Vous avez analysé les raisons de votre défaite face à Rees ?
Tu n’a jamais de réponse. Tout ce que je sais, c’est que j’ai commis une grosse bêtise en perdant mon titre. Ce soir-là, j’ai senti tout de suite que ça n’allait pas. J’avais les jambes lourdes, mes coups ne partaient pas. Au bout d’une minute de combat, j’avais compris que c’était cuit. En 37 combats pro, jamais je n’avais ressenti un truc pareil. Il y a une part de mystère et d’irrationnel dans la boxe.
Après une telle désillusion, il a fallu vous reconstruire ?
Ma confiance en moi n’était pas entamée. Si j’avais été archidominé par mon adversaire, il y aurait eu remise en question. Ca n’a pas été le cas. Il ne m’a pas fait mal.
Les gens attendent beaucoup de vous…
C’est vrai. Mais je n’ai pas pour habitude non plus d’affronter des manchots. Si boxer c’était si facile, ça se saurait. Je ferais des pirouettes sur le ring. Le plus important, c’est de revenir sur le devant de la scène. Pour y parvenir, il faut être fort psychologiquement et surtout le montrer. Avant d’affronter Rees, je me suis trompé en me projetant sur mon avenir.
Samedi, vous allez combattre en lever de rideau de Jean-Marc Mormeck. Son come-back réussi face à Bell doit vous donner des idées ?
Il a été impressionnant dans la défaite et dans la victoire. Lui aussi a perdu ses titres, puis les a récupéré. Il a montré la voie à suivre. Tous les deux, on est animé par la même passion. Maintenant samedi, on n’ira pas jusqu’à partager le vestiaire.
Vous boxez dans votre ville. Ce contexte particulier n’est-il pas paradoxalement piégeux ?
Au contraire ça me va mieux. Je ne m’étais pas produit à Levallois depuis 2004. Pour une fois, il n’a pas été question d’avion, de décalage horaire et d’hôtel. Tous les jours, je viens à pied à l’entraînement et le soir, je rentre chez moi. C’est le rêve non ?
D’une façon générale, vous avez le sentiment d’avoir perdu du temps dans votre carrière ?
Tout à fait. En 2002, j’avais battu Khalid Rahilou pour le titre européen. Il m’a fallu attendre plus de trois ans pour me voir proposer une chance mondiale. Trois ans, c’est long. On va dire que c’est la faute des circonstances.
Vous envisagez de monter dans la catégorie supérieure ?
Je ne l’exclut pas. Avant d’y penser, je dois d’abord être le roi chez les super-légers.
Il y a quelques mois, vous aviez declaré à un de nos confrères que vous étiez inquiet pour l’avenir de la boxe en France. Pourquoi ?
Il y a près de 5 000 licenciés en France. Combien de boxeurs professionnels le grand public connaît-il ? Cinq maximum en voyant large. On est en train de tuer la boxe. Avant le noble art, comme on l’appelait, était un sport phare dans notre pays. Aujourd’hui, les gens ne comprennent plus rien avec la mutiplication des fédérations. Et puis la boxe traîne cette image complètement fausse de sport de mafieux avec ses matches arrangés. Alors qu’elle est peut-être le sport le plus fair-play qui soit. Il existe un respect sincère entre nous. Vous en connaissez beaucoup des disciplines où les sportifs se tombent dans les bras après s’être battus avec autant de rage ? Vous les medias, vous portez une responsabilité. Vous ne faites pas votre job.




































