Chaque matin 9h, je retrouve Shine, calée dans son siège de bureau vert, l’acolyte du mien. La vérité je la retrouve à mois le quart. Le temps d’étudier les scenarios possibles d’une journée buissonnière, pas de réunions ce matin, j’y vais j’y vais pas, un taxi, oui non, quelle chaleur, bon dieu un taxi je suis vraiment à la bourre là.
10h au bureau. La journée de Shine est largement entamée, elle. Emmitouflée dans une veste de survêt rose Hello Kitty, les mains incrustées dans le clavier, Shine a déjà ouvert 30 messageries instantanées, réseaux sociaux et autres sites collaboratifs pour 1/partager sa dernière recette (un veloute de navets mijotés au sang de canard), 2/ donner la gerbe à la moitié du pays connectée ce matin, 3/uploader fièrement la photo de ce superbe chien en peluche rose étranglé à son mobile de fashionita parce que c’est important de partager ce genre de chose avec des millions de gens très tôt le matin.
C’est un visage poupon qui surgit derrière l’écran pour me saluer. Deux yeux noirs grands comme ca, qui clignent 10 fois à la seconde. La naïveté à l’état brut. Il faut voir ca. La semaine dernière Shine a bu une coupe de champagne. Ses pensées se sont mises à danser. Le lendemain Shine était très préoccupée. Quelque chose de bizarre s’est passé dans sa tête. Une candeur qui a eu raison de ma mesquinerie et que, comble de l’ironie, je regrette déjà. Car demain Shine s’en va. Rejoindre son bel amoureux Espagnol. Escale prévue a Moscou. Non pas que la destination la séduise, mais parce que c’est moins cher. Elle ne sait pas qu’Aeroflot est sur la liste noire des sièges éjectables, tout comme apparemment les 88 personnes qui ont cramé dans les airs ce mois-ci.
Shine a de la chance. Elle a obtenu un visa pour partir seule. Normalement il faut être 40. Les conditions sont drastiques, ca ne rigole pas. Vérifier qu’on a bien la même casquette ridicule que les 39 autres. Elire un chef qui gueule fort. Lui remettre un drapeau. Même couleur que la casquette le drapeau. Agiter le drapeau en l’air. Un peu plus haut le drapeau. Voila c’est bien. Souriez. Visas accordés !
Un visa solitaire au prix de 3 rendez-vous qu’on imagine non galant avec l’administration chinoise. Pourquoi, comment, depuis quand dure votre relation, et est-ce que vous comptez bien revenir, et vous savez mademoiselle que c’est interdit de fuir le pays ?! Non non vous n’y êtes pas, on fait rien de mal, on s’aime c’est tout. Même l’Espagnol a du passer aux aveux. Elle a vacillé quand la réponse est tombée. C’est bon. 4 semaines en Espagne, pas une de plus. Une autre du bureau s’est amouraché d’un Italien. La Chine a dit non, pas de visa. Allez comprendre.
C’est le grand départ pour la petite provinciale, qui quittait l’an passé le fin fond du Yunnan pour rejoindre les bancs de l’université de Shanghai. Destination placard pour le sweet Hello Kitty remplacé dare-dare par des hauts sigles H&M. Shine a grandit, d’haut moins 7 centimètres et à force de talons vernis. Le clin d’œil s’est fait plus malicieux. La petite étudiante est devenue femme, courageuse en plus. Ramener un espagnol bouddhiste dans une famille bourgeoise ultra conservatiste, faut oser. Jouer la carte du happy end des films américains qu’on se passe ici sous le manteau, un joli clin d’œil aux dictats dont les jeunes âmes sont abreuvées. L’air de ne pas y toucher. Chapeau Miss.
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let the sun Shine
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Commentaires (1)
Chère Carine,
Mon « talent » n’est rien comparé au tien que je peux nommer sans guillemets. Il nous permet de voyager avec Shine de la Chine en Espagne via une escale par la case émotion que tu sais si bien transmettre. Je lis les blogueurs de Métro, toi en particulier. Je me suis amusé à construire une petite histoire vous mettant tous en scène, je la posterai la semaine prochaine.
Chaque fois que je posterai une de mes bêtises, je t’imaginerai en train de me lire à l’autre bout du monde. Mes doigts trembleront d’autant plus, mais la fatigue s’adoucira d’un sourire béat.
Rédigé par Mabrouck | 3 octobre 2008 00:33 | Alerte.