montrer, de démontrer que mes rides et ma calvitie ne m’ont pas encore
achevé, que je ne suis pas fini, qu’elles sont les témoins du trajet d’une vie,
qu’elles font preuve d’énergie, d’une vraie crédibilité aussi.
Alors à toutes celles, et à tous ceux qui recrutent aujourd’hui je veux
demander de ne pas oublier ce qui fabrique une société… Qu’ils n’oublient pas
que beaucoup d’entre eux faisaient encore dans leurs couches quand nous y
étions nous déjà, les " Quinqua " au turbin de la solidarité. Je veux
leur dire que c’est, à nous, aussi qu’ils doivent un peu de cette place qu’ils
ont, eux, aujourd’hui dans Notre société…
Et puis à vous Monsieur le Président, à vous Mesdames, Messieurs de notre
gouvernement, je veux vous dire qu’il faut cesser de semer des mots inutiles,
de répandre des phrases assassines, de laisser croire à la France que les chômeurs
sont fainéants. Je veux vous dire que, comme vous, Monsieur le Président,
j’aime me lever le matin depuis trente-sept ans de travail ininterrompu pour
être fier de ce que je suis et rester digne. Je veux vous dire encore que je
n’ai pas les moyens de refuser un emploi valable, ne serait ce qu’un, un seul
seulement pour lequel je serais embauché…
Je veux dire, enfin, à tous ceux qui me liront, qu’être chômeur ce n’est pas un
état, pas une situation, qu’on n’a plus, dans ce cas, de position, qu’on ne
s’en fait pas une raison, oh que non, qu’être chômeur c’est aussi une douleur.
Jean-François

Commentaires (2)
Notre génération, celle des quinquas, en particulier, se trouve frappée d'une double peine.
Non seulement discriminée à l'embauche, mais encore, culpabilisée, ce qui est UNE HONTE !
Il y- aurait matière à obtenir un soutien organisé de la part de la HALDE,avec obtention bien appliquée de DOMMAGES ET INTERETS à défaut de retraite ou de pré-pré-pré... retraite
Rédigé par Armide | 23 mai 2008 02:33 | Alerte.
Je vous invite à visiter ce site pour les quinquas.
http://www.1emploi1senior.com
il y a des choses à faire
Rédigé par alan | 24 mai 2008 11:11 | Alerte.